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Pé



Lettre double
Valeur numérique : 80
Valeur pleine : 81
Sens : oralité créatrice
Planète : Vénus
Tarot : les Etoiles
Séphirah : Hesed


L'idéogramme primitif de cette Lettre dessine des lèvres closes, puis la bouche (Pé) s'est ouverte et nous pouvons y voir un Yod. C'est pourquoi le sens associé à Pé est l'oralité créatrice.

Le Yod en son sein nous révèle que la Parole est créatrice, et par parole, il s'agit d'entendre le Verbe dans son sens large. C'est-à-dire aussi bien la pensée, la parole que l'écrit. Et peut-être même plus généralement, tout ce qu'un être émet de vibrations.

Or Vénus qui est associée à cette Lettre ou encore HeSeD qu'elle informe, nous enjoindraient plutôt à la douceur concernant nos émissions...

Si la tradition judéo chrétienne est toute tournée vers l'incarnation et la puissance du Verbe (les 10 Paroles lors de la Genèse ou "le Verbe s'est fait chair" en référence au Christ) et si toutes les cosmogonies soulignent l'origine vibratoire du Monde et l'aspect créateur de la parole des dieux, la tradition toltèque en fait son "premier Accord".

"Que ta Parole soit impeccable". Et remarquons tout de suite que l'impeccabilité en question fait étrangement écho à la Séphirah Gebourah, qui fait face à Hesed ; Gébourah à laquelle nous associons Saturne, Zayin & Âyin, et l'art du Guerrier...

HeSeD fait le lien entre "la tête" et le "corps" de l'Arbre séfirotique. C'est par ce canal que symboliquement, "l'Esprit descend" en soi. Et il s'agit alors d'être tout oreille... (Shemâ Israel !) Puis il s'agit ensuite de précisément canaliser ce qui descend.

La tradition toltèque insiste particulièrement sur le Rêve de l'époque ou le Rêve que tout un chacun élabore et assemble. Nous créons ainsi à la fois notre enfer et notre paradis, selon les décrets et autres accords que nous scellons par nos émissions. L'être est tout d'abord inséminé par les divers conditionnements qu'il reçoit lors de son enfance ; il élabore (ou intègre) également une multitude d'accords lui permettant de trouver un
équilibre plus ou moins chancelant dans le chaos de ses blessures d'enfances et autres blessures narcissiques de l'adolescence.

Ensuite, tout dépendra du choix qu'il réalisera, entre inconscience et conscience, passivité et activité... Entre continuer à être un automate jusqu'à son dernier souffle (dans ce cas, le notion de Karma prend toute sa puissance) ou commencer à être un témoin.

Et pour commencer, être témoin de ses propres émissions et de ce qu'elles révèlent. L'initié découvre alors la multitude d'influences, passées et présentes, qui l'assaillent sans cesse, qu'il maintient également sans cesse, de par ses propres émissions (les toltèques parleront de l'histoire personnelle, sans cesse répétée à toute occasion, d'une manière ou d'une autre).

Inversement (ce que la Qabale enjoint, nous l'avons vu avec le Pendu), il y a un aspect libérant propre au Verbe. La possibilité de défaire des accords et d'en assembler de nouveaux. Ce jeu (qui se révèle ardu à l'usage, tans la coercition collective - et la sienne propre ! - sont puissantes) consiste à "redéployer son tonal" pour en revenir à la tradition toltèque. C'est-à-dire à élaborer son propre rêve et réussir à le maintenir... 


*****

Un autre aspect de Pé nous semble être de dévoiler le Yod présent dans toute émission. Parfois, l'être fait l'expérience d'entendre un mot différemment, comme si le mot en question se dévoilait pour exprimer son essence. C'est littéralement comme si le mot s'ouvrait... comme si un bandeau tombait. 

Et ce qui est vrai pour les mots peut se généraliser avec "tout ce qui est devant soi". Pé nous rappelle que la Création est ensemencée, dans le sens où la Matière recèle un secret... Il se dévoile devant l'être lucide (Gebourah) et à l'écoute (HeSeD), par le travail même de dévoilement qu'il réalise en premier lieu en lui-même. C'est tout le propos de l'Alchimie !

le Diable


Placée au centre de l'Arbre, le Diable nous enjoint sans détour à nous faire face... à faire face à notre Ombre notamment, à notre "non-accompli" pour reprendre une terminologie kabbalo-chrétienne, à ce qui nous meut réellement pour faire court (Tipehreth surplombe la Triade inférieure de l'Arbre). 

Cette Ombre, il s'agit donc d'y faire face plutôt que de la refouler dans notre inconscient, d'où elle va agir à notre insu via notre subconscient. Ce sont notre dialogue intérieur, nos pulsions, tout ce qui tourne en boucle en fait, d'une manière ou d'une autre, et qui fixe notre attention. 

C'est le piège de la Lettre Sameck, dont la graphie évoque l'enfermement, le cercle sans fin.

Cependant, chaque cercle a vocation à s'ouvrir afin de libérer la Lumière qui y était enfermée... Ce processus alchimique est ce qui ponctue l'individuation de l'être et il l'amène à unifier son moi.

Cette individuation passe par une phase qui nous fait passer en quelque sorte de l'enfance à l'âge Adulte, dans le sens où il ne s'agit plus de se laisser aller à tous nos "je veux " et autres pulsions égotiques, mais d'y faire face, d'en extraire la racine, d'en comprendre la force, puis enfin de la retourner.

Pour autant, et c'est là tout le paradoxe propre au Diable ce coquin, cela passe inversement par quitter l'âge "adulte" (dans son aspect moralisateur/limitateur sclérosant cette fois) pour retourner cette fois en enfance (salut Peter !) cet Enfant qui OSE et qui EXPERIMENTE (coucou Mars !)

La maîtrise en question ici, repose il nous semble sur l'expérience et sur le fait de l'assumer, d'en retirer un enseignement, plutôt que sur la contrainte morale que l'on s'imposerait "de l'extérieur" pour essayer de se contenir. Sauf que la seule chose qui est contenue dans l'affaire, c'est notre Lumière.

Assumer l'expérience, en en faisant le bilan énergétique d'une certaine manière (le Diable est épaulé par Hessed et Gébourah, le réservoir d'essence et le carburateur de l'Arbre). Autrement dit, il nous est demandé ici de devenir responsable mais aussi libre de tous les dogmes en la Matière !!!

Le Diable, qui unit tout et son contraire au centre de l'Arbre, transcende les notions de bien et de mal, assume la part matérielle du Monde et de l'être. Il passe l'Epreuve (Heith) en osant expérimenter, en osant exprimer tout ce qui l'habite. Il comprend que le Diable n'est que notre miroir refoulé... que sa puissance destructrice n'est induite proportionnellement que par l'intensité de nos peurs...

