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l'Oralité créatrice


"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu."
Jean 1:1

Le pouvoir de la Parole...

Et pourtant, combien sommes-nous à déverser les mots tel un torrent, dont le contenu est déjà loin lorsqu'on prend conscience (lorsque conscience il y a) qu'il a été prononcé ?

Manque d'attention, et peut-être la plus grande fuite d'énergie.

Quand nous disons que les choses sont comme ci ou comme cela, que nous croyons en ci ou en cela, nous fixons le Monde pour soi. Les sages Toltèques disent que ce faisant, nous décrétons le Monde, nous en établissons les paramètres...

"Décréter est comme semer des graines d'intention pour qu'elles germent plus tard."

Nous créons ainsi rien de moins que notre réalité et il y a là un grand Mystère et toute l'essence de la Magie (de l'âme agit). Bien que nous vivons tous sur la même planète, "paramétrée" également pour tous (lois physiques, biologiques, globalement sociales...) il est clair que nous ne vivons pas tous la même Expérience pour autant.

Et cela dépend de notre Discours, de l'intensité avec lequel il est prononcé (verbalement ou non...)

"Décréter est plus que seulement dire ou se dire que les choses sont comme ci ou comme ça, décréter c'est donner un ordre."

Et le Monde obéit... 

Décréter est la manière dont nous concevons le Monde, que cela soit verbal ou non ; c'est souvent beaucoup plus profond que ce que l'on croit. C'est l'Accord que nous donnons au Monde...

L'un des secrets de la Magie est de vivre l'état que nous cherchons à atteindre, comme si nous l'avions déjà atteint. Cela prendra le temps qu'il faudra, mais un jour "notre commandement deviendra le commandement de l'Aigle". Attention au Vouloir cependant disait le Nagual don Juan Matus... le Monde fera en sorte qu'il devienne réalité pour soi, et cela passera par des changements concrets à incarner, de gré ou de force...

Mais pour que le Verbe devienne de plus en plus instantanément Acte, encore faut-il auparavant en concentrer la Puissance. Et cela passe par devenir progressivement silencieux. Silencieux dans le sens où le verbiage doit cesser, le dialogue intérieur doit se tarir. La Pensée, la Parole, doit devenir nette, succincte, compacte.
 
Et cela passe d'abord et comme nous l'avons vu avec la Lettre , par une écoute très attentive de soi. Que répétons-nous sans cesse ? Comment fixons-nous notre Monde ? Comme le limitons-nous sans cesse ?

Puis ensuite, il s'agit de concentrer notre Verbe, et cela passe déjà par faire ou être ce que l'on dit ! Qu'une fois quelque chose de décider, de "dite", toute notre Pouvoir doit se concentrer sur son accomplissement. Au risque sinon que notre Verbe devienne "paroles en l'air".

Ce qui progressivement nous fait perdre tout Pouvoir justement...

Prenons également conscience que certains mots, certaines idées, perdent un jour leur Pouvoir dans notre "bouche". Il faut y être attentif, en prendre conscience, et lorsque cela se réalise, changer notre Discours. 

Parfois, on prend conscience qu'un Axiome de pensée peut être complètement "retourné", parfois à l'exacte inverse. Lorsque cela arrive de manière magique, ce n'est pas qu'on "retourne notre veste", c'est qu'on passe à une nouvelle dimension de l'Idée, qui transcende tous ses contraires...

"Ma vie est le résultat de mon Intention ; comme je le décrète, comme cela c'est."

J'ai dit !

la Lucidité

La lucidité est le concept associé au 16ème Arcane. A ce propos, l'expression "un éclair de lucidité" fait étrangement écho à la Lame de la Maison-Dieu.

La lucidité... comme un couperet que propose GeBouRaH en montée, au pèlerin...

Quelque chose nous a frappé aux yeux concernant cette Séphirah, c'est la présence du Tranchant dans les deux Lettres qui l'informent : Zayin et Âyin (notons la consonnance également).


C'est comme si en descente, l'aspirant ne fait qu'entrevoir l'Epée, tandis qu'en montée, il lui est demandé de l'incorporer... autrement dit de ne plus seulement aspirer ou fantasmer l'état du Guerrier, mais le devenir sans plus de tergiversations (mentales !)

Dans l'ascension que nous propose le Capricorne, il semblerait par ailleurs que ce Tranchant se doit de servir à ce stade du chemin, dans un élagage en règle et sans plus de tiédeur. Sans quoi la Montagne ne nous laissera pas passer...

C'est comme si Gebourah jouait le rôle d'un implacable clapet, clapet qui ne répondra qu'à l'acte...

