le Pendu


Si la Force concluait l'initiation du puissant Mage, le Pendu commence celle du clairvoyant Mystique. Nous passons d'une initiation active, solaire -dorienne- à une initiation passive, lunaire -ionienne- 

Ce Pendu n'est pas condamné à la potence, il faudra attendre la Mort pour cela ; il est plutôt suspendu, et cela a l'air de bien l'amuser d'ailleurs ! Il faut dire que si l'initiation dorienne pousse à la maîtrise de soi, à l'accumulation du pouvoir personnel, à la responsabilité et à savoir répondre, à l'autonomie, à l'expression de soi... pfff ! L'initiation ionienne propose à l'inverse un lâcher-prise, à savoir se laisser traverser, d'être à disposition, d'accepter l'impuissance, d'écouter... C'est le Rayonnement du Feu vs la Réflexion de l'Eau - l'Entrée en soi via la Voie sèche ou la sortie de soi via la Voie humide.


Notre suspendu -un Guerrier implacable- a décidé de lâcher-prise donc, et de regarder -peut-être voir- selon un point de vue différent... de voir autrement sa relation à l'autre (le 1 rencontre le 2) et plus généralement sa relation au Monde (21). De mettre de côté son "je veux !" au profit d'un "j'accepte réellement l'altérité"... Il y a dans l'initiation ionienne l'idée de voir autrui et le monde tel qu'il est plutôt que de le tordre à notre idée ; mais aussi ce périlleux retournement qui consiste à ne plus se placer au centre du monde... avec tout ce que cela change !

Il y a ici l'évocation d'une humilité, celle qui consiste à vraiment regarder l'autre, à vraiment l'écouter, à percer le miroir de sa bulle, pour voir, réellement, ce qui est. Pour se laisser surprendre, pour laisser infuser dans notre eau l'altérité d'un point de vue, d'une démarche, d'une idée, d'un être... 


Cette écoute demande nécessairement un relâchement, une souplesse, une adaptabilité, une confiance ; c'est ce qui semble ressortir de la détente du Pendu malgré la fâcheuse position dans laquelle il s'est mise... une position dans laquelle il n'a pas l'habitude d'être -un non-faire de l'être autrement dit- Il ne s'agit plus comme chez l'Empereur (4) de "maîtriser la matière" mais plutôt de "se laisser traverser" par l'Esprit (3)...

En parlant de retournement de point de vue, ce Pendu qui semble avoir même les mains liées dans son dos, est-il si passif que cela ? Quelque chose émane de lui, quelque chose de magnétique (comme le mouvement d'un pendu-le !) se dégage de l'image même de cet être suspendu. Il n'y a pas inaction ici, mais action d'une Force différente. Une force qui vient troubler notre représentation habituelle du monde... Et cette action est renforcée par le fait que ce Pendu ne semble pas seulement nous placer face à l'inhabituel, mais qu'il semble avoir lui-même intégré l'inhabituel...

C'est la descente de l'Esprit dans la Matière -comme la rosée qui se pose sur le sol- ce qui est le propos de l'alchimiste dont la tâche consiste à spiritualiser cette dernière, à commencer par la sienne propre. Ce processus consiste à libérer ce qui est enclot, comme la perception que nous avons de la réalité par l'œil de nos idées et autres certitudes, ou plutôt habitudes qui nous sécurisent. Pour cela il s'agit de se départir d'une peur profonde en réalité, celle de laisser l'inconnu advenir, celle de ne pas tout contrôler... C'est d'ailleurs ce qu'exprime peut-être une partie d'une légende concernant Odin (un autre pendu) qui, dans sa quête de la Vision, doit se départir de son œil gauche pour voir autrement. L'œil gauche qui est associé à l'Empereur dans le Tarot par ailleurs...

Ce processus d'élaguement ne semble pas mener notre Pendu à la folie non plus, ni à une inadaptabilité au monde. Rappelons que cette initiation ionienne fait suite à l'initiation dorienne. Plus l'être a conquis son Royaume, plus il peut se permettre de n'être "attaché qu'à un fil". Il a plongé dans ses Profondeurs, il a observé ses travers, il a simplifié sa vision sans pour autant réduire la complexité du monde, il a redéployé son être pour mieux se concentrer sur l'essentiel, il s'est incarné et n'a pas renié la matière... Peut-être même a-t-il perçu que le "rien" n'était pas si "vide" que cela et que cette traverse de l'esprit a de quoi le rendre serein dans cette suspension.