Il est le Gardien du Temple, la Mesure qui en entrouvre progressivement la Porte (au fur et à mesure de nos "actes de bravoure") pour que nous ne nous brûlions pas directement, face à l'Infini.

Il est aussi le Dragon donc, qui dort sur son trésor... car chaque "noirceur" (ce qui n'est pas accompli) recèle une force inexploitée pour l'être qui n'esquive pas l'épreuve et tout ce qu'elle raconte sur soi (souvent assez désagréablement il est vrai hihihihi)

 Mais quelle force apporte le dépouillement de notre vanité ! 

Samech




Lettre simple
Valeur numérique : 60
Valeur pleine : 600
Sens : le Soutien
Tarot : le Diable
Séphira : Tiphereth




Samech provient de l'hiéroglyphe égyptien dessinant un arbre barré de trois branches  ce qui rappelle, tandis que cette Lettre informe la Séphirah centrale de l'Arbre (Tiphereth), la structure trinitaire aussi bien de l'Arbre lui-même que du corps humain. 

Samech est par ailleurs la quinzième Lettre (1+5=6), elle a pour valeur 60 et pour valeur pleine 600. Tout nous renvoie ici numériquement au 6, valeur de la lettre Vav, qui n'est autre que l'archétype de l'axe vertical et de la colonne vertébrale de l'Homme, si ce n'est l'Homme lui-même, né le 6ème Jour...

Cette colonne médiane relie à la fois la tête au reste du corps ainsi que les deux côtés du corps entre eux. L'Homme devient ainsi le lieu reliant le "Ciel" et la "Terre" et tous les éléments complémentaires de la Création entre eux (ce que la graphie de la Lettre souligne, unissant l'équerre et la courbe).

Nous sommes bien ici dans le creuset alchimique de l'Arbre, la séphirah Tipheret.

Notons que si le 6ème Jour connaît la naissance de l'Homme, il est intimement et mystérieusement lié à son homologue dans la première triade de la Création, le 3ème Jour qui, quant à lui, connaît la naissance de l'Arbre.

On retrouve ainsi cette superposition de l'Homme et de l'Arbre, que l'aveugle guérit par Jeshua évoque peut-être dans sa vision d'"Hommes-Arbres". « J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois marcher. »

Les trois axes horizontaux rappellent également les trois axes horizontaux de l'Arbre :

     * Hokmah-Binah / Neptune-Uranus / Sagesse-Intelligence / base du cerveau Intellecuel

     * Hessed-Gebourah / Jupiter-Saturne / Clémence-Rigueur / base du cerveau Cardiaque

     * Netzah-Hod / Vénus-Mercure / Sentir-Penser / base du cerveau Tripal

Trois axes reliés entre eux par un quatrième axe vertical... car il s'agit bien ici de relier (cf. Vav).

En restant dans notre métaphore arboricole, le dessin primitif de Samech pourrait aussi symboliser un tuteur à l'usage de la pousse sortie de terre lors du 14ème Arcane (cf. Noun) Cela irait dans le sens du concept de soutien associé à cette Lettre.

Mais alors de quel soutien s'agit-il ?

Surement pas de béquilles, dont le pèlerin s'efforce de se libérer dans sa percée vers l'Air libre. Mais plutôt d'un soutien plus intérieur qui provient de l'Arbre que l'Homme devient lui-même à mesure qu'il devient plus responsable et autonome, autrement dit Adulte dans sa valeur positive. Et l'Arbre ne distille aucun opium, il est seulement source d'éveil.

Tout véritable alchimiste concèdera par ailleurs qu'un ingrédient -intérieur- est depuis le début de l'Œuvre essentiel : le "Cœur" mis à l'ouvrage. Car il s'agit comme le rappelle le 15ème Arcane, de relier ici le Haut & le Bas et le Yin & le Yang, ce qui peut paraître bien poétique mais qui est en réalité un véritable saut dans le vide pour l'être que nous sommes, replié dans notre bulle d'importance personnelle et d'auto-contemplation.

Lorsque le processus alchimique est réellement vécu (et non pensé), le pèlerin n'ignore pas que les moments de porphyrisation de la construction sociale du je ou encore les moments de retournements intérieurs, d'abandon de la bienheureuse morale et j'en passe, ne peuvent être supportés que dans le creuset du Cœur, dans l'abandon de l'Amour.

la Triade inférieure

  
La Triade inférieure de l'Arbre séphirothique est aussi appelée "Triangle magique" ou encore "Plateau du devoir". Elle se situe à l'intersection du Olam HaYetsirah (le monde astral) et du Olam HaAssiah (le monde de l'action, du faire). 

La magie est souvent associée au surnaturel ou encore au non rationnel, mais cela nous semble une vision fantasmée de ce qu'elle est réellement. D'un point de vue psychologique, la magie consisterait plus simplement (et tout aussi magiquement) à la manifestation de l'inconscient sur le plan concret de nos vies. Par exemple, le fait que tel mot, telle situation de vie, nous fasse réagir émotionnellement et concrètement sans que le lien logique de cause à effet soit nécessairement visible. En tout cas, tant que le lien entre l'inconscient et le conscient n'est pas réalisé.

La magie, cela pourrait également être penser à ramasser un papier qui traîne par terre, puis ramasser concrètement ce papier. Magique non ? Et c'est ainsi que nous entendons le devoir de l'Homme ici-bas : faire, concrètement. Mais... admettons que  la liaison entre la pensée et l'acte a souvent du mal à se faire justement !

C'est parce que, comme nous l'avions vu dans notre article sur le Olam HaAssiah, l'Homme doit à ce niveau (dans son Royaume) faire face à une myriade d'énergies et d'influences, propre à son inconscient ou à celui du collectif, souvent contradictoires en plus.

Cette Triade est une triade d'Eau, elle correspond au niveau du corps humain au ventre. Il s'agit de ce qu'on pourrait appeler le "cerveau tripal" de l'humain. Elle est associée à l'AVOIR et au PASSE. 

Dans le nahualisme, il est dit que c'est au niveau du ventre que la vie nous percute. Cela nous semble vérifiable ; c'est bien aux tripes que nous sommes saisis par tel ou tel événement. Parfois, cela fait l'effet d'un petit caillou qui fait plouf et quelques ondes à la surface de l'eau, parfois nous nous retrouvons avec des scélérates de 20m de hauteur. 

La différence se situe non pas au niveau de l'événement en lui-même, mais de ce qu'il va toucher en soi... en lien avec notre passé et tout ce qui a été refoulé dans notre inconscient. En lien aussi avec tous nos conditionnements, familiaux, sociaux, culturels, anthropologiques.

Au niveau de notre intestin, c'est la réponse instinctive, automatique, de défense. De défense du MOI (le Soleil informe la Séphirah Yesod). C'est l'action-réaction basique.

