Lettre double
Valeur numérique : 80
Valeur pleine : 81
Sens : oralité créatrice
Planète : Vénus
Tarot : les Etoiles
Séphirah : Hesed
La magie est souvent associée au surnaturel ou encore au non rationnel, mais cela nous semble une vision fantasmée de ce qu'elle est réellement. D'un point de vue psychologique, la magie consisterait plus simplement (et tout aussi magiquement) à la manifestation de l'inconscient sur le plan concret de nos vies. Par exemple, le fait que tel mot, telle situation de vie, nous fasse réagir émotionnellement et concrètement sans que le lien logique de cause à effet soit nécessairement visible. En tout cas, tant que le lien entre l'inconscient et le conscient n'est pas réalisé.
La magie, cela pourrait également être penser à ramasser un papier qui traîne par terre, puis ramasser concrètement ce papier. Magique non ? Et c'est ainsi que nous entendons le devoir de l'Homme ici-bas : faire, concrètement. Mais... admettons que la liaison entre la pensée et l'acte a souvent du mal à se faire justement !
C'est parce que, comme nous l'avions vu dans notre article sur le Olam HaAssiah, l'Homme doit à ce niveau (dans son Royaume) faire face à une myriade d'énergies et d'influences, propre à son inconscient ou à celui du collectif, souvent contradictoires en plus.
Cette Triade est une triade d'Eau, elle correspond au niveau du corps humain au ventre. Il s'agit de ce qu'on pourrait appeler le "cerveau tripal" de l'humain. Elle est associée à l'AVOIR et au PASSE.

A ce stade de notre Recherche et pour cet intermède, je vous propose une retranscription telle quelle de l'intermède que réalise Jean Haab au centre de son ouvrage Gnose (dont nous approfondissons au sein de cette Grange, les pistes).
La remontée de l'Arbre
"Ayant mené à son terme la descente de l'Arbre jusqu'en Yesod, siège du subconscient, nous avons atteint le paroxysme de l'involution, le point culminant de la chute dans la matière.
Yesod, pour nous, est plus lourde vibratoirement que Malkut et, si on lui a donné le nom de Fondement, ce n'est pas uniquement parce que la trame du monde est astrale...
Cette Séphire est la porte de l'Enfer.
C'est le siège de tous les désirs, des fantasmes, refoulements et tabous qui rivent au monde inférieur, donc infernal, la pauvre marionnette humaine.
Là flamboie l'attraction sexuelle qui enchaîne d'autant mieux les âmes qu'elle tire son origine du désir profond tout autant qu'inconscient de reconstituer l'unité morcelée depuis la scission du Premier Androgyne.
Les sensations qu'elle permet d'éprouver constituent le reflet très amoindri de l'exaltation érotique résultant de l'extase des chakras.
Yesod est la sphère de tous les mirages, le monde des reflets. Mais qu'est-ce qu'un reflet, sinon une identité inversée ?
Nous avons dit également que pour qu'une porte s'ouvre devant nous, pour qu'une Voie puisse être suivie, il fallait que sa contrepartie, donc sa réflexion, nous soit auparavant proposée. Bien entendu, la suite positive ne devenait réalité qu'en cas de bon choix préalable de notre part. Personne ne fait exception à cette règle, pas même Jésus qui a dû repousser la triple tentation de Mammon pour entreprendre sa mission terrestre. Nous trouvons là une parfaite application de la Loi de la préexistence astrale des événements selon laquelle toute chose s'imprime dans la Grande Matrice de Yetsirah avant de descendre sur le plan des effectuations.
En Yesod, nous cotoyons le vortex des illusions, mais c'est précisément là où les vibrations sont les plus lourdes que se trouvent aussi les plus belles promesses, tout comme l'utilisation du fumier permet d'obtenir les plus belles récoltes.
C'est dans la nuit la plus épaisse que naît le germe divin.
C'est à l'heure la plus sombre de la Nuit la plus longue qu'advient le Seigneur.
C'est au cœur des ténèbres que le Trésor est caché, nous voulons dire la Force qui, selon l'utilisation que nous en ferons, nous précipitera dans l'abîme des sensations et des conséquences ou nous fera émerger jusqu'au plan divin.
Si nous choisissons la seconde solution, donc la remontée pour opérer le Grand Retour au sein de l'androgyne, la Voie proposée porte un nom : ALCHIMIE.
L'Alchimie
C'est la chimie de AL, c'est-à-dire la chimie de Dieu.
C'est la science des mutations, la Voie certainement la plus apte à nous faire passer d'un état inférieur à un état supérieur, à transformer l'homme chrysalide en homme spirituel.