D'un autre point de vue, cette attache pose la question de nos attachements et autres dépendances. Le Pendu est suspendu par son talon d'Achille... et c'est précisément là que la Vie viendra nous éprouver...  C'est là que la confiance engrangée par son initiation dorienne doit lui donner la force d'affronter l'Epreuve, sans pour autant se battre avec... 

Puisque tout pousse au retournement dans cette Lame, retournons-la elle-même désormais.


Reflet du Monde, le Pendu apparaît cette fois comme retenu par un fil, sans quoi il s'envolerait tel Icare ? En tout cas ce double apparaît cette fois beaucoup moins entravé... Apparaît aussi l'idée que l'être en question ne soit ni tout à fait du Ciel, ni tout à fait de la Terre, mais dans un entre-deux... de quoi nous évoquer "la merveille et la terreur d'être un Homme" ! 

Comme un pont, comme un canal pour l'Esprit... Peut-on imaginer cela ? Être le "ET", le point de rencontre, ni l'un ni l'autre... Être la conscience de cette rencontre ? Aimer sans s'approprier ?

Les couleurs rouge et blanc de son surcot évoquent pour finir les deux Serpents latéraux de Kundalini, cette Force vitale qui peut soit s'épancher vers le bas, soit être canalisée vers le haut, en lien avec l'inversion érotique chère au Tantrisme. Cette inversion du Désir est cependant globale et n'a rien à voir il nous semble avec une quelconque ascèse... cela montrerait juste que le 11ème Arcane n'ait pas été bien intégré... il s'agit davantage d'une sublimation de la matière, d'un retournement intérieur... 

...Et c'est là toute la subtilité de cet Arcane où le 3 se cache sous l'apparente dualité du 2. Une troisième voie qui est l'un et l'autre à la fois, sans être ni l'un ni l'autre... Un secret émane de cette Lame en YeSOD, un secret de shaman, le secret du koan. Qui suis-je ?

Lamed



Lettre simple

Valeur numérique : 30
Valeur pleine : 74
Sens : désir
Signe : Balance
Tarot : le Pendu
Séphira : Yesod




Lamed provient d'un idéogramme ancien qui dessine un aiguillon, en forme de point d'interrogation... ? L'aiguillon montre le chemin à suivre, impulse un mouvement (c'est Guimel à la dizaine supérieure). Un mouvement d'élévation semblerait-il, mais nous y voyons également, en même temps, un mouvement vers le bas. Vue de haut, certains y voient un semeur ; nous restons dans la symbolique de la Graine.

Il est intéressant de noter que l'aiguillon est traditionnellement l'outil du conducteur de bœufs, l'animal dont le hiéroglyphe est à l'origine de la lettre Aleph. Or Aleph et Lamed ont le même sens, celui d'apprendre & d'enseigner. Ces deux lettres sont également constituées d'une partie "vers le haut" et d'une autre "vers le bas".

Aleph rencontrant Lamed forme avec lui le mot EL - comme dans Elohim - ou AL - comme dans Alchimie - En y regardant de plus près, ces deux lettres forment en fait un symbole bien connu des alchimistes justement, celui de l'Or... Aleph en est le Centre, et à l'aide du Lamed - du compas qui réalise un mouvement circulaire - se dessine le cercle pointé (qui est aussi le symbole du Soleil pour les astrologues). 

Cela nous renseigne sur la nature de l'apprentissage... Tout est Enseignement.

"El" est aussi une préposition en hébreu, il s'agit de "vers". C'est une direction. "...rien de plus ne peut être tenté que d'établir le commencement et la direction d'une route infiniment longue..." (G. Simmel)
Et nous avons noté que cette direction est double : vers le haut et vers le bas, comme les deux directions que prendra la Graine au cours de son développement... Nous y reviendrons souvent !


Par ailleurs, lorsque Aleph et Lamed sont inversées, elles forment en hébreu la négation. Lo' est alors à El ce que le Non-Être est à l'Être, c'est-à-dire comme nous l'avions vu avec Kaph, son pôle de révélation. Il y a ici cette idée encore bien alchimique, que l'élévation de l'être est concomitant d'un mouvement "descendant vers ses profondeurs". 

Or avec Guimel, nous avions aussi vu que la racine bilitère GaB rend compte d’un mouvement d’élévation (vers la lumière) tandis que prononcée GeB, elle rend compte d’un mouvement descendant dans le « puits » (d’eau). Disons qu'à la dizaine supérieure, les choses se concrétisent...