Au niveau de la rate, nous sommes impressionné par l'événement. C'est comme si l'on faisait tomber une goutte d'encre dans de l'eau, cette dernière va en devenir teintée. C'est à ce niveau que nous ressentons les ambiances, que les émotions se mettent en branle (Vénus informe la Séphirah Netsah).

Au niveau du foie, nous soupesons l'événement, nous le pensons (Mercure informe la Séphirah Hod). Nous lui donnons de l'importance, ou non ; nous nous donnons de l'importance aussi...

Avec le diptyque foie-rate, les aficionados du nahualisme reconnaîtrons la paire auto contemplation / importance personnelle ; mélange hautement vomitif. Le mélange émotion / intellect inférieur donne quant à lui ce que nous pourrions appelé le MENTAL.

Or, c'est ce mental qui va souffler sur nos eaux intérieures... et faire des vagues donc. En kabbale, trois termes sont associés à ces trois Séphiroth : oscillation/stabilisation, adaptation, répercussion...

La magie en question que nous évoquions au début de cet article, c'est de se rendre compte que le ventre devient notre meilleur allié lorsque l'importance personnelle et l'auto contemplation sont amoindries.

Dans le processus alchimique de la Remontée de l'Arbre, notre ventre nous indique ce que nous devons rectifier en soi. Toute réaction de notre part, toute mise en branle de notre mental, nous indique que la force de vie nous a percuté à un "endroit" chaotique de notre être, un "endroit" que nous avons laissé dans les ténèbres, c'est-à-dire dans notre inconscient. 

C'est l'image du morceau de charbon et du cristal ; tous deux sont composés de carbone, mais pour le premier les liaisons chimiques sont chaotiques, pour le second elles sont géométriques. Le charbon est noir, le cristal est transparent...

L'idée n'est pas de devenir une sorte de robot que plus rien ne ferait réagir, mais plutôt progressivement d'apprendre à être traversé par l'événement, à très vite stabiliser les oscillations en ne tombant pas dans les affres du mental qui va tout amplifier. Il s'agit de prendre l'information et "de visiter l'intérieur de la terre"... 

C'est-à-dire de regarder en face la manière dont nous nous REPRESENTONS le monde (en Astrologie naturelle, le Soleil, Mercure et Vénus sont les trois Planètes de la Représentation). Car elle est aussi là la magie en question : nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes !

Dans le nahualisme, il est dit que chaque être élabore son propre rêve et que nous percevons ensuite la vie à l'aune de celui-ci. Or percevoir c'est ensuite agir... Toute la question, c'est de savoir si l'on a élaboré consciemment ce Rêve, ou si l'on a laissé le collectif et/ou nos conditionnements élaborer ce Rêve pour nous... Et c'est pourquoi l'Alchimie nous exhorte à nous tourner vers notre intérieur ! A descendre dans nos profondeurs. A faire le lien entre "ce qui est en Haut et ce qui est en Bas", autrement dit entre l'intérieur et l'extérieur, les deux étant constamment en dialogue pour celui qui est attentif...

Nous venons d'en finir avec le 14ème Arcane qui se situe sur les Séphiroth Hod & Netzah. Lors de la "descente de l'Arbre", il s'agissait du 9ème Arcane. Ces deux Arcanes nous donnent de nombreuses pistes pour passer ce qu'en Qabale opérative, il est nommé la "Porte des Hommes". Notons par exemple la présence des Lames de la Prudence et de la Tempérance, des Signes du Lion et du Scorpion, ou encore des concepts de la vibration et du féminin. La Lettre hébraïque Teith enfin, qui nous engage au calme, au repos et à la méditation. Le ventre est le lieu de notre assise...

le Scorpion



Saison : Automne
Secteurs : Nocturne / Occidental
Croix : Fixe
Élément : Eau
Planète maîtresse : Mars / Pluton
Maison VIII - Axe II/VIII




Le mystérieux Scorpion... qui occupe le milieu de l'Automne, lorsque le vent arrache les feuilles jaunies des arbres, laissant peu à peu apparaître leur nudité squelettique. Ces feuilles et autres déchets tombent au sol -retour au chaos et à la matière brute- en attendant que l'humus prépare la renaissance de la vie. Quant à l'animal, il fuit la lumière et aime vivre caché.

Alchimie, bonsoir.

Avec le Scorpion, nous sommes au cœur du complexe sudo-anal du freudisme ; mais aux valeurs psychique de l'anus se joignent celles du sexe ; et l'on voit se camper une dialectique de la destruction et de la création, de la mort et de la renaissance, de la damnation et de la rédemption, le Scorpion étant chant d'amour sur champ de bataille ou cri de guerre en champ d'amour...

Dans cet univers en Rouge & Noir (salut Stendhal et autres courants politiques), l'individu prend racine dans les convulsions de ses entraves, et il n'est vraiment lui-même que secoué de la transe sauvage d'un démon intérieur qui a soif, non de bien-être mais de plus-être.

Le Scorpion a tout pour plaire : la démarche de l'araignée et du serpent à la fois. Cette lenteur lourde de menace – une hésitation enceinte d'une vivacité... Il danse à petits pas avec Éros et Thanatos – prêt à se laisser mourir de plaisir mais, à la moindre douleur, se sentant revivre. Il ne cesse de se détruire et de renaître à longueur de journée !

Le Scorpion n'a pas l'air tranquille. Le scorpion s'interroge. Il doute. De tout et même parfois de ses doutes. C'est un interrogatif entêté. Un inquiet obstiné. Son doute a quelque chose de sérieux, de réfléchi, de rassurant finalement. Les gens sont tellement plongés dans le doute, submergés par le doute, qu'on ne peut même plus dire qu'ils doutent. Le scorpion, lui, doute vraiment. Et à force de ténacité, il finit par imposer son doute à tout le monde.

Nous pourrions ajouter que le Scorpion pique : il a le ton vif, l'ironie facile, le sarcasme rapide. En même temps, il est facilement vexé ; il est susceptible. Il est aussi autonome et indépendant. Il est critique. Autocritique. Curieux. Sexologue. Psychanalyste. Sado-maso. Caca boudin. Agent secret, double de préférence. Le scorpion est mal vu, c'est le mal aimé du zodiaque. On convoite ses richesses enfouies et ses pouvoirs secrets. On redoute son côté faustien. Tout cela étonne le scorpion. Il se croit très simple. Le pire, c'est qu'il l'est, d'une certaine façon. Étrangeté du Scorpion.

Mais arrêtons là le portrait psycho, notons plutôt et pour finir, le lien entre la symbolique de ce Signe et le 14ème Arcane (mais aussi avec le 9ème, situé au même endroit sur l'Arbre, dans le système que nous développons ici). En effet, comme nous l'avons vu avec la Lettre Noun, nous sommes ici dans la symbolique de la pousse végétale qui prend racine dans l'humus du bas de l'Arbre séphirothique et qui commence à s'élever à l'Air libre. 

