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les Etoiles


"Dans notre soif d'existence et d'autonomie individuelles, nous nous sommes retranchés de la vie universelle du Grand Être dont nous continuons à faire partie. Nous vivons en lui, mais non de la vie qui lui est propre, puisque nous nous contentons de notre vie étroite, limitée au domaine de nos sensations. Ce que celles-ci nous révèlent est infime par rapport à l'insondable inconnu qui nous enveloppe. Nous sommes plongés dans une nuit profonde, mais lorsque nous dirigeons nos regards vers le ciel, nous voyons scintiller les Etoiles."

Oswald Wirth - Le tarot des imagiers du Moyen Âge

Comme nous le faisions remarquer dans notre article sur la Lettre , de même dans l'Arbre, nous en arrivons avec HeSeD, à la dernière Séphirah avant (en montée) la Triade supérieure qui correspond au Monde divin.

L'être, désormais plus humain et moins animal, coupe du Graal en puissance, doit se faire oreille pour recevoir les mes-sages du Ciel.

"Tu n'es jamais seul" (Dialogues avec l'Ange), les "brillants" veillent sur nous ; ils nous dirigent en vue de l'accomplissement de notre destinée. En vue même de notre Mission (Gnôsis - B. Mouravieff) si nous réalisons suffisamment notre Travail menant à notre seconde naissance.

"Si nous exécutions fidèlement notre programme, la vie serait pour nous ce qu'elle doit être. Nous la compliquons par notre indocilité, qui nous vaut les duretés dont nous nous plaignons, car la vie n'est pas cruelle en son principe, mais son but n'est pas notre agrément : elle a sa tâche et nous demande d'accomplir la nôtre."

L'Image de l'Arcane nous montre une Femme (notre âme en Formation) nue. Arrêtons-nous ici sur ce qu'est je pense, l'image de notre âme devant finalement devenir Vierge pour que le Christ puisse s'unir à nous dans une 3ème naissance. Si l'expérience du Quadrilatère doit nous mener à unir en soi notre Personnalité à notre Âme (2ème naissance), ce processus doit idéalement se poursuivre par la jonction de notre Âme avec notre Esprit, comme l'a réalisé notre Maître Jésus - Christ. Et cela semble bien passer par le fait de devenir totalement honnête (transparent) - de ne plus (se) mentir du tout. Pour que le Verbe devienne Action.

Quant aux deux urnes dont la femme verse le contenu, cela semble bien nous renvoyer au symbole du Verseau, dont l'Eau versée est une eau vive, l'eau de la Connaissance. "Moi, je vous baptise d'eau ; [...]. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu." (Luc, 3;16) Mais aussi aux "eaux d'en-Bas et eaux d'en-Haut" évoquées dés le début de la Genèse et que l'on retrouve encore dans le symbole astrologique du Verseau.

A ce moment de la Voie, nous devons à la fois nous être extirpés des eaux d'en-Bas, tel Moïse dans son berceau, et à la fois nous mettre "en réception" de la Connaissance (DaÂT au-dessus du Calice). Nous être extirpés ou plus précisément, tel Hercule soulevant l'Hydre de Lerne, nous être placés au-dessus des eaux inférieures, c'est-à-dire de l'Inconscient, qu'il soit individuel ou collectif. Et cela afin de mieux l'observer et d'en retourner chaque énergie... 

Jusqu'à solidifier le bas de l'Arbre en quelque sorte, en faire un socle stable sur lequel se positionner, tel le Diable dans l'Arcane XV (tenant en laisse son mental pensées/émotions, ainsi que sa sexualité, son corps physique), sous les Etoiles.

Remarquons en arrière-plan, la rose cette fois épanouie sur un rameau d'acacia. Enfin la Rose fleurit au centre de la Croix... 


"Mimosa du désert, l'acacia résiste à la dessication ; sa verdure persistante manifeste une vie qui refuse de s'éteindre, emblème d'espoir en l'immortalité. [...] Connaître l'acacia, c'est posséder les notions initiatiques conduisant à la découverte du secret de la Maîtrise. Pour s'assimiler ce secret, l'adepte doit faire revivre en lui la Sagesse morte. A cet effet, il doit imiter Isis..."