Faisons de même rencontrer Lamed et Beit... Ensemble, ils forment le mot Lèv : le Cœur. Ici, le Lamed est l'aiguillon qui met la "maison" de l'Homme en route vers son devenir. Cette maison est le cœur au plan physique, le courage au plan psychique, la conscience au plan spirituel. Le mot Lèv recouvre tous ces termes. Lamed informe l'Homme du chemin qu'il doit suivre pour sa maison intérieure devienne le paradis, et sa maison extérieure, le Kosmos, sera "à l'image" de son état, à chacun de ces plans vécus. Toujours ce double mouvement...

Lorsque Lamed rencontre Dalet -la Porte- ils forment ensemble le radical du mot "naissance" ledah. Il s'agit de passer des "portes", d'épouser ses terres intérieures dirait la Qabale -d'en révéler le potentiel- Retournées, ces deux lettres forment le mot Dal, la "pauvreté" ou encore le "dépouillement"...

Lorsque Lamed rencontre Zayin -l'Epée- par l'intermédiaire du Vav, ces lettres forment le mot luz, l'amandier. L'amande est un symbole de lumière cachée dans la coque des ténèbres et du temps. C'est aussi le nom de la terre sur laquelle repose l'échelle que Jacob voit en songe. Lorsqu'il fait ce songe, c'est au début de son grand voyage ; il quitte alors ses parents -ses béquilles- et va vers le mariage. Le chemin royal s'ouvre pour lui, il va porter à maturité ce qui n'est encore qu'un germe de lumière, casser la coque de ses ténèbres, assumer les temps... L'amande ourlée ou "mandorle" est la lumière accomplie ; toutes les peaux du Pèle-rin sont tombées. 

Avec le Heith, Lamed engendre le mot lah qui signifie juteux, vert, humide. Celui qui veut passer la Barrière doit découvrir en lui l'humide, son Désir, son énergie vitale... Retournées, ces lettres forment le mot Hel qui signifie le rempart, le mur, comme celui qui enceint Jéricho...

Enfin, lorsque Lamed se joint à son homologue sur le plan des unités, Guimel, ils forment ensemble, en saisissant le Aleph, le verbe Ga'al -délivrer- et le nom go'el -le libérateur- 
GiL est aussi la Joie et GaLGaL est la Roue. Cette Roue dans laquelle la "personne" est spirée, pour, de morts en morts -de champs de conscience en champs de conscience- et dans la Joie s'il vous plaît ! renaître. La Spirale -LuLyani- est le mouvement de vie essentiel, et c'est au bas de la spirale, dans les profondeurs de la Nuit -LayeLah- que la lumière éclate ! aLLéLuiah !

Au petit nombre qui a gardé la parole...

 A ce stade de notre Recherche et pour cet intermède, je vous propose une retranscription telle quelle de l'intermède que réalise Jean Haab au centre de son ouvrage Gnose (dont nous approfondissons au sein de cette Grange, les pistes).

La remontée de l'Arbre

"Ayant mené à son terme la descente de l'Arbre jusqu'en Yesod, siège du subconscient, nous avons atteint le paroxysme de l'involution, le point culminant de la chute dans la matière.

Yesod, pour nous, est plus lourde vibratoirement que Malkut et, si on lui a donné le nom de Fondement, ce n'est pas uniquement parce que la trame du monde est astrale...

Cette Séphire est la porte de l'Enfer.

C'est le siège de tous les désirs, des fantasmes, refoulements et tabous qui rivent au monde inférieur, donc infernal, la pauvre marionnette humaine.

Là flamboie l'attraction sexuelle qui enchaîne d'autant mieux les âmes qu'elle tire son origine du désir profond tout autant qu'inconscient de reconstituer l'unité morcelée depuis la scission du Premier Androgyne.

Les sensations qu'elle permet d'éprouver constituent le reflet très amoindri de l'exaltation érotique résultant de l'extase des chakras.

Yesod est la sphère de tous les mirages, le monde des reflets. Mais qu'est-ce qu'un reflet, sinon une identité inversée ?

Nous avons dit également que pour qu'une porte s'ouvre devant nous, pour qu'une Voie puisse être suivie, il fallait que sa contrepartie, donc sa réflexion, nous soit auparavant proposée. Bien entendu, la suite positive ne devenait réalité qu'en cas de bon choix préalable de notre part. Personne ne fait exception à cette règle, pas même Jésus qui a dû repousser la triple tentation de Mammon pour entreprendre sa mission terrestre. Nous trouvons là une parfaite application de la Loi de la préexistence astrale des événements selon laquelle toute chose s'imprime dans la Grande Matrice de Yetsirah avant de descendre sur le plan des effectuations.