Le Scorpion donne la clef de la Remontée de l'Arbre, après le Retournement proposé au 12ème Arcane et la Mort vécue au 13ème. Il est dépouillement et riche pauvreté, c'est-à-dire sobriété heureuse.

Le Scorpion est la chenille de l'Aigle. 

la Tempérance


La tempérance... qui est maîtrise de soi, contrôle des passions, modération, mesure et équilibre personnel.

Ça fait rêver hein ? 

Oui mais... il faut replacer cette Lame dans son contexte ! C'est-à-dire notamment, à la suite de la Mort dans le Tarot, et située au niveau de Hod et Netzah (du bas-astral et de notre mental émotif) dans l'Arbre séphirothique. 

Au passage, notons que lors de la Descente de l'Arbre, nous trouvions au niveau de ces Séphiroth l'Hermite... qui n'est autre que la 4ème vertu cardinale (cachée) : la Prudence.

Tempérance, Prudence, limite on insisterait quoi !

C'est qu'avec la Mort (si elle a été et est réellement vécue), le Pèlerin a fait sauter quelques garde-fous... (tiens le Fou, on y retrouve la même rose !) Notamment celui de la morale, si propre à la vie en collectivité. 

En fait à ce stade, l'humain commence à devenir autonome par rapport au collectif, à "maman" et à "papa".  C'est-à-dire que l'humain en question n'attend plus de réponse toute cuite ; il mange cru et il digère tout seul comme un grand.

Mais attention Colegram ! le processus doit être naturel et non forcé... Ni Dieu ni Maître ouais !!! T'es prêt ?

Et puis, dans notre métaphore arboricole, souvenons-nous aussi que la jeune pousse vient de traverser la Terre pour tâter de l'Air. Autrement dit, on se trouve en terrain inconnu et on peut vite se faire bouffer par le premier ruminant venu. Ah... l'avantage de la graine bien au chaud sous terre...

Ainsi l'humain a davantage conscience de l'urgence vitale de grandir, voire de devenir adulte soyons fous. Qu'il n'est plus temps de batifoler à droite à gauche...

Qu'il y a une différence entre escalader encordé ou en free solo... qu'être impeccable c'est tout le temps ou alors c'est qu'on ne l'est pas (et que le plus dur dans la chute, c'est l'atterrissage).

Pour autant... si on regarde bien cette Lame, la dame semble bien calme. 

Sur la voie alchimique, il s'agit ici de séparer l'épais et le subtil par transvasements successifs. C'est-à-dire d'apprendre à discerner par soi-même la voie à suivre, les aides et les chausse-trappes, mais que la modération justement, ça aide bien quand même.

L'être a compris que l'avantage du désencombrement (des objets comme du passé), c'est de mieux percevoir et vivre l'essentiel. Qu'il y a une différence entre le courage et la témérité (mais aussi entre être modéré et timoré), entre savoir que l'on est déjà mort et ne pas tenter coûte que coûte d'être digne d'être vivant, entre se savoir désormais libre d'être un gros c** et pour autant, l'être effectivement.


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* Nous retrouvons dans cette Lame les 3 Piliers de l'Arbre : à gauche le côté yang-structure-penser, à droite le côté yin-vibration-sentir ; au centre la fluidité qui mélange avec maîtrise les opposés complémentaires.

** L'Ange Verse l'Eau ; modération, autonomie, originalité, serait-ce la direction à suivre en cette aube de l'ère du Verseau ?

Noun




Lettre simple
Valeur numérique : 50
Valeur pleine : 106
Signe : le Scorpion
Tarot : la Tempérance
Séphira : Hod & Netsah

    

Noun provient de l'hiéroglyphe égyptien dessinant un petit poisson qui renvoie au Germe (au Yod) s'auto-fécondant au sein de la Matrice (du Mem), au niveau de Malkut, notre plan d'existence matériel.

Nous avions vu, avec la Lettre Mem, que la vocation de l'Esprit de l'Homme est d'assumer son incarnation dans la Matière. C'est-à-dire pour la Vibration, d'assumer les structures, les épreuves de l'incarnation ("l'obstacle est le chemin"). C'est un processus alchimique de mort-renaissance (le 40) au sein de la matière, qui permet de révéler l'Esprit.

C'est comme une lumière cachée sous un boisseau. Il s'agit de rendre progressivement translucide ce boisseau pour que la lumière cachée à l'intérieur se révèle à travers la matière. Pour le pèlerin qui réalise concrètement cette tâche, cela se voit à travers ses yeux...

Notons qu'il ne s'agit pas de "détruire" le corps -de diaboliser la matière ou l'incarnation- mais bien de le rendre trans-lucide. Autrement dit, le processus alchimique ne peut faire l'économie de la matière ; c'est grâce à elle que l'Esprit se révèle. Comme si Esprit et Matière s'unissait sexuellement pour engendrer la conscience...

Mais revenons à la Lettre Noun ! La forme de la lettre N renvoie à la vibration, au serpent qui ondule. Noun est d'ailleurs aussi associé au serpent d'eau. Quant à la valeur 50 de Noun, c'est également la valeur de MI (Mem + Yod = 50), le monde de l'Esprit.

Nous entrons donc ici dans une autre dimension avec cette Lettre. 

Nous avions vu que la "Remontée de l'Arbre" commençait paradoxalement par une descente apparente (de retour en Malkut !) afin de réaliser le processus de morts-renaissances ici-bas, et non dans un ailleurs illusoire (dit "spirituel").

Avec le 14ème Arcane et la Lettre Noun, la Graine qui a germé sous terre commence à se développer sous la forme d'une petite pousse... qui ondule... à l'air libre...











Il nous est difficile d'exprimer ici notre ressenti intérieur avec des mots... Disons que tant que l'être est une Graine, il ne fait que rêver... même si ce rêve paraît très réel. Mais nous sommes toujours sous terre. 

Le 14ème Arcane exprime le fait de sortir en plein Air. Il s'agit ici d'imaginer ce que serait pour un poisson de sortir la tête de l'eau et de pourtant pouvoir respirer, malgré ses branchies. Ou plutôt, d'outrepasser la sensation de s'étouffer et de se rendre compte qu'on ne meurt pas d'asphyxie. 

Le monde d'en-haut n'est pas différent de celui d'en-bas... Il n'y a pas deux mondes...

C'est comme si le monde apparaissait dans son envers, à notre conscience. 

Cette image permet d'illustrer notre propos (au-delà du contenu du texte) :

la Mort


Si la mort a si mauvaise presse, c'est qu'elle est une grande incomprise... Elle est le plus souvent associée à la fin de la vie, à son absence, alors qu'elle est le principe même de la Vie ! C'est-à-dire le principe de transformation, de changement, d'évolution.