La Rose... peut-être cette Vénus-Amour qui brille puissamment au centre du Quadrilatère sur l'Arcane, en Tiphéreth donc. Et quant au papillon de Psyché, il symbolise peut-être la finalisation du processus de métamorphose ayant lieu dans le Désert de l'Initiation. L'âme peut désormais s'élever (grâce au Corps astral ?) vers les hauteurs de l'Esprit.

le Soutien


Le soutien est le concept associé au XVème Arcane... mais de quel soutien est-il question ici ?

Pour le qabaliste, l'alchimiste, l'astrosophe -autrement dit pour le harodim- le soutien en question est la Tradition elle-même.

Encore faudrait-il s'entendre sur ce qu'est la Tradition... il ne s'agit pas ici d'un ensemble de savoirs et de coutumes, qu'il s'agirait à chaque génération d'imiter ni même de conserver. Que ces savoirs et coutumes soient dits ou non "ésotériques", ce qui n'est d'ailleurs jamais le cas (ou alors, cela serait ne pas comprendre ce qu'est réellement l'ésotérisme).

A tout le mieux, cet ensemble de symboles, organisé sur cet Arbre, constitue un mésotérisme qui, s'il est vécu et conscientisé, peut devenir une porte d'entrée à l'ésotérisme.

La Tradition en question donc, est gnostique. Elle suppose d'en faire l'expérience, non pas supposée, mais vérifiée dans le réel ; et le réel, c'est quand on se cogne, disait un certain Lacan.

C'est, comme nous le disions en introduction de cette Grange, toute la différence entre savoir et connaissance. Rappelons au passage, à nos quelques lecteurs triés sur le volet ! (de je ne sais quelle cabane dans les bois) que cette Grange se veut être l'approfondissement de la géniale intuition de Jean Haab, dans son livre Gnose

Celle de placer les 22 Lettres hébraïques, non pas sur les 22 Sentiers de l'Arbre séphirothique (comme la sainte logique l'aurait voulu, rip) mais sur les 11 Séphiroth eux-mêmes, en "descente" et en "montée".

Chaque Lettre hébraïque étant associée à un arcane majeur du Tarot, à un signe ou une planète astrologique, ainsi qu'à un concept, nous nous retrouvons donc avec 22 "familles symboliques", que j'appelle pour ma part, Arcanes.

A cela, j'ajoute enfin un placement non académique des 10 Planètes sur l'Arbre, en lien avec l'astrologie naturelle et son système de trois triades de Planètes, qui m'a semblé faire fortement écho aux trois triades de l'Arbre séphirothique.


Ceci dit, encore une fois, tout cela n'a de sens que si cette représentation est vécue, telle une Carte -pour une chasse au Trésor- dirions-nous. 

L'Arbre séphirothique n'étant rien d'autre que le Corps humain, c'est pratique, nous la trimbalons tout le temps avec nous !

Si tant est que nous habitions ce corps cependant... si tant est qu'il y ait un pilote dans l'avion, oserions-nous.

Et c'est là tout le sens, pensons-nous, du XVème Arcane. Celui d'être dans la Présence -c'est-à-dire dans le présent, en conscience.

Et d'y faire face ! de tout notre Cœur !

En toute simplicité.. mais est-ce si facile..?

Et pourtant, ainsi s'enclenche un Dialogue avec l'Esprit (avec Soi ?) qui ne présuppose de notre part, que de nettoyer notre lien de communication avec Lui. Et ce dialogue, s'il se poursuit (mais cela demande de perdre quelque peu, le sentiment d'être si important) pourrait même devenir une Amitié avec le temps. Jusqu'à finir par devenir, à terme, une Communion, mais chaque chose en son temps !

Tout ce processus entraîne une trans-formation, qui notons-le, ne consiste qu'en un redéploiement de l'être, et non son remplacement, par nous ne savons quelle chimère !

Un autre regard, un autre Sentiment, une autre pensée... un nouvel assemblage opéré par notre conscience autrement dit.

Ce changement de direction est donc avant tout intérieur, pour celui qui devient progressivement le capitaine de son âme... 

Et sur quoi vogue alors cette âme ? sur un chemin qui a du cœur, à bon entendeur.

la Triade inférieure

  
La Triade inférieure de l'Arbre séphirothique est aussi appelée "Triangle magique" ou encore "Plateau du devoir". Elle se situe à l'intersection du Olam HaYetsirah (le monde astral) et du Olam HaAssiah (le monde de l'action, du faire). 