Le propos même du pèlerin est de peler ses différentes couches, à l'automne d'abandonner ce qui n'est plus nécessaire. Et cela dans un double-mouvement qu'affectionne l'Arbre, aussi bien intérieurement qu'extérieurement.

Il y a un moment où l'on pressent peut-être qu'il n'y a jamais eu qu'un seul pas à réaliser sur la Voie, le premier... et qu'on ne l'a pas encore effectué !

Le pèlerin a pourtant appris à retourner son point de vue lors de sa rencontre avec le Pendu, mais tel le fœtus dans le ventre matriciel, se retourner à 6 mois ne suffit pas, il s'agit de sortir concrètement à l'air libre 3 mois plus tard !

La lucidité donc... celle que nous avons tous lorsque nous arrêtons deux secondes de jouer la comédie dramatique. Cette certitude silencieuse et intérieure qui sait ce qui doit être réalisé si l'être souhaite concrétiser davantage son initiation.

La lucidité qui doit allier la froideur du constat et la chaleur de la gratitude qui sait ; l'acte entre les deux, définitif, comme le Voyage qui attend le pèlerin...

le Soutien


Le soutien est le concept associé au XVème Arcane... mais de quel soutien est-il question ici ?

Pour le qabaliste, l'alchimiste, l'astrosophe -autrement dit pour le harodim- le soutien en question est la Tradition elle-même.

Encore faudrait-il s'entendre sur ce qu'est la Tradition... il ne s'agit pas ici d'un ensemble de savoirs et de coutumes, qu'il s'agirait à chaque génération d'imiter ni même de conserver. Que ces savoirs et coutumes soient dits ou non "ésotériques", ce qui n'est d'ailleurs jamais le cas (ou alors, cela serait ne pas comprendre ce qu'est réellement l'ésotérisme).

A tout le mieux, cet ensemble de symboles, organisé sur cet Arbre, constitue un mésotérisme qui, s'il est vécu et conscientisé, peut devenir une porte d'entrée à l'ésotérisme.

La Tradition en question donc, est gnostique. Elle suppose d'en faire l'expérience, non pas supposée, mais vérifiée dans le réel ; et le réel, c'est quand on se cogne, disait un certain Lacan.

C'est, comme nous le disions en introduction de cette Grange, toute la différence entre savoir et connaissance. Rappelons au passage, à nos quelques lecteurs triés sur le volet ! (de je ne sais quelle cabane dans les bois) que cette Grange se veut être l'approfondissement de la géniale intuition de Jean Haab, dans son livre Gnose

Celle de placer les 22 Lettres hébraïques, non pas sur les 22 Sentiers de l'Arbre séphirothique (comme la sainte logique l'aurait voulu, rip) mais sur les 11 Séphiroth eux-mêmes, en "descente" et en "montée".

Chaque Lettre hébraïque étant associée à un arcane majeur du Tarot, à un signe ou une planète astrologique, ainsi qu'à un concept, nous nous retrouvons donc avec 22 "familles symboliques", que j'appelle pour ma part, Arcanes.

A cela, j'ajoute enfin un placement non académique des 10 Planètes sur l'Arbre, en lien avec l'astrologie naturelle et son système de trois triades de Planètes, qui m'a semblé faire fortement écho aux trois triades de l'Arbre séphirothique.


Ceci dit, encore une fois, tout cela n'a de sens que si cette représentation est vécue, telle une Carte -pour une chasse au Trésor- dirions-nous. 

L'Arbre séphirothique n'étant rien d'autre que le Corps humain, c'est pratique, nous la trimbalons tout le temps avec nous !

Si tant est que nous habitions ce corps cependant... si tant est qu'il y ait un pilote dans l'avion, oserions-nous.

Et c'est là tout le sens, pensons-nous, du XVème Arcane. Celui d'être dans la Présence -c'est-à-dire dans le présent, en conscience.

Et d'y faire face ! de tout notre Cœur !

En toute simplicité.. mais est-ce si facile..?

Et pourtant, ainsi s'enclenche un Dialogue avec l'Esprit (avec Soi ?) qui ne présuppose de notre part, que de nettoyer notre lien de communication avec Lui. Et ce dialogue, s'il se poursuit (mais cela demande de perdre quelque peu, le sentiment d'être si important) pourrait même devenir une Amitié avec le temps. Jusqu'à finir par devenir, à terme, une Communion, mais chaque chose en son temps !

Tout ce processus entraîne une trans-formation, qui notons-le, ne consiste qu'en un redéploiement de l'être, et non son remplacement, par nous ne savons quelle chimère !