A l'inverse donc (coucou mister Pendu), nous pourrions pourtant considérer qu'une chose qui ne meure pas, ne se transforme pas, quelque chose d'immortel autrement dit, est justement une chose morte, sans vie.

La Mort n'éteint rien, elle libère les énergies accablées sous le poids d'une matière de plus en plus inerte. Loin de tuer, elle revivifie en dissociant ce qui ne peut plus vivre. Sans son intervention, tout s'alanguirait, si bien que la vie ne se distinguerait plus, finalement, de l'image qu'on se fait de la mort !

C'est le principe même de la Séphira Malkut où "les formes naissent, croissent, se dégradent puis meurent". L'Homme inconscient tente pourtant à tout va de lutter contre le principe même de sa sphère d'existence ! Dans tous les domaines, c'est bien "l'immortalité" qui est visée.

De plus en plus coupé de sa/la Nature, l'Homme doit donc réapprendre à mourir... 

Dans un premier temps, à mourir aux multiples sollicitations de notre monde moderne qui tente désespérément de se voiler la face quant à la réalité implacable de la mort (notre seule certitude pourtant, une fois né).

Dans un second temps, à mourir à sa propre personnalité que l'Homme moderne brandit pourtant si fièrement comme une conquête, qui n'a pourtant rien de personnelle, puisqu'en grande majorité imposée par de multiples influences extérieures à lui-même.

Et sans laquelle il pense ne plus rien être, alors que c'est encore une fois tout l'inverse.

Précisons cependant que ces morts successives, sur la voie du Pèlerin, n'implique en aucun cas un ascétisme stérile. Rompre avec ses axiomes de pensée par exemple, n'induit pas ne plus penser. Rompre avec ses passions, ses idéaux, n'induit pas ne plus être passionné. Rompre avec ses "je veux", n'induit pas ne plus vouloir. Etc.

Il s'agit plutôt d'un redéploiement interne, associé à une dissociation émotionnelle et un abandon total quant aux résultats. Intégrer que rien n'est vrai en soi et en même temps que tout est vrai pour soi, à un moment donné ! C'est bien à la fluidité que tend celui qui chemine ainsi.

Et alors tout meure à point, pour mieux renaître autrement. La continuité étant celle de mourir !

Précisons cependant qu'il n'agit pas de "forcer" ces morts. Il ne s'agit pas nous pensons, de changer tous les quatre matins d'idéaux, d'axiomes de pensée, de structures quelles qu'elles soient en fait (travail, famille, patrie) sous prétexte de changer pour changer. Rien ne change ainsi au contraire il nous semble, tout se répète, et souvent plus douloureusement en plus.

Vivons plutôt pleinement au sein de nos structures, embrassons-les d'autant plus qu'elles nous démangent ! Alors la feuille tombera elle-même de l'arbre, comme la conséquence d'un processus interne qui n'aura pas fait fi de l'expérience...

A ce moment, la structure ne changera pas nécessairement, mais l'être, lui, aura muté, et la structure ne sera pas vécue de la même façon, si elle continue effectivement. Et sinon, de vraiment nouvelles structures s'ouvriront, pour mieux y mourir plus tard. 

Jusqu'à mourir une troisième et dernière fois, sur ce plan en tout cas !

le Pendu


Si la Force concluait l'initiation du puissant Mage, le Pendu commence celle du clairvoyant Mystique. Nous passons d'une initiation active, solaire -dorienne- à une initiation passive, lunaire -ionienne- 

Ce Pendu n'est pas condamné à la potence, il faudra attendre la Mort pour cela ; il est plutôt suspendu, et cela a l'air de bien l'amuser d'ailleurs ! Il faut dire que si l'initiation dorienne pousse à la maîtrise de soi, à l'accumulation du pouvoir personnel, à la responsabilité et à savoir répondre, à l'autonomie, à l'expression de soi... pfff ! L'initiation ionienne propose à l'inverse un lâcher-prise, à savoir se laisser traverser, d'être à disposition, d'accepter l'impuissance, d'écouter... C'est le Rayonnement du Feu vs la Réflexion de l'Eau - l'Entrée en soi via la Voie sèche ou la sortie de soi via la Voie humide.


Notre suspendu -un Guerrier implacable- a décidé de lâcher-prise donc, et de regarder -peut-être voir- selon un point de vue différent... de voir autrement sa relation à l'autre (le 1 rencontre le 2) et plus généralement sa relation au Monde (21). De mettre de côté son "je veux !" au profit d'un "j'accepte réellement l'altérité"... Il y a dans l'initiation ionienne l'idée de voir autrui et le monde tel qu'il est plutôt que de le tordre à notre idée ; mais aussi ce périlleux retournement qui consiste à ne plus se placer au centre du monde... avec tout ce que cela change !

Il y a ici l'évocation d'une humilité, celle qui consiste à vraiment regarder l'autre, à vraiment l'écouter, à percer le miroir de sa bulle, pour voir, réellement, ce qui est. Pour se laisser surprendre, pour laisser infuser dans notre eau l'altérité d'un point de vue, d'une démarche, d'une idée, d'un être... 


Cette écoute demande nécessairement un relâchement, une souplesse, une adaptabilité, une confiance ; c'est ce qui semble ressortir de la détente du Pendu malgré la fâcheuse position dans laquelle il s'est mise... une position dans laquelle il n'a pas l'habitude d'être -un non-faire de l'être autrement dit- Il ne s'agit plus comme chez l'Empereur (4) de "maîtriser la matière" mais plutôt de "se laisser traverser" par l'Esprit (3)...

En parlant de retournement de point de vue, ce Pendu qui semble avoir même les mains liées dans son dos, est-il si passif que cela ? Quelque chose émane de lui, quelque chose de magnétique (comme le mouvement d'un pendu-le !) se dégage de l'image même de cet être suspendu. Il n'y a pas inaction ici, mais action d'une Force différente. Une force qui vient troubler notre représentation habituelle du monde... Et cette action est renforcée par le fait que ce Pendu ne semble pas seulement nous placer face à l'inhabituel, mais qu'il semble avoir lui-même intégré l'inhabituel...

C'est la descente de l'Esprit dans la Matière -comme la rosée qui se pose sur le sol- ce qui est le propos de l'alchimiste dont la tâche consiste à spiritualiser cette dernière, à commencer par la sienne propre. Ce processus consiste à libérer ce qui est enclot, comme la perception que nous avons de la réalité par l'œil de nos idées et autres certitudes, ou plutôt habitudes qui nous sécurisent. Pour cela il s'agit de se départir d'une peur profonde en réalité, celle de laisser l'inconnu advenir, celle de ne pas tout contrôler... C'est d'ailleurs ce qu'exprime peut-être une partie d'une légende concernant Odin (un autre pendu) qui, dans sa quête de la Vision, doit se départir de son œil gauche pour voir autrement. L'œil gauche qui est associé à l'Empereur dans le Tarot par ailleurs...