C'est l'Art antique d'Hermès, entièrement consacré à la sublimation de la matière, de cette materea dont le nom latin est bien proche de celui de mater, la mère, qui a besoin d'être "rendue mâle afin qu'elle devienne un esprit vivant pareil aux autres mâles, car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le royaume des cieux". (Verset 118 de l'Evangile selon Thomas.)
Comme tout texte sacré, cet évangile doit être lu au deuxième, voire au troisième degré. Le sens qui nous intéresse présentement est le suivant : l'ensemble de la création est "femme" parce qu'elle est passive. Il y a là une exception : la Pierre Philosophale qui est "active" dans un monde "inactif", qui émane sa propre lumière dans un monde soumis à la Lune, donc à la passivité. Elle seule est solaire dans un univers lunaire. Elle seule possède le pouvoir des trans-muter, c'est-à-dire d'opérer une mutation transcendante amenant la matière à sa perfection évolutive.
L'approche des Mystères à laquelle nous nous sommes livrés au cours du périple involutif nous menant de Keter à Yesod nous a essentiellement permis d'évoquer les polarités constituantes de l'Univers, à savoir, d'une part, la force d'expansion à prédominance masculine, d'autre part la force de constriction essentiellement féminine.
Cette approche devrait nous permettre de cerner l'alchimie puisque celle-ci peut se définir comme consistant en l'intégration dans la plus petite petite parcelle de matière possible de la plus grande quantité d'esprit possible, ce qui est le propre de la constriction absolue. Ce processus aura pour résultat de hausser considérablement la moyenne vibratoire du contenant matériel qui, à force d'être chargé d'esprit, sera rendu actif dans une création passive.
Il pourra même arriver un moment où il ne sera plus possible de pousser davantage l'intégration spirituelle et ce sera généralement à partir de la sixième multiplication, ce dernier terme désignant le cycle entier des opérations commençant avec l'œuvre au noir et se terminant avec la rubification.
L'alchimie est avant tout une science convergente en liaison avec le Pilier de la Rigueur et l'on comprend, dès lors, que Mercure, dieu de l'initiation et Maître du Grand-Œuvre, soit lié à Hod, à la base de ce même Pilier.
Au cours de l'hermétique cheminement qui nous conduira de Yesod à Keter en nous faisant remonter l'Arbre tout entier, nous devons exposer, dans un premier temps, les clefs alchimiques inhérentes à la lame du tarot comme à la séphire ou aux lettres hébraïques concernées. Si cette précaution n'était pas prise, il est évident qu'aucun lecteur ne pourrait intégrer le Magistère Alchimique dans le processus évoqué.
Dans un deuxième temps, nous ferons un parallèle avec le tarot sans trop nous occuper des séphiroth qui ont déjà été étudiées au cours de la chute. Inversement, nous n'avions pas abordé l'alchimie au cours de la descente de l'Arbre puisque cette Voie ne joue un rôle que dans l'évolution et qu'il ne pouvait être question d'interrompre la chute avant que celle-ci ne soit arrivée à son terme.
[...]
Ce terme de "pouvoir personnel", qui nous vient de la Tradition toltèque, fait écho ici à celui de "pouvoir créateur" qui était précédemment associé à la Lettre Yod. Yod et Kaph étant reliés par le symbole de la Main, il semble logique que le concept de Pouvoir relie également ces deux Arcanes.
Une connotation négative est pourtant le plus souvent associée à cette notion de "pouvoir" ; il s'agit cependant d'une "confusion entre les plans" pour reprendre une expression chère à Jean Haab (Gnose), qui est le propre, logiquement, du mésotérisme, tel que défini cette fois par Boris Mouravieff (Gnôsis).
En réalité, c'est le dérivé Puissance qu'il s'agit d'entendre ici, comme la main est synonyme pour l'Homme de puissance, associée à l'outil ou à l'arme. C'est aussi cette même puissance qui est associée à la sagesse dans le nom même de "druide" (littéralement "puissant-sage" - dru-wid) ; sûrement pour nous rappeler leur nécessaire complémentarité, au passage !
Dans le druidisme justement, cette puissance ne fait pas référence à une quelconque déférence qu'il s'agirait d'éprouver en présence de son "imminence le druide" ; c'est bien même tout le contraire dont il s'agit justement, car cette puissance en question est l'attribut que doit acquérir le druide - s'il se dit initié - à la suite de l'accumulation d'une Sapience, mise en pratique.
Autrement dit, dans l'esprit du druidisme, ce n'est pas le titre qui importe, mais bien l'efficience - en terme de savoir-faire - dont doit s'accompagner l'état d'initié.