En Yesod, nous cotoyons le vortex des illusions, mais c'est précisément là où les vibrations sont les plus lourdes que se trouvent aussi les plus belles promesses, tout comme l'utilisation du fumier permet d'obtenir les plus belles récoltes.

C'est dans la nuit la plus épaisse que naît le germe divin.

C'est à l'heure la plus sombre de la Nuit la plus longue qu'advient le Seigneur.

C'est au cœur des ténèbres que le Trésor est caché, nous voulons dire la Force qui, selon l'utilisation que nous en ferons, nous précipitera dans l'abîme des sensations et des conséquences ou nous fera émerger jusqu'au plan divin.

Si nous choisissons la seconde solution, donc la remontée pour opérer le Grand Retour au sein de l'androgyne, la Voie proposée porte un nom : ALCHIMIE.

L'Alchimie

C'est la chimie de AL, c'est-à-dire la chimie de Dieu.

C'est la science des mutations, la Voie certainement la plus apte à nous faire passer d'un état inférieur à un état supérieur, à transformer l'homme chrysalide en homme spirituel.

C'est l'Art antique d'Hermès, entièrement consacré à la sublimation de la matière, de cette materea dont le nom latin est bien proche de celui de mater, la mère, qui a besoin d'être "rendue mâle afin qu'elle devienne un esprit vivant pareil aux autres mâles, car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le royaume des cieux". (Verset 118 de l'Evangile selon Thomas.)

Comme tout texte sacré, cet évangile doit être lu au deuxième, voire au troisième degré. Le sens qui nous intéresse présentement est le suivant : l'ensemble de la création est "femme" parce qu'elle est passive. Il y a là une exception : la Pierre Philosophale qui est "active" dans un monde "inactif", qui émane sa propre lumière dans un monde soumis à la Lune, donc à la passivité. Elle seule est solaire dans un univers lunaire. Elle seule possède le pouvoir des trans-muter, c'est-à-dire d'opérer une mutation transcendante amenant la matière à sa perfection évolutive.

L'approche des Mystères à laquelle nous nous sommes livrés au cours du périple involutif nous menant de Keter à Yesod nous a essentiellement permis d'évoquer les polarités constituantes de l'Univers, à savoir, d'une part, la force d'expansion à prédominance masculine, d'autre part la force de constriction essentiellement féminine.

Cette approche devrait nous permettre de cerner l'alchimie puisque celle-ci peut se définir comme consistant en l'intégration dans la plus petite petite parcelle de matière possible de la plus grande quantité d'esprit possible, ce qui est le propre de la constriction absolue. Ce processus aura pour résultat de hausser considérablement la moyenne vibratoire du contenant matériel qui, à force d'être chargé d'esprit, sera rendu actif dans une création passive.

Il pourra même arriver un moment où il ne sera plus possible de pousser davantage l'intégration spirituelle et ce sera généralement à partir de la sixième multiplication, ce dernier terme désignant le cycle entier des opérations commençant avec l'œuvre au noir et se terminant avec la rubification.

L'alchimie est avant tout une science convergente en liaison avec le Pilier de la Rigueur et l'on comprend, dès lors, que Mercure, dieu de l'initiation et Maître du Grand-Œuvre, soit lié à Hod, à la base de ce même Pilier.

Au cours de l'hermétique cheminement qui nous conduira de Yesod à Keter en nous faisant remonter l'Arbre tout entier, nous devons exposer, dans un premier temps, les clefs alchimiques inhérentes à la lame du tarot comme à la séphire ou aux lettres hébraïques concernées. Si cette précaution n'était pas prise, il est évident qu'aucun lecteur ne pourrait intégrer le Magistère Alchimique dans le processus évoqué.

Dans un deuxième temps, nous ferons un parallèle avec le tarot sans trop nous occuper des séphiroth qui ont déjà été étudiées au cours de la chute. Inversement, nous n'avions pas abordé l'alchimie au cours de la descente de l'Arbre puisque cette Voie ne joue un rôle que dans l'évolution et qu'il ne pouvait être question d'interrompre la chute avant que celle-ci ne soit arrivée à son terme.

[...]

Olam Ha'Assiah


           Hiérarchie : Hommes
           Élément : Terre
           Couleur : rouge

           Sphère d'influence : TiPHEReTNeTsaH, HODMaLKuT, YeSOD
                                 

           Macrocosme : le monde matériel
           Microcosme : le corps


Olam haAssIaH signifie "le Monde de l'Action".

Nous pourrions également dire qu'il s'agit du Monde (du Plan) du "Faire" : ASiaH (Âyin-Shin-Hé) se traduit littéralement par le verbe Faire (agir, travailler). Nous trouvons aussi comme synonymes : former, créer, produire.