Un autre regard, un autre Sentiment, une autre pensée... un nouvel assemblage opéré par notre conscience autrement dit.

Ce changement de direction est donc avant tout intérieur, pour celui qui devient progressivement le capitaine de son âme... 

Et sur quoi vogue alors cette âme ? sur un chemin qui a du cœur, à bon entendeur.

le Féminin de l'être

Souvenons-nous que le Retournement opéré avec le 12ème Arcane marque la transition, pour l'être qui chemine, entre l'initiation active, solaire (dorienne) et l'initiation passive, lunaire (ionienne). 

Mais c'est avec le 14ème Arcane que l'on rentre dans le vif sujet, après être passé par la Mort. Effectivement, il fallait bien en passer par là pour freiner le train lancé à pleine vitesse de notre JE VEUX. 

En même temps, il s'agit de le vouloir intensément pour suivre le chemin du pèlerin... la descente dans la matière étant aussi un autre train lancé à pleine bourre ! et devenir Adulte demandant de quitter quelques illusions enfantines...

La Mort donc prépare le terrain au 14ème Arcane ; elle en est le préalable obligatoire en réalité, et ne cesse d'ailleurs jamais lorsqu'elle est comprise nous semble-t-il. Le pèlerin visant toujours davantage l'inconnu et l'essentiel...

Noun est symboliquement la petite pousse qui est sortie de terre et qui déploie ses deux premières feuilles. Qui sont aussi les deux côtés de l'Arbre que l'être commence à expérimenter plus consciemment.

Pour la première fois, le végétal va recevoir la lumière du soleil et inspirer l'Air ambiant ; la photosynthèse permettant ensuite à la pousse de croître. Et cela commence avec tendresse, avec douceur, avec deux petites feuilles...

Recevoir. Accueillir. La pluie comme le soleil, la brise légère comme la tempête. 

L'être apprend qu'il ne maîtrise en réalité rien.

Mais... la plante s'adapte, elle plie sans rompre, elle se rend compte que le vent renforce sa tige et que la pluie lui permet de boire... Que le soleil peut aussi brûler et l'indolence, tuer. Aussi sûrement qu'une lame.

Il y a cependant, dans cette soumission aux éléments, à la Vie tout simplement, non seulement une joie sereine et la preuve d'une Force, bien supérieure à la force. 

Le Féminin ne force pas le passage. Il comprend que l'obstacle est la voie, que le détour fasse râler ou non ! mais le Féminin sait qu'il ne sait pas tout. L'Arbre a besoin de se renforcer avant de croître, et qui sait si le manque de pluie ne prépare à de plus grandes sécheresses à venir ?

Qui sait ce dont l'Homme a besoin pour le devenir ?

A partir du 14ème Arcane, l'être qui chemine, chemine en terrain inconnu... Espérons-le en tout cas.

Le conte de pic et pic et colegram est d'une grande sagesse en ce sens. Colegram, accédant à une autre dimension de lui-même, commence pourtant par continuer à agir volontairement. Résultat, il fait plus de mal que de bien autour de lui. Et la forêt eut pitié de lui...


La suite a beaucoup à voir, tiens tiens, avec la Tempérance... et a donc commencé par davantage d'écoute. Et voici le résultat, propre au Mystérieux féminin de l'être.

la Gestation

Dans une union paradoxale, c'est bien le concept de gestation qui est associé à celui de la mort, en cet Arcane XIII... morts & Vie pourrions-nous dire ; la Nature nous le dit à chaque Tour, elle.

Tandis que nous nous situons en Malkut, notre plan d'existence matériel, c'est également avec Mem dans les eaux matricielles du Ventre que nous évoluons actuellement.

Comme un fœtus en formation... comme un enfant à naître. C'est la symbolique du Solstice d'hiver et du germe christique qui, au plus profond de la nuit, éclot (qui pète la clôture autrement dit !)

D'un point de vue individuel, ce sont toutes ces petites morts, qui sont autant de portes (Dalet, réduction du 13) à passer toujours plus pauvre.

Jusqu'à la dernière porte, la porte étroite nous dit-on, celle par laquelle nous finissons par naître ? Ca serait rigolo ça, que la mort consiste en notre naissance, après 9 mois de rêve !

D'un point de vue collectif, il semblerait que l'humanité dans son ensemble soit un fœtus en formation, un enfant à naître ; une Hiérarchie en devenir... -Malkut n'est pas encore régi par une Hiérarchie, à la différence des 9 autres Séphires- autrement dit : l'Homme.

Le mythe nous donne un indice quant à où nous en sommes, dans cette gestation collective. Le Christ naît