La magie est souvent associée au surnaturel ou encore au non rationnel, mais cela nous semble une vision fantasmée de ce qu'elle est réellement. D'un point de vue psychologique, la magie consisterait plus simplement (et tout aussi magiquement) à la manifestation de l'inconscient sur le plan concret de nos vies. Par exemple, le fait que tel mot, telle situation de vie, nous fasse réagir émotionnellement et concrètement sans que le lien logique de cause à effet soit nécessairement visible. En tout cas, tant que le lien entre l'inconscient et le conscient n'est pas réalisé.

La magie, cela pourrait également être penser à ramasser un papier qui traîne par terre, puis ramasser concrètement ce papier. Magique non ? Et c'est ainsi que nous entendons le devoir de l'Homme ici-bas : faire, concrètement. Mais... admettons que  la liaison entre la pensée et l'acte a souvent du mal à se faire justement !

C'est parce que, comme nous l'avions vu dans notre article sur le Olam HaAssiah, l'Homme doit à ce niveau (dans son Royaume) faire face à une myriade d'énergies et d'influences, propre à son inconscient ou à celui du collectif, souvent contradictoires en plus.

Cette Triade est une triade d'Eau, elle correspond au niveau du corps humain au ventre. Il s'agit de ce qu'on pourrait appeler le "cerveau tripal" de l'humain. Elle est associée à l'AVOIR et au PASSE. 

Dans le nahualisme, il est dit que c'est au niveau du ventre que la vie nous percute. Cela nous semble vérifiable ; c'est bien aux tripes que nous sommes saisis par tel ou tel événement. Parfois, cela fait l'effet d'un petit caillou qui fait plouf et quelques ondes à la surface de l'eau, parfois nous nous retrouvons avec des scélérates de 20m de hauteur. 

La différence se situe non pas au niveau de l'événement en lui-même, mais de ce qu'il va toucher en soi... en lien avec notre passé et tout ce qui a été refoulé dans notre inconscient. En lien aussi avec tous nos conditionnements, familiaux, sociaux, culturels, anthropologiques.

Au niveau de notre intestin, c'est la réponse instinctive, automatique, de défense. De défense du MOI (le Soleil informe la Séphirah Yesod). C'est l'action-réaction basique.

Au niveau de la rate, nous sommes impressionné par l'événement. C'est comme si l'on faisait tomber une goutte d'encre dans de l'eau, cette dernière va en devenir teintée. C'est à ce niveau que nous ressentons les ambiances, que les émotions se mettent en branle (Vénus informe la Séphirah Netsah).

Au niveau du foie, nous soupesons l'événement, nous le pensons (Mercure informe la Séphirah Hod). Nous lui donnons de l'importance, ou non ; nous nous donnons de l'importance aussi...

Avec le diptyque foie-rate, les aficionados du nahualisme reconnaîtrons la paire auto contemplation / importance personnelle ; mélange hautement vomitif. Le mélange émotion / intellect inférieur donne quant à lui ce que nous pourrions appelé le MENTAL.

Or, c'est ce mental qui va souffler sur nos eaux intérieures... et faire des vagues donc. En kabbale, trois termes sont associés à ces trois Séphiroth : oscillation/stabilisation, adaptation, répercussion...

La magie en question que nous évoquions au début de cet article, c'est de se rendre compte que le ventre devient notre meilleur allié lorsque l'importance personnelle et l'auto contemplation sont amoindries.

Dans le processus alchimique de la Remontée de l'Arbre, notre ventre nous indique ce que nous devons rectifier en soi. Toute réaction de notre part, toute mise en branle de notre mental, nous indique que la force de vie nous a percuté à un "endroit" chaotique de notre être, un "endroit" que nous avons laissé dans les ténèbres, c'est-à-dire dans notre inconscient. 

C'est l'image du morceau de charbon et du cristal ; tous deux sont composés de carbone, mais pour le premier les liaisons chimiques sont chaotiques, pour le second elles sont géométriques. Le charbon est noir, le cristal est transparent...

L'idée n'est pas de devenir une sorte de robot que plus rien ne ferait réagir, mais plutôt progressivement d'apprendre à être traversé par l'événement, à très vite stabiliser les oscillations en ne tombant pas dans les affres du mental qui va tout amplifier. Il s'agit de prendre l'information et "de visiter l'intérieur de la terre"... 

C'est-à-dire de regarder en face la manière dont nous nous REPRESENTONS le monde (en Astrologie naturelle, le Soleil, Mercure et Vénus sont les trois Planètes de la Représentation). Car elle est aussi là la magie en question : nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes !

Dans le nahualisme, il est dit que chaque être élabore son propre rêve et que nous percevons ensuite la vie à l'aune de celui-ci. Or percevoir c'est ensuite agir... Toute la question, c'est de savoir si l'on a élaboré consciemment ce Rêve, ou si l'on a laissé le collectif et/ou nos conditionnements élaborer ce Rêve pour nous... Et c'est pourquoi l'Alchimie nous exhorte à nous tourner vers notre intérieur ! A descendre dans nos profondeurs. A faire le lien entre "ce qui est en Haut et ce qui est en Bas", autrement dit entre l'intérieur et l'extérieur, les deux étant constamment en dialogue pour celui qui est attentif...

Nous venons d'en finir avec le 14ème Arcane qui se situe sur les Séphiroth Hod & Netzah. Lors de la "descente de l'Arbre", il s'agissait du 9ème Arcane. Ces deux Arcanes nous donnent de nombreuses pistes pour passer ce qu'en Qabale opérative, il est nommé la "Porte des Hommes". Notons par exemple la présence des Lames de la Prudence et de la Tempérance, des Signes du Lion et du Scorpion, ou encore des concepts de la vibration et du féminin. La Lettre hébraïque Teith enfin, qui nous engage au calme, au repos et à la méditation. Le ventre est le lieu de notre assise...

De retour en Malkut !

Après avoir visité le Fondement de l'Arbre au cours des 11ème et 12ème Arcanes et le retournement auquel il nous invite, la remontée de l'Arbre commence par... une descente en Malkut !  


Cette "descente", ce retour en arrière, un peu à l'image d'une rétrogradation en astrologie, n'est cependant qu'un paradoxe auquel le Pendu nous a habitué. Cet éloignement apparent à la nouvelle direction prise est en réalité un impératif auquel se plie l'aspirant sincère.

En Malkut, nous retrouvons la Graine que nous sommes (Yod) et qui doit maintenant mourir (Arcane 13) pour donner fruits. Comment espérer atteindre un état de conscience accrue (une fois le "voile de l'astral-mental" percé) tout en continuant notre rêve au sein de notre coquille ?

Atteindre une conscience accrue demande de transformer ce qui nous maintient dans nos "loops". Et Malkut, notre plan d'existence, serait un sacré terrain d'apprentissage quant à la transformation si nous ne tenions autant bec et ongles à nos routines sécurisantes, aussi mécaniques et malsaines puissent-elles être par ailleurs.

En tout cas, si cette introspection est enclenchée, aussi honnêtement que possible, et qu'on se place sous l'égide du 13ème Arcane qui n'est autre que celui de la mort, alors la transformation peut commencer.

Le 11ème Arcane en Yesod nous a rappelé que tout est question d'énergie, de force vitale, de pouvoir personnel. La première étape en Malkut consiste donc à observer en soi, à décortiquer notre dépense énergétique. Cette observation, associée à une intention maintenue de se libérer de nos chaînes, enclenche à elle-seule le processus de transformation. 

Il s'agit de se traquer soi-même, autant dans les dépenses que dans ce qui les sous-tend (système de croyances et autres idées acceptées), observer les schémas qui se répètent, et ce qui se répète dans notre tête (ça fait beaucoup de pets ça !)

Le chemin parcouru sur la voie dorienne (voie du guerrier) doit alors permettre à l'aspirant de "mourir sans mourir".

Au petit nombre qui a gardé la parole...

 A ce stade de notre Recherche et pour cet intermède, je vous propose une retranscription telle quelle de l'intermède que réalise Jean Haab au centre de son ouvrage Gnose (dont nous approfondissons au sein de cette Grange, les pistes).

La remontée de l'Arbre

"Ayant mené à son terme la descente de l'Arbre jusqu'en Yesod, siège du subconscient, nous avons atteint le paroxysme de l'involution, le point culminant de la chute dans la matière.

Yesod, pour nous, est plus lourde vibratoirement que Malkut et, si on lui a donné le nom de Fondement, ce n'est pas uniquement parce que la trame du monde est astrale...

Cette Séphire est la porte de l'Enfer.

C'est le siège de tous les désirs, des fantasmes, refoulements et tabous qui rivent au monde inférieur, donc infernal, la pauvre marionnette humaine.

Là flamboie l'attraction sexuelle qui enchaîne d'autant mieux les âmes qu'elle tire son origine du désir profond tout autant qu'inconscient de reconstituer l'unité morcelée depuis la scission du Premier Androgyne.