Nous sommes bien ici-Bas dans le monde du Créé, par opposition au Monde de la Création ; sur le plan où les éléments "prennent forme, s'élèvent, résistent et se dégradent".

YeSOD en est le Centre et MalKuT la Périphérie :


MalKut, qui est la Terre accompagnée de son satellite naturel, est le réceptacle de toutes les influences de l'Arbre inversé. Elle incarne le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d'exister plus concrètement. elle est toutes choses animées et inanimées qui nous entourent. C'est le Royaume des formes imaginées (dont les esquisses finales se situent en YeSOD) enfin réalisée. Elle est aussi le lieu de la vacuité de toute chose, le seuil où l'on "rend l'âme".

La Hiérarchie (en devenir) correspondante est l'Homme (ADaM : "fait en terre rouge") dont le plus grand défi consiste sûrement de pouvoir maîtriser un jour la myriade d'énergies et d'influences qui s'agitent dans son Royaume.

Le Olam Ha'Assiah est le dernier maillon de l'Arbre, le lieu où les formes imaginées se concrétisent, deviennent tangibles. Le Plan qui le précède dans la chaîne de création est le Olam haYetsirah, le Monde du Potier, le Monde Astral où tout est en potentiel. Pour que ces formes se réalisent, il manque une dernière étape : celle du Faire, de l'Action... l'Homme en est la Hiérarchie en devenir...

"Faire" que l'on pourrait entendre "Fer" - le métal associé à la Planète Mars. Or, dans notre recherche, nous plaçons cet Astre au centre de l'Arbre séphirothique, en Tipheret - centre du Olam haYetsirah. Ce faisant, nous mettons au centre la notion d'Expression ainsi que celle de la Présence...


Finalement, 5 Astres composent le Olam Ha'Assiah dans notre système qui associe les Planètes aux Séphiroth selon une logique propre. Apparaissent alors les 4 planètes telluriques de notre système solaire tournant autour du Soleil...

Magie !

Yesod

 
      


Monde : 
ASIaH veYeTSIRaH
Pilier : central
Lettres : Kaph & Lamed
Planète : Soleil
Grand Ange : GaBRIEL
Nom Divin : El Shaddaï ("Dieu Tout-puissant")
Autre Nom : El Haï ("Dieu Vivant")
YeSOD se situe, malgré les apparences, au fondement de l'Arbre séphirothique. Elle se situe symboliquement sous le niveau du sol ; c'est donc là que sont que sont puisées les énergies (souterraines) à l'origine des manifestations concrètes, en Malkut.

Comme nous l'avons vu précédemment, au niveau psychologique, il s'agit de notre subconscient ("sous la conscience"), de ce qui relève de nos automatismes, moteurs mais aussi émotionnels et intellectuels... C'est également le centre de la somatisation, c'est-à-dire le lieu de conflits psychiques qui se concrétisent ensuite corporellement. Nous sommes bien à la frontière entre les Mondes d'Assiah et de Yetsirah... Et en présence d'un Astre - le Soleil - dont la masse correspond à 99,86% de celle de son système !
   
Yesod est en fait le centre de notre Mental-Ego, ce "soleil" qui se pense khalife à la place du Khalife... un soleil bien réel cependant, à l'origine de toutes nos réactions automatiques. Un soleil dont la principale fonction est la défense de l'image que l'on a de soi, ou que l'on a l'impression de devoir avoir de soi ;une image construite en tout cas. Elle se nourrit d'une "histoire personnelle" que l'on répète constamment à qui veut bien nous écouter (mais il s'agit de toute façon d'un contrat, plus ou moins conscient, dont l'autre versant est de rendre la pareille à l'autre) et elle possède pour corollaire une "importance personnelle", à l'origine notamment d'une perte colossale et continue d'énergie (de pouvoir personnel, dirait les Toltèques). 

Pour autant, si la descente dans nos enfers est réalisée, avec une rectification "qui permet de trouver la pierre cachée", c'est-à-dire avec un travail thérapeutique permettant de comprendre ses blessures d'âmes (et de les cautériser) ou encore nos nombreux conditionnements (familial, social, culturel...), alors ce "petit soleil" peut devenir le Soleil de notre Individualité, qui rayonne cette fois sa propre lumière...

Ce rayonnement est induit par un processus de fusion nucléaire (qui dégage de l'énergie cette fois) qui se nourrit de lui-même, tout comme le Germe (associé à la Lettre Yod...) tire son énergie des cotylédons de la graine, sur le plan végétal...