Ce processus d'élaguement ne semble pas mener notre Pendu à la folie non plus, ni à une inadaptabilité au monde. Rappelons que cette initiation ionienne fait suite à l'initiation dorienne. Plus l'être a conquis son Royaume, plus il peut se permettre de n'être "attaché qu'à un fil". Il a plongé dans ses Profondeurs, il a observé ses travers, il a simplifié sa vision sans pour autant réduire la complexité du monde, il a redéployé son être pour mieux se concentrer sur l'essentiel, il s'est incarné et n'a pas renié la matière... Peut-être même a-t-il perçu que le "rien" n'était pas si "vide" que cela et que cette traverse de l'esprit a de quoi le rendre serein dans cette suspension.

D'un autre point de vue, cette attache pose la question de nos attachements et autres dépendances. Le Pendu est suspendu par son talon d'Achille... et c'est précisément là que la Vie viendra nous éprouver...  C'est là que la confiance engrangée par son initiation dorienne doit lui donner la force d'affronter l'Epreuve, sans pour autant se battre avec... 

Puisque tout pousse au retournement dans cette Lame, retournons-la elle-même désormais.


Reflet du Monde, le Pendu apparaît cette fois comme retenu par un fil, sans quoi il s'envolerait tel Icare ? En tout cas ce double apparaît cette fois beaucoup moins entravé... Apparaît aussi l'idée que l'être en question ne soit ni tout à fait du Ciel, ni tout à fait de la Terre, mais dans un entre-deux... de quoi nous évoquer "la merveille et la terreur d'être un Homme" ! 

Comme un pont, comme un canal pour l'Esprit... Peut-on imaginer cela ? Être le "ET", le point de rencontre, ni l'un ni l'autre... Être la conscience de cette rencontre ? Aimer sans s'approprier ?

Les couleurs rouge et blanc de son surcot évoquent pour finir les deux Serpents latéraux de Kundalini, cette Force vitale qui peut soit s'épancher vers le bas, soit être canalisée vers le haut, en lien avec l'inversion érotique chère au Tantrisme. Cette inversion du Désir est cependant globale et n'a rien à voir il nous semble avec une quelconque ascèse... cela montrerait juste que le 11ème Arcane n'ait pas été bien intégré... il s'agit davantage d'une sublimation de la matière, d'un retournement intérieur... 

...Et c'est là toute la subtilité de cet Arcane où le 3 se cache sous l'apparente dualité du 2. Une troisième voie qui est l'un et l'autre à la fois, sans être ni l'un ni l'autre... Un secret émane de cette Lame en YeSOD, un secret de shaman, le secret du koan. Qui suis-je ?

Lamed



Lettre simple

Valeur numérique : 30
Valeur pleine : 74
Sens : désir
Signe : Balance
Tarot : le Pendu
Séphira : Yesod




Lamed provient d'un idéogramme ancien qui dessine un aiguillon, en forme de point d'interrogation... ? L'aiguillon montre le chemin à suivre, impulse un mouvement (c'est Guimel à la dizaine supérieure). Un mouvement d'élévation semblerait-il, mais nous y voyons également, en même temps, un mouvement vers le bas. Vue de haut, certains y voient un semeur ; nous restons dans la symbolique de la Graine.

Il est intéressant de noter que l'aiguillon est traditionnellement l'outil du conducteur de bœufs, l'animal dont le hiéroglyphe est à l'origine de la lettre Aleph. Or Aleph et Lamed ont le même sens, celui d'apprendre & d'enseigner. Ces deux lettres sont également constituées d'une partie "vers le haut" et d'une autre "vers le bas".

Aleph rencontrant Lamed forme avec lui le mot EL - comme dans Elohim - ou AL - comme dans Alchimie - En y regardant de plus près, ces deux lettres forment en fait un symbole bien connu des alchimistes justement, celui de l'Or... Aleph en est le Centre, et à l'aide du Lamed - du compas qui réalise un mouvement circulaire - se dessine le cercle pointé (qui est aussi le symbole du Soleil pour les astrologues). 

Cela nous renseigne sur la nature de l'apprentissage... Tout est Enseignement.

"El" est aussi une préposition en hébreu, il s'agit de "vers". C'est une direction. "...rien de plus ne peut être tenté que d'établir le commencement et la direction d'une route infiniment longue..." (G. Simmel)
Et nous avons noté que cette direction est double : vers le haut et vers le bas, comme les deux directions que prendra la Graine au cours de son développement... Nous y reviendrons souvent !


Par ailleurs, lorsque Aleph et Lamed sont inversées, elles forment en hébreu la négation. Lo' est alors à El ce que le Non-Être est à l'Être, c'est-à-dire comme nous l'avions vu avec Kaph, son pôle de révélation. Il y a ici cette idée encore bien alchimique, que l'élévation de l'être est concomitant d'un mouvement "descendant vers ses profondeurs". 

Or avec Guimel, nous avions aussi vu que la racine bilitère GaB rend compte d’un mouvement d’élévation (vers la lumière) tandis que prononcée GeB, elle rend compte d’un mouvement descendant dans le « puits » (d’eau). Disons qu'à la dizaine supérieure, les choses se concrétisent...

Faisons de même rencontrer Lamed et Beit... Ensemble, ils forment le mot Lèv : le Cœur. Ici, le Lamed est l'aiguillon qui met la "maison" de l'Homme en route vers son devenir. Cette maison est le cœur au plan physique, le courage au plan psychique, la conscience au plan spirituel. Le mot Lèv recouvre tous ces termes. Lamed informe l'Homme du chemin qu'il doit suivre pour que sa maison intérieure devienne le paradis, et sa maison extérieure, le Kosmos, sera "à l'image" de son état, à chacun de ces plans vécus. Toujours ce double mouvement...

Lorsque Lamed rencontre Dalet -la Porte- ils forment ensemble le radical du mot "naissance" ledah. Il s'agit de passer des "portes", d'épouser ses terres intérieures dirait la Qabale -d'en révéler le potentiel- Retournées, ces deux lettres forment le mot Dal, la "pauvreté" ou encore le "dépouillement"...

Lorsque Lamed rencontre Zayin -l'Epée- par l'intermédiaire du Vav, ces lettres forment le mot luz, l'amandier. L'amande est un symbole de lumière cachée dans la coque des ténèbres et du temps. C'est aussi le nom de la terre sur laquelle repose l'échelle que Jacob voit en songe. Lorsqu'il fait ce songe, c'est au début de son grand voyage ; il quitte alors ses parents -ses béquilles- et va vers le mariage. Le chemin royal s'ouvre pour lui, il va porter à maturité ce qui n'est encore qu'un germe de lumière, casser la coque de ses ténèbres, assumer les temps... L'amande ourlée ou "mandorle" est la lumière accomplie ; toutes les peaux du Pèle-rin sont tombées. 