Comme l'enseignait don Juan à Castaneda par ailleurs, "le pouvoir repose sur le genre de savoir que l'on possède" et "il n'y a rien de plus terrible que d'imaginer un homme privé de connaissance". Il ne s'agit donc pas non plus d'engranger sans cesse des connaissances qui ne déboucheraient par sur l'acquisition d'un savoir-faire d'une part, d'un savoir-être d'autre part. Mais il ne s'agit définitivement pas non plus de passer outre la Quête de savoir qui accompagne cependant tout apprentissage !
Il y a également souvent une confusion des plans entre les notions de connaissance et de savoir, la première étant en fait le second, mis en pratique puis finalement intégré. Cependant, si cette précision est importante pour ne pas confondre encyclo-pédisme -stérile- et "savoir utile", il ne s'agit pas non plus de renier la Quête de Vérité ! qui passe nécessairement par l'acquisition d'une Méthode et d'une rigueur intellectuelle qu'il s'agit d'entraîner...
Dernière confusion des plans à éviter il nous semble, celle entre Sentiment et Raison. Trop souvent là encore, l'Intellect est mis à mal dans une quête éperdue de la préséance du "Cœur", avant tout... Mais de quel cœur parlons-nous ? Ne serait-ce pas là, le plus souvent, du sentimentalisme mal placé..? ou encore un excès d'humidité -d'affects- lorsqu'on sait que l'Initiation est Feu !
Ceci dit, n'oublions pas non plus qu'une chaleur peut devenir bien vite étouffante et pesante lorsqu'un souffle d'Air - entendre de légèreté - ne rafraîchit pas l'atmosphère... N'oublions pas non plus à quel point l'ancrage au sol - à la Terre - est le préalable à toute élévation vers la lumière du Soleil !
Ces trois confusions à éviter, revenons maintenant au concept de pouvoir personnel tel que défini par la Tradition dont il est issu. Pour les Toltèques, "tout est question d'énergie", la suite en découlant naturellement. Or, si chaque nuit (chaque Hiver) nous recharge, il semblerait bien que nous soyons de vrais paniers percés en la matière !
Annick de Souzenelle (Le symbolisme du corps humain) parlera d'une fuite à un niveau horizontal ; symboliquement la sève se répand au sol, elle ne monte pas le long du tronc et finalement, l'arbre de vie que nous sommes en puissance, ne porte pas Fruits.
Don Juan dira les choses plus crûment... mais l'idée reste la même : nous nous dispersons dans une multitude de "faires" sans importance, plutôt que de nous concentrer sur la seule chose qui vaille selon les Toltèques - ou les Druides - c'est-à-dire la Quête de la Liberté qui nécessite avant tout d'accumuler de l'énergie, donc.
Quelle est la nature de cette énergie pour finir, dont l'Œuvre a besoin ?
Ce pouvoir personnel, il ne s'agit pas d'une manne céleste... de celle qui inspire... mais il s'agit de la force vitale, la Nwyfre des Celtes, qui irrigue nos corps en permanence, leur apportant santé et énergie. Elle peut cependant varier considérablement en force et en intensité. C'est le Prana des Hindous, le Chi des Taoïstes, la Baraka des Soufis, etc. Plus récemment, il s'agit de la Force de la saga Star Wars...Malgré ces nombreuses mentions et de par sa nature même -matérielle et immatérielle- il est pourtant bien difficile de définir clairement ce qu'est cette force que la Tradition toltèque nous enjoint si fortement à épargner. On peut juste affirmer que sur le plan matériel, elle est à la fois énergie bioélectrique et biomagnétique, et que sur le plan spirituel, elle affecte notamment la libido. Sur un plan plus large, la Nwyfre est comme une essence subtile qui irrigue la Nature toute entière, présente aussi bien dans les roches et les cristaux que dans les arbres, les plantes et les animaux, et bien entendu dans l'être humain.
Bien difficile à définir avec des mots certes, mais pour l'initié qui sait l'accumuler - et cela n'est pas exempt de choix tranchés - elle est en revanche facilement reconnaissable, comme l'action de l'électricité lorsqu'elle allume une ampoule par exemple. Ces choix - certains parleront de sacrifices - ne doivent cependant pas, il nous semble, provenir de notre volonté volontaire (cela serait forcer un processus, la 11ème Lame du Tarot nous enseigne autre chose...) mais bien découler naturellement d'un processus, qui démarre avant tout par un enthousiasme, régulièrement nourri, devant l'immense Mystère qui nous fait face, quotidiennement.
L'un des effets clairement reconnaissable de cette accumulation de pouvoir personnel, c'est le fait de se sentir suivre un rythme, normalement imperceptible, au sein de notre quotidien ; cela, et le fait qu'une impeccabilité, une beauté et une justesse se dégagent de nos actes et de notre être.