C'est peut-être cela, le Ye SOD (littéralement le "Secret du Yod"), c'est de devenir son propre centre, plutôt que de tourner autour de centres extérieurs, un centre qui ne soit pas un despote (conférer la symbolique du Pharaon dans le mythe biblique) mais bien qui l'on souhaite devenir ou encore que l'on porte en Potentiel (comme la graine est déjà en potentiel l'Arbre qu'il peut devenir).

Ce processus de germination nécessite cependant d'échapper à un environnement devenu hostile (lorsque notre Conditionnement n'est plus décemment supportable), pour un environnement viable accompagné de certaines conditions (eau, température, lumière, oxygène).

Soleil


Arrivé à mi-chemin de notre parcours, c'est seulement maintenant que nous rencontrons le Roi-Soleil ! Cet astre que la Kabbale place traditionnellement en Tiphereth -Séphirah centrale de l'Arbre, tout comme notre étoile est le plus souvent considérée comme le centre du système solaire- ; encore un autre biais du Mésotérisme tel qu'évoqué ici.

Pour notre part, nous le situons donc plutôt sur la dernière Séphirah de l'Arbre -Yesod- de la même manière que le Soleil dans l'Espace, loin d'être un centre statique autour duquel tournerait des planètes, est en réalité à la fine pointe de spirales que celles-ci dessinent dans leur course au sein d'une autre grande spirale, celle de notre Galaxie cette fois...


Celui qui décide, dirige, guide, ouvre la voie, ne se place pas au centre mais devant : il indique le cap… Or dans "capitaine", cap signifie tête, chef et non pas cœur (Yesod et non pas Tiphereth donc !)

L’œil dirige la tête que prolonge l’épine dorsale, à l’opposé d’un centre d’un monde statique inexistant, voila la véritable image analogique du Soleil conduisant, dans la galaxie, ses pouvoirs et ses alliés comme un vol de cigognes...

Pour finir avec le positionnement du Soleil en Yesod -et ce que cela signifie- remarquons qu'il se trouve ainsi à la jonction du Olam HaAssiah et du Olam HaYetsirah, autrement dit à la jonction du Conscient et de l'Inconscient chez l'Homme... 

Nous somme ici au niveau du subconscient dont le maître est... l'Ego !

Ce faisant, il est également à la base de la dernière Triade de l'Arbre, celle que la kabbale nomme le Triangle magique, ce qu'A. de Souzenelle explique bien lorsqu'elle démontre que cette Triade est celle de nos ténèbres psychosomatiques... 

Il s'agit en fait de notre Représentation du Monde -le plus souvent inconsciente- que nous extériorisons constamment hors de nous dans un jeu de rôle dont nous sommes les comédiens plus ou moins consentants... Ne dit-on d'ailleurs pas que le Soleil est la Planète de la personnalité, du latin persona : masque de théâtre !


Lorsque le travail initiatique est enclenché, tel que défini par la Lettre Kaph ou encore par le célèbre acronyme VITRIOL, le Soleil peut cependant aussi devenir le symbole de l'Individu Conscient (de lui-même). Un astre qui éclairera ainsi le monde autour de lui, comme est d'ailleurs la véritable fonction d'une étoile...

Attention cependant ! ici les chausse-trapes sont nombreuses... Ne confondons pas, par exemple, Roy-Soleil et Roi-Mage : l'un se complaira dans l'image qu'il renvoie, l'autre maîtrisera aussi bien qu'il le peut les turbulences de son inconscient...

Ne confondons pas non plus Décision et précipitation, Volonté volontaire et la véritable Force... ou encore Détermination et la propension à imposer ! D'autant plus lorsqu'on sait que le Soleil est une Planète de principes qui permet de justifier ses comportements...

Le Soleil possède cette propension à croire au fonctionnement "parfait" de l'être, mais souvenons-nous bien que cela reste un Idéal qu'il s'agit avant tout de mettre à l'épreuve de la Matière, avec toute l'humilité dont nous serons capables...

Le pouvoir personnel

Ce terme de "pouvoir personnel", qui nous vient de la Tradition toltèque, fait écho ici à celui de "pouvoir créateur" qui était précédemment associé à la Lettre Yod. Yod et Kaph étant reliés par le symbole de la Main, il semble logique que le concept de Pouvoir relie également ces deux Arcanes.

Une connotation négative est pourtant le plus souvent associée à cette notion de "pouvoir" ; il s'agit cependant d'une "confusion entre les plans" pour reprendre une expression chère à Jean Haab (Gnose), qui est le propre, logiquement, du mésotérisme, tel que défini cette fois par Boris Mouravieff (Gnôsis).