Avec le Heith, Lamed engendre le mot lah qui signifie juteux, vert, humide. Celui qui veut passer la Barrière doit découvrir en lui l'humide, son Désir, son énergie vitale... Retournées, ces lettres forment le mot Hel qui signifie le rempart, le mur, comme celui qui enceint Jéricho...

Enfin, lorsque Lamed se joint à son homologue sur le plan des unités, Guimel, ils forment ensemble, en saisissant le Aleph, le verbe Ga'al -délivrer- et le nom go'el -le libérateur- 
GiL est aussi la Joie et GaLGaL est la Roue. Cette Roue dans laquelle la "personne" est spirée, pour, de morts en morts -de champs de conscience en champs de conscience- et dans la Joie s'il vous plaît ! renaître. La Spirale -LuLyani- est le mouvement de vie essentiel, et c'est au bas de la spirale, dans les profondeurs de la Nuit -LayeLah- que la lumière éclate ! aLLéLuiah !

Au petit nombre qui a gardé la parole...

 A ce stade de notre Recherche et pour cet intermède, je vous propose une retranscription telle quelle de l'intermède que réalise Jean Haab au centre de son ouvrage Gnose (dont nous approfondissons au sein de cette Grange, les pistes).

La remontée de l'Arbre

"Ayant mené à son terme la descente de l'Arbre jusqu'en Yesod, siège du subconscient, nous avons atteint le paroxysme de l'involution, le point culminant de la chute dans la matière.

Yesod, pour nous, est plus lourde vibratoirement que Malkut et, si on lui a donné le nom de Fondement, ce n'est pas uniquement parce que la trame du monde est astrale...

Cette Séphire est la porte de l'Enfer.

C'est le siège de tous les désirs, des fantasmes, refoulements et tabous qui rivent au monde inférieur, donc infernal, la pauvre marionnette humaine.

Là flamboie l'attraction sexuelle qui enchaîne d'autant mieux les âmes qu'elle tire son origine du désir profond tout autant qu'inconscient de reconstituer l'unité morcelée depuis la scission du Premier Androgyne.

Les sensations qu'elle permet d'éprouver constituent le reflet très amoindri de l'exaltation érotique résultant de l'extase des chakras.

Yesod est la sphère de tous les mirages, le monde des reflets. Mais qu'est-ce qu'un reflet, sinon une identité inversée ?

Nous avons dit également que pour qu'une porte s'ouvre devant nous, pour qu'une Voie puisse être suivie, il fallait que sa contrepartie, donc sa réflexion, nous soit auparavant proposée. Bien entendu, la suite positive ne devenait réalité qu'en cas de bon choix préalable de notre part. Personne ne fait exception à cette règle, pas même Jésus qui a dû repousser la triple tentation de Mammon pour entreprendre sa mission terrestre. Nous trouvons là une parfaite application de la Loi de la préexistence astrale des événements selon laquelle toute chose s'imprime dans la Grande Matrice de Yetsirah avant de descendre sur le plan des effectuations.

En Yesod, nous cotoyons le vortex des illusions, mais c'est précisément là où les vibrations sont les plus lourdes que se trouvent aussi les plus belles promesses, tout comme l'utilisation du fumier permet d'obtenir les plus belles récoltes.

C'est dans la nuit la plus épaisse que naît le germe divin.

C'est à l'heure la plus sombre de la Nuit la plus longue qu'advient le Seigneur.

C'est au cœur des ténèbres que le Trésor est caché, nous voulons dire la Force qui, selon l'utilisation que nous en ferons, nous précipitera dans l'abîme des sensations et des conséquences ou nous fera émerger jusqu'au plan divin.

Si nous choisissons la seconde solution, donc la remontée pour opérer le Grand Retour au sein de l'androgyne, la Voie proposée porte un nom : ALCHIMIE.

L'Alchimie

C'est la chimie de AL, c'est-à-dire la chimie de Dieu.

C'est la science des mutations, la Voie certainement la plus apte à nous faire passer d'un état inférieur à un état supérieur, à transformer l'homme chrysalide en homme spirituel.

C'est l'Art antique d'Hermès, entièrement consacré à la sublimation de la matière, de cette materea dont le nom latin est bien proche de celui de mater, la mère, qui a besoin d'être "rendue mâle afin qu'elle devienne un esprit vivant pareil aux autres mâles, car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le royaume des cieux". (Verset 118 de l'Evangile selon Thomas.)

Comme tout texte sacré, cet évangile doit être lu au deuxième, voire au troisième degré. Le sens qui nous intéresse présentement est le suivant : l'ensemble de la création est "femme" parce qu'elle est passive. Il y a là une exception : la Pierre Philosophale qui est "active" dans un monde "inactif", qui émane sa propre lumière dans un monde soumis à la Lune, donc à la passivité. Elle seule est solaire dans un univers lunaire. Elle seule possède le pouvoir des trans-muter, c'est-à-dire d'opérer une mutation transcendante amenant la matière à sa perfection évolutive.

L'approche des Mystères à laquelle nous nous sommes livrés au cours du périple involutif nous menant de Keter à Yesod nous a essentiellement permis d'évoquer les polarités constituantes de l'Univers, à savoir, d'une part, la force d'expansion à prédominance masculine, d'autre part la force de constriction essentiellement féminine.

Cette approche devrait nous permettre de cerner l'alchimie puisque celle-ci peut se définir comme consistant en l'intégration dans la plus petite petite parcelle de matière possible de la plus grande quantité d'esprit possible, ce qui est le propre de la constriction absolue. Ce processus aura pour résultat de hausser considérablement la moyenne vibratoire du contenant matériel qui, à force d'être chargé d'esprit, sera rendu actif dans une création passive.

Il pourra même arriver un moment où il ne sera plus possible de pousser davantage l'intégration spirituelle et ce sera généralement à partir de la sixième multiplication, ce dernier terme désignant le cycle entier des opérations commençant avec l'œuvre au noir et se terminant avec la rubification.

L'alchimie est avant tout une science convergente en liaison avec le Pilier de la Rigueur et l'on comprend, dès lors, que Mercure, dieu de l'initiation et Maître du Grand-Œuvre, soit lié à Hod, à la base de ce même Pilier.

Au cours de l'hermétique cheminement qui nous conduira de Yesod à Keter en nous faisant remonter l'Arbre tout entier, nous devons exposer, dans un premier temps, les clefs alchimiques inhérentes à la lame du tarot comme à la séphire ou aux lettres hébraïques concernées. Si cette précaution n'était pas prise, il est évident qu'aucun lecteur ne pourrait intégrer le Magistère Alchimique dans le processus évoqué.