Les sensations qu'elle permet d'éprouver constituent le reflet très amoindri de l'exaltation érotique résultant de l'extase des chakras.

Yesod est la sphère de tous les mirages, le monde des reflets. Mais qu'est-ce qu'un reflet, sinon une identité inversée ?

Nous avons dit également que pour qu'une porte s'ouvre devant nous, pour qu'une Voie puisse être suivie, il fallait que sa contrepartie, donc sa réflexion, nous soit auparavant proposée. Bien entendu, la suite positive ne devenait réalité qu'en cas de bon choix préalable de notre part. Personne ne fait exception à cette règle, pas même Jésus qui a dû repousser la triple tentation de Mammon pour entreprendre sa mission terrestre. Nous trouvons là une parfaite application de la Loi de la préexistence astrale des événements selon laquelle toute chose s'imprime dans la Grande Matrice de Yetsirah avant de descendre sur le plan des effectuations.

En Yesod, nous cotoyons le vortex des illusions, mais c'est précisément là où les vibrations sont les plus lourdes que se trouvent aussi les plus belles promesses, tout comme l'utilisation du fumier permet d'obtenir les plus belles récoltes.

C'est dans la nuit la plus épaisse que naît le germe divin.

C'est à l'heure la plus sombre de la Nuit la plus longue qu'advient le Seigneur.

C'est au cœur des ténèbres que le Trésor est caché, nous voulons dire la Force qui, selon l'utilisation que nous en ferons, nous précipitera dans l'abîme des sensations et des conséquences ou nous fera émerger jusqu'au plan divin.

Si nous choisissons la seconde solution, donc la remontée pour opérer le Grand Retour au sein de l'androgyne, la Voie proposée porte un nom : ALCHIMIE.

L'Alchimie

C'est la chimie de AL, c'est-à-dire la chimie de Dieu.

C'est la science des mutations, la Voie certainement la plus apte à nous faire passer d'un état inférieur à un état supérieur, à transformer l'homme chrysalide en homme spirituel.

C'est l'Art antique d'Hermès, entièrement consacré à la sublimation de la matière, de cette materea dont le nom latin est bien proche de celui de mater, la mère, qui a besoin d'être "rendue mâle afin qu'elle devienne un esprit vivant pareil aux autres mâles, car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le royaume des cieux". (Verset 118 de l'Evangile selon Thomas.)

Comme tout texte sacré, cet évangile doit être lu au deuxième, voire au troisième degré. Le sens qui nous intéresse présentement est le suivant : l'ensemble de la création est "femme" parce qu'elle est passive. Il y a là une exception : la Pierre Philosophale qui est "active" dans un monde "inactif", qui émane sa propre lumière dans un monde soumis à la Lune, donc à la passivité. Elle seule est solaire dans un univers lunaire. Elle seule possède le pouvoir des trans-muter, c'est-à-dire d'opérer une mutation transcendante amenant la matière à sa perfection évolutive.

L'approche des Mystères à laquelle nous nous sommes livrés au cours du périple involutif nous menant de Keter à Yesod nous a essentiellement permis d'évoquer les polarités constituantes de l'Univers, à savoir, d'une part, la force d'expansion à prédominance masculine, d'autre part la force de constriction essentiellement féminine.

Cette approche devrait nous permettre de cerner l'alchimie puisque celle-ci peut se définir comme consistant en l'intégration dans la plus petite petite parcelle de matière possible de la plus grande quantité d'esprit possible, ce qui est le propre de la constriction absolue. Ce processus aura pour résultat de hausser considérablement la moyenne vibratoire du contenant matériel qui, à force d'être chargé d'esprit, sera rendu actif dans une création passive.

Il pourra même arriver un moment où il ne sera plus possible de pousser davantage l'intégration spirituelle et ce sera généralement à partir de la sixième multiplication, ce dernier terme désignant le cycle entier des opérations commençant avec l'œuvre au noir et se terminant avec la rubification.

L'alchimie est avant tout une science convergente en liaison avec le Pilier de la Rigueur et l'on comprend, dès lors, que Mercure, dieu de l'initiation et Maître du Grand-Œuvre, soit lié à Hod, à la base de ce même Pilier.

Au cours de l'hermétique cheminement qui nous conduira de Yesod à Keter en nous faisant remonter l'Arbre tout entier, nous devons exposer, dans un premier temps, les clefs alchimiques inhérentes à la lame du tarot comme à la séphire ou aux lettres hébraïques concernées. Si cette précaution n'était pas prise, il est évident qu'aucun lecteur ne pourrait intégrer le Magistère Alchimique dans le processus évoqué.

Dans un deuxième temps, nous ferons un parallèle avec le tarot sans trop nous occuper des séphiroth qui ont déjà été étudiées au cours de la chute. Inversement, nous n'avions pas abordé l'alchimie au cours de la descente de l'Arbre puisque cette Voie ne joue un rôle que dans l'évolution et qu'il ne pouvait être question d'interrompre la chute avant que celle-ci ne soit arrivée à son terme.

[...]

Le Fondement de l'Arbre

 Avec les 11ème et 12ème Arcanes, nous en arrivons maintenant au point du Retournement que doit effectuer la conscience ayant "chuté" dans la Matière.

Ce retournement va s'effectuer dans la dernière Séphirah de l'Arbre, à son Fondement, c'est-à-dire en Yesod. 

Malkut, le Royaume, notre plan d'existence, n'est que l'extrémité apparente de l'Arbre. De la même manière que le sol possède son sous-sol, Yesod est le sous-sol de l'Arbre.


Notre plan d'existence, notre sol, est le théâtre de manifestations prenant ses racines dans l'invisible pour nos yeux. Yesod est la Séphirah des matrices astrales, juste avant qu'elles ne se concrétisent sur notre plan matériel. C'est pourquoi l'Hermétisme énonce comme premier principe que "l'Univers est Mental"...

C'est le rapport du Soleil qui rayonne et de la Lune qui reflète...

Si l'être reste uniquement lunaire (en Malkut), il ne fera toujours que subir les multiples influences du Monde Astral ; il sera balloté, brassé, pris dans la Géhenne de ses émotions. Dans le Mythe, cet esclavage intérieur correspond à l'Egypte dont Pharaon est le tyran...

Mais il y a ici un secret... l'esclave et le pharaon sont les deux facettes d'une même pièce...

Il est maintenant temps de regarder le Roi-Soleil dans les yeux plutôt que de le laisser agir dans notre ombre... 

Alors peut-être le Lion sera maîtrisé et la Force canalisée et dirigée consciemment. 

le bas-Astral

La Lumière continue sa Descente. Sauvegardée dans la Triade supérieure, elle a entamé sa Chute luciférienne via Daât (cf. le "quaternaire d'Atsilut"). Mais, de la même façon que des câbles électriques doivent relier la Source d'énergie à son récipient final, pour pouvoir se concrétiser sur le Plan matériel, il lui faut auparavant créer un Plan intermédiaire : le Monde de la Formation, plus connu par les occultistes comme le Monde Astral.

Ce dernier est divisé en deux parties. La première est constitué par la Triade intermédiaire et constitue le haut-Astral. 3 Lettres et 3 Planètes y sont associées. La deuxième partie est constitué par l'axe Hod-Netzah et constitue le bas-Astral. Seulement 1 Lettre et 2 Planètes lui sont associées.



Cet axe deviendra, lors de la remontée de l'Arbre, le plafond de verre contre lequel butera notre conscience dans un premier temps : notre mental, que la Lettre Teith nous enjoint dés à présent à apaiser, au pas-sage.

Sur le plan macrocosmique, il s'agit d'un monde n'émettant aucun rayonnement propre mais reflétant à l'infini ceux qu'il recevra de la conscience humaine située en Malkut. Ainsi, sans s'en rendre compte, l'Homme vit dans un circuit fermé de pensées émises et de pensées réfléchies, jusqu'au moment où, s'engageant tel l'Hermite dans la voie initiatique, il crèvera la matrice astrale...

Au niveau microcosmique, Hod et Netzah constituent nos sphères intellectuelles et affectives inférieures. Elles sont la capacité que l'Homme à de penser et sentir, mais dans leur versant négatif, elles sont aussi à l'origine de notre dialogue intérieur et de notre auto-contemplation. De quoi se créer une image de soi dont le moi, l'Ego est l'expression...

Teith signifie cependant "limon", et dans la démarche alchimique qui sera celle de l'initié, c'est pourtant bien à partir du moi limoneux que sera engendré le Soi lumineux ! Le bourbier noir et nauséabond est générateur de l'or solaire...

Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs ! Une dernière étape doit se réaliser avant cela, une dernière Structure doit apparaître... Il s'agit de la Séphirah Malkut, autrement dit de notre plan d'existence ici-Bas. 
Yod, le Point, la dixième Lettre, est associée à la dixième Séphirah traditionnelle : Malkuth. Le Germe divin est mis en terre à la base de l'Arbre. Quant à Yesod, (littéralement "le secret du Yod"), elle qui est au centre du dernier Monde, le Olam haAssiah, nous verrons avec les onzième et douzième Lettres sa dialectique avec Malkuth.
Remarquons enfin que ce faisant, les 4 Structures qui apparaissent suivent le schéma de la Tétraktys pythagoricienne, inversée !


Et voici qu'apparaît la Structure Macrocosmique !

La Triade intermédiaire







La Triade intermédiaire de l'Arbre séphirothique est aussi appelée "Triangle éthique" ou encore "Plateau du mérite". En effet le développement des qualités associées à cette triade dépendent uniquement de notre volonté, de notre mérite : "valeur morale procédant de l'effort de quelqu'un qui surmonte des difficultés par sens du devoir et par aspiration au bien." Il s'agit ici d'atteindre une dignité d'Homme face à son environnement, non pas pour obtenir une quelconque reconnaissance vis-à-vis d'autrui mais parce que la conscience de l'être s'est suffisamment élevée pour comprendre que cette aspiration au Bien, cette recherche de perfectionnement est la seule conduite valable pour soi et son environnement.

Au niveau macrocosmique, cette Triade est le reflet dans la Création de la Triade supérieure. Elle est donc logiquement orientée pointe vers le bas. Elle se situe symboliquement dans la partie supérieure du Olam haYetsirah, le Monde Astral, autrement dit dans le haut-astral, lieu des Idéaux. Elle est en fait le relais de la Triade supérieure dans la Création.

Ainsi, HeSeD est le reflet de HoKMaH, GeBOURaH celui de BINaH et TiPhEReTh celui de KeTeR.

Hesed symbolise la Bonté, le don inconditionnel, l'idée de Service.
Gebourah symbolise la Rigueur, l'autodiscipline, la concentration de la Volonté.
Tiphereth symbolise "le Beau, le Vrai, le Bien", l'idée d'équilibre et d'harmonie.

Souvenons-nous également que c'est la 6ème Arcane, l'Amoureux en Hesed, qui initie cette Triade. Nous avions vu que cette Arcane symbolise le libre-arbitre de l'Homme et qu'il était question d'actes qui élèvent ou qui rabaissent l'Homme, sans forcément qu'il y ait ici d'aspect moral mais plutôt des voies de conséquences au niveau vibratoire et donc au niveau de nos expériences de vie.

L'expérience du libre-arbitre semble centrale pour l'Homme dans la Création, et en fait elle l'est aussi au niveau de cette Triade centrale dans l'Arbre. Il s'agit donc de L'Expérience en jeu dans la Création et il est remarquable que les 3 Planètes associées à cette Triade, soit Mars, Jupiter et Saturne soient justement les 3 Planètes de l'Expérience dans le système R.E.T. de l'Astrologie.

Face à cette liberté laissée à l'Homme de choisir - entre l'assouvissement de ses désirs personnels ou le don de soi pour la Communauté finalement (même si cette vision manichéenne mériterait d'être nuancée par ailleurs), il y a le concept du Guerrier propre à Gebourah. Ce mythe qu'il s'agit d'incarner (le Guerrier agit avant tout) est un véritable gouvernail pour l'être qui choisit la Voie de la Droiture au sein de l'océan d'influences auquel il fait face ici-bas. C'est l'apprentissage de la responsabilité qui permet un autre rapport à l'épreuve notamment.

Lorsqu'on sait qu'au niveau microcosmique, cette Triade correspond au thorax de l'Homme, il est intéressant de constater que cette dialectique libre-arbitre / Guerrier correspond à nos deux épaules. Car c'est justement sur les deux épaules de l'aspirant que l'épée vient frapper lors de l'adoubement Chevalier. Lorsqu'on pense Chevalerie, les Templiers nous viennent vite à l'esprit car entre les XIème et XIIIème siècles, c'est cet Ordre qui a grandement contribué à redorer le blason de cette dernière.

Or les Templiers étaient des moines-chevaliers, reliant ainsi le mythe du guerrier au sacerdoce. Rappelons s'il le faut que la lettre Vav, symbole d'union entre le Haut et le Bas, est associée à Hesed tandis que la lettre Zayin, l'épée, est associée à Gebourah...
Le mythe du prêtre-guerrier est d'ailleurs universel et se retrouve aussi bien en Occident qu'en Orient.

Tiphereth, Séphirah centrale entre toutes, est au centre de cette Balance. L'Arcane de la Justice y est associée... Il s'agit ici de trouver la justesse afin peut-être à la fois de percevoir la Beauté, qui apparaît derrière la réalité apparente lorsqu'on élève notre niveau vibratoire, voire d'y participer par notre manière d'être et la réalisation de notre mission d'être.

Il est enfin possible de rapprocher cette Triade de la Balance permettant la pesée des âmes et qu'on retrouve dans diverses traditions... Dans la tradition égyptienne notamment, l'être est jugé à l'aune de Maât, la déesse de la vérité et de la justice... et doit rendre compte à Osiris de ses actions et de sa manière de vivre sur Terre !

Le quaternaire d'Atsiluth

Quatre Séphiroth se situent dans le Olam haAtsilut, le Monde de l’Émanation ; avec Daât, nous terminons donc la figure parfois appelée le "Quaternaire d'Atsiluth".


Cette figure est en fait évoquée dés le premier Arcane majeur avec la table du Bateleur, où souvenons-nous, seulement trois pieds sont visibles...


Notre numérotation ne respecte pas l'ordre habituel attribué à "l'Eclair" (la Descente de la Lumière pour l'école du Ari), c'est-à-dire Keter > Hokmah > Binah > Daât ; en revanche elle révèle une structure plus harmonieuse et équilibrée... Cet équilibre se trouve établi tant au niveau des polarités que des fonctions et attributions incombant à chaque Arcane majeur ; de même il se retrouve au niveau numérique. 

En effet, le Pape et la Papesse se font face sur la cime des deux Piliers latéraux de l'Arbre, en adéquation avec les Noms (et polarités) attribués à ces deux Séphiroth : Père & Mère. Associées à KeTeR, source de leur Émanation, nous obtenons numériquement 1+2+5=8. Il en va de même pour l'Empereur et l'Impératrice, réunies en Daât. Sur cet axe vertical formé avec le Bateleur, le résultat est identique : 4+3+1=8.

Cette symétrie sacrée révèle en fait le Jeu Créateur tel le Bateleur derrière sa table. Et avec les quatre Arcanes suivants, notre attention est particulièrement attirée sur les polarités. En Keter, elles sont inséparablement liées comme le symbolise si bien le Tao. La fécondité de l'acte créateur dépend cependant de leur "écartement", c'est pourquoi a lieu la Scission primordiale au niveau de l'axe Hokmah-Binah. Les polarités émanée de Keter y demeurent de façon stable et immuable, gardiennes de la Loi. Plus poétiquement, elles sont dans leur Contemplation extatique, l'expression même de l'Amour permit par le 2. 

A la perpendiculaire de cet axe statique, un axe dynamique est formé entre Keter et Daât. Cet axe va pour sa part exprimer la sublimation de cet Amour par la mise en place du Grand Oeuvre. Lucifer, que nous associons à Daât, est l'énergie d'involution de l'Esprit au sein de la Matière. Cet archange y "porte la Lumière"... De leur côté, l'Empereur symbolise le processus d'individuation de l'Esprit alors que l'Impératrice symbolise son assomption. 

Un mouvement, du Haut vers le Bas puis du Bas vers le Haut, caractérise donc cet axe. Dans le premier Arcane, il est symbolisé par la baguette (le Feu) dirigée vers le Bas tandis qu'une rose croît vers le Haut à partir du sol. Daât joue alors un rôle de sas entre ces deux Pôles de la Création "séparant sans séparer" le Monde de l'Essence, hors du temps, du Monde de la Manifestation caractérisé par les cycles et permettant le développement, l'évolution d'une Idée.

Dans ce grand Jeu, quel pourrait être le rôle de l'Homme ? Lui qui, nous commençons à le voir, résume par son corps la structure cosmique même... Sinon jouer le rôle de Médiateur entre le Haut et le Bas, le rôle de Creuset où la Matière serait assez purifiée pour laisser rayonner la Lumière enceinte en elle, cela grâce au processus alchimique dirigé par la Conscience, ce don de l'Esprit... Et devenir l'officiant de la ré-union de la Lumière !