En réalité, c'est le dérivé Puissance qu'il s'agit d'entendre ici, comme la main est synonyme pour l'Homme de puissance, associée à l'outil ou à l'arme. C'est aussi cette même puissance qui est associée à la sagesse dans le nom même de "druide" (littéralement "puissant-sage" - dru-wid) ; sûrement pour nous rappeler leur nécessaire complémentarité, au passage !

Dans le druidisme justement, cette puissance ne fait pas référence à une quelconque déférence qu'il s'agirait d'éprouver en présence de son "imminence le druide" ; c'est bien même tout le contraire dont il s'agit justement, car cette puissance en question est l'attribut que doit acquérir le druide - s'il se dit initié - à la suite de l'accumulation d'une Sapience, mise en pratique.

Autrement dit, dans l'esprit du druidisme, ce n'est pas le titre qui importe, mais bien l'efficience - en terme de savoir-faire - dont doit s'accompagner l'état d'initié. 

Comme l'enseignait don Juan à Castaneda par ailleurs, "le pouvoir repose sur le genre de savoir que l'on possède" et "il n'y a rien de plus terrible que d'imaginer un homme privé de connaissance". Il ne s'agit donc pas non plus d'engranger sans cesse des connaissances qui ne déboucheraient par sur l'acquisition d'un savoir-faire d'une part, d'un savoir-être d'autre part. Mais il ne s'agit définitivement pas non plus de passer outre la Quête de savoir qui accompagne cependant tout apprentissage !

Il y a également souvent une confusion des plans entre les notions de connaissance et de savoir, la première étant en fait le second, mis en pratique puis finalement intégré. Cependant, si cette précision est importante pour ne pas confondre encyclo-pédisme -stérile- et "savoir utile", il ne s'agit pas non plus de renier la Quête de Vérité ! qui passe nécessairement par l'acquisition d'une Méthode et d'une rigueur intellectuelle qu'il s'agit d'entraîner...

Dernière confusion des plans à éviter il nous semble, celle entre Sentiment et Raison. Trop souvent là encore, l'Intellect est mis à mal dans une quête éperdue de la préséance du "Cœur", avant tout... Mais de quel cœur parlons-nous ? Ne serait-ce pas là, le plus souvent, du sentimentalisme mal placé..? ou encore un excès d'humidité -d'affects- lorsqu'on sait que l'Initiation est Feu ! 

Ceci dit, n'oublions pas non plus qu'une chaleur peut devenir bien vite étouffante et pesante lorsqu'un souffle d'Air - entendre de légèreté - ne rafraîchit pas l'atmosphère... N'oublions pas non plus à quel point l'ancrage au sol - à la Terre - est le préalable à toute élévation vers la lumière du Soleil !

Ces trois confusions à éviter, revenons maintenant au concept de pouvoir personnel tel que défini par la Tradition dont il est issu. Pour les Toltèques, "tout est question d'énergie", la suite en découlant naturellement. Or, si chaque nuit (chaque Hiver) nous recharge, il semblerait bien que nous soyons de vrais paniers percés en la matière !

Annick de Souzenelle (Le symbolisme du corps humain) parlera d'une fuite à un niveau horizontal ; symboliquement la sève se répand au sol, elle ne monte pas le long du tronc et finalement, l'arbre de vie que nous sommes en puissance, ne porte pas Fruits. 

Don Juan dira les choses plus crûment... mais l'idée reste la même : nous nous dispersons dans une multitude de "faires" sans importance, plutôt que de nous concentrer sur la seule chose qui vaille selon les Toltèques - ou les Druides - c'est-à-dire la Quête de la Liberté qui nécessite avant tout d'accumuler de l'énergie, donc.

Quelle est la nature de cette énergie pour finir, dont l'Œuvre a besoin ? 

Ce pouvoir personnel, il ne s'agit pas d'une manne céleste... de celle qui inspire... mais il s'agit de la force vitale, la Nwyfre des Celtes, qui irrigue nos corps en permanence, leur apportant santé et énergie. Elle peut cependant varier considérablement en force et en intensité. C'est le Prana des Hindous, le Chi des Taoïstes, la Baraka des Soufis, etc. Plus récemment, il s'agit de la Force de la saga Star Wars...

Malgré ces nombreuses mentions et de par sa nature même -matérielle et immatérielle- il est pourtant bien difficile de définir clairement ce qu'est cette force que la Tradition toltèque nous enjoint si fortement à épargner. On peut juste affirmer que sur le plan matériel, elle est à la fois énergie bioélectrique et biomagnétique, et que sur le plan spirituel, elle affecte notamment la libido. Sur un plan plus large, la Nwyfre est comme une essence subtile qui irrigue la Nature toute entière, présente aussi bien dans les roches et les cristaux que dans les arbres, les plantes et les animaux, et bien entendu dans l'être humain.