Dans un deuxième temps, nous ferons un parallèle avec le tarot sans trop nous occuper des séphiroth qui ont déjà été étudiées au cours de la chute. Inversement, nous n'avions pas abordé l'alchimie au cours de la descente de l'Arbre puisque cette Voie ne joue un rôle que dans l'évolution et qu'il ne pouvait être question d'interrompre la chute avant que celle-ci ne soit arrivée à son terme.

[...]

Le pouvoir personnel

Ce terme de "pouvoir personnel", qui nous vient de la Tradition toltèque, fait écho ici à celui de "pouvoir créateur" qui était précédemment associé à la Lettre Yod. Yod et Kaph étant reliés par le symbole de la Main, il semble logique que le concept de Pouvoir relie également ces deux Arcanes.

Une connotation négative est pourtant le plus souvent associée à cette notion de "pouvoir" ; il s'agit cependant d'une "confusion entre les plans" pour reprendre une expression chère à Jean Haab (Gnose), qui est le propre, logiquement, du mésotérisme, tel que défini cette fois par Boris Mouravieff (Gnôsis).

En réalité, c'est le dérivé Puissance qu'il s'agit d'entendre ici, comme la main est synonyme pour l'Homme de puissance, associée à l'outil ou à l'arme. C'est aussi cette même puissance qui est associée à la sagesse dans le nom même de "druide" (littéralement "puissant-sage" - dru-wid) ; sûrement pour nous rappeler leur nécessaire complémentarité, au passage !

Dans le druidisme justement, cette puissance ne fait pas référence à une quelconque déférence qu'il s'agirait d'éprouver en présence de son "imminence le druide" ; c'est bien même tout le contraire dont il s'agit justement, car cette puissance en question est l'attribut que doit acquérir le druide - s'il se dit initié - à la suite de l'accumulation d'une Sapience, mise en pratique.

Autrement dit, dans l'esprit du druidisme, ce n'est pas le titre qui importe, mais bien l'efficience - en terme de savoir-faire - dont doit s'accompagner l'état d'initié. 

Comme l'enseignait don Juan à Castaneda par ailleurs, "le pouvoir repose sur le genre de savoir que l'on possède" et "il n'y a rien de plus terrible que d'imaginer un homme privé de connaissance". Il ne s'agit donc pas non plus d'engranger sans cesse des connaissances qui ne déboucheraient par sur l'acquisition d'un savoir-faire d'une part, d'un savoir-être d'autre part. Mais il ne s'agit définitivement pas non plus de passer outre la Quête de savoir qui accompagne cependant tout apprentissage !

Il y a également souvent une confusion des plans entre les notions de connaissance et de savoir, la première étant en fait le second, mis en pratique puis finalement intégré. Cependant, si cette précision est importante pour ne pas confondre encyclo-pédisme -stérile- et "savoir utile", il ne s'agit pas non plus de renier la Quête de Vérité ! qui passe nécessairement par l'acquisition d'une Méthode et d'une rigueur intellectuelle qu'il s'agit d'entraîner...

Dernière confusion des plans à éviter il nous semble, celle entre Sentiment et Raison. Trop souvent là encore, l'Intellect est mis à mal dans une quête éperdue de la préséance du "Cœur", avant tout... Mais de quel cœur parlons-nous ? Ne serait-ce pas là, le plus souvent, du sentimentalisme mal placé..? ou encore un excès d'humidité -d'affects- lorsqu'on sait que l'Initiation est Feu ! 

Ceci dit, n'oublions pas non plus qu'une chaleur peut devenir bien vite étouffante et pesante lorsqu'un souffle d'Air - entendre de légèreté - ne rafraîchit pas l'atmosphère... N'oublions pas non plus à quel point l'ancrage au sol - à la Terre - est le préalable à toute élévation vers la lumière du Soleil !

Ces trois confusions à éviter, revenons maintenant au concept de pouvoir personnel tel que défini par la Tradition dont il est issu. Pour les Toltèques, "tout est question d'énergie", la suite en découlant naturellement. Or, si chaque nuit (chaque Hiver) nous recharge, il semblerait bien que nous soyons de vrais paniers percés en la matière !

Annick de Souzenelle (Le symbolisme du corps humain) parlera d'une fuite à un niveau horizontal ; symboliquement la sève se répand au sol, elle ne monte pas le long du tronc et finalement, l'arbre de vie que nous sommes en puissance, ne porte pas Fruits. 

Don Juan dira les choses plus crûment... mais l'idée reste la même : nous nous dispersons dans une multitude de "faires" sans importance, plutôt que de nous concentrer sur la seule chose qui vaille selon les Toltèques - ou les Druides - c'est-à-dire la Quête de la Liberté qui nécessite avant tout d'accumuler de l'énergie, donc.

Quelle est la nature de cette énergie pour finir, dont l'Œuvre a besoin ? 

Ce pouvoir personnel, il ne s'agit pas d'une manne céleste... de celle qui inspire... mais il s'agit de la force vitale, la Nwyfre des Celtes, qui irrigue nos corps en permanence, leur apportant santé et énergie. Elle peut cependant varier considérablement en force et en intensité. C'est le Prana des Hindous, le Chi des Taoïstes, la Baraka des Soufis, etc. Plus récemment, il s'agit de la Force de la saga Star Wars...

Malgré ces nombreuses mentions et de par sa nature même -matérielle et immatérielle- il est pourtant bien difficile de définir clairement ce qu'est cette force que la Tradition toltèque nous enjoint si fortement à épargner. On peut juste affirmer que sur le plan matériel, elle est à la fois énergie bioélectrique et biomagnétique, et que sur le plan spirituel, elle affecte notamment la libido. Sur un plan plus large, la Nwyfre est comme une essence subtile qui irrigue la Nature toute entière, présente aussi bien dans les roches et les cristaux que dans les arbres, les plantes et les animaux, et bien entendu dans l'être humain.

Bien difficile à définir avec des mots certes, mais pour l'initié qui sait l'accumuler - et cela n'est pas exempt de choix tranchés - elle est en revanche facilement reconnaissable, comme l'action de l'électricité lorsqu'elle allume une ampoule par exemple. Ces choix - certains parleront de sacrifices - ne doivent cependant pas, il nous semble, provenir de notre volonté volontaire (cela serait forcer un processus, la 11ème Lame du Tarot nous enseigne autre chose...) mais bien découler naturellement d'un processus, qui démarre avant tout par un enthousiasme, régulièrement nourri, devant l'immense Mystère qui nous fait face, quotidiennement.

L'un des effets clairement reconnaissable de cette accumulation de pouvoir personnel, c'est le fait de se sentir suivre un rythme, normalement imperceptible, au sein de notre quotidien ; cela, et le fait qu'une impeccabilité, une beauté et une justesse se dégagent de nos actes et de notre être.