Bien difficile à définir avec des mots certes, mais pour l'initié qui sait l'accumuler - et cela n'est pas exempt de choix tranchés - elle est en revanche facilement reconnaissable, comme l'action de l'électricité lorsqu'elle allume une ampoule par exemple. Ces choix - certains parleront de sacrifices - ne doivent cependant pas, il nous semble, provenir de notre volonté volontaire (cela serait forcer un processus, la 11ème Lame du Tarot nous enseigne autre chose...) mais bien découler naturellement d'un processus, qui démarre avant tout par un enthousiasme, régulièrement nourri, devant l'immense Mystère qui nous fait face, quotidiennement.

L'un des effets clairement reconnaissable de cette accumulation de pouvoir personnel, c'est le fait de se sentir suivre un rythme, normalement imperceptible, au sein de notre quotidien ; cela, et le fait qu'une impeccabilité, une beauté et une justesse se dégagent de nos actes et de notre être. 

la Force


Et voici la Force, l'énergie suprême à laquelle ne résiste aucune brutalité ! Elle se présente ici sous l'aspect d'une reine blonde et gracieuse, qui, sans effort apparent, dompte un lion furieux, dont elle maintient les mâchoires écartées.

Cette conception de la Force, en tant que vertu cardinale, s'écarte des figurations banales d'un Hercule appuyé sur sa massue et revêtu de la dépouille du lion de Némée. Ce n'est point la vigueur physique, celle des muscles, que glorifie l'Arcane 11 ; il s'agit de l'exercice de la puissance féminine, bien plus irrésistible dans sa douceur et sa subtilité que toutes les explosions de la colère et de la force brutale.

Le fauve, incarnation des fougues indisciplinées et des véhémences passionnelles, est ce Lion dévorant du Zodiaque, dont le retour annuel marque l'époque où le Soleil, devenu brûlant, dessèche et tue la végétation. Il est vaincu par la Vierge dont il a mûri les moissons...

Ce n'est pas une bête malfaisante, en dépit de sa férocité. Livré à lui-même, il accapare, dévore et détruit avec une rage égoïste ; il n'en est plus de même s'il est dompté : il rend d'immenses services à qui sait le dominer...

Il n'y a donc pas lieu de tuer l'animal, même en notre personnalité, à la manière des ascètes. Le puissant Sage respecte toutes les énergies, fussent-elles dangereuses, car il estime qu'elles existent en vue d'être captées, puis judicieusement utilisées.

L'initié ne méprise rien de ce qui est inférieur ; il envisage comme sacrés jusqu'aux instincts les moins nobles, car ils sont le stimulant  nécessaire de toute action. La maîtrise vitale exige que ce qui est vil, ne doit pas être détruit, mais ennobli par transmutation. Cette règle est applicable dans tous les domaines...

Le puissant Sage tient compte du Diable, pour l'astreindre à collaborer malgré lui au Grand Œuvre !

Notons enfin que la "coiffure" de la Force est analogue à celle du Bateleur, c'est-à-dire représentant un lemniscate. Le retour de ce signe à la fin de la rangée des onze premiers Arcanes semble confirmer encore une fois la cohérence de placer les Arcanes ainsi, sur les 11 Séphiroth, en descente et en montée (cf. Introduction de ce blog). Nous y reviendrons.

En attendant, remarquons que le chapeau du Bateleur est plus simple que celui de la Force ; il ne comporte ni couronne ni plumeté chatoyant, car le pouvoir spirituel (couronne) ne s'acquiert qu'en l'exerçant et le savoir pratique n'est pas inné. Le Bateleur a la capacité de tout acquérir, mais il ne dispose de toute sa puissance virtuelle qu'après s'être instruit et discipliné au cours de sa carrière d'initié.

L'Arcane 11 marque à cet égard l'idéal qu'il est possible d'atteindre. L'homme sage peut disposer d'une force immense, s'il pense judicieusement et si son vouloir particulier s'identifie avec la Volonté Suprême. Il domptera la violence par la douceur ; aucune brutalité ne lui résistera, pourvu qu'il sache exercer la puissance magique à laquelle doit aspirer tout véritable adepte.

Domptons en nous-mêmes le lion des passions dominatrices et des instincts égoïstes, si nous aspirons à la Force réellement forte et supérieure à toutes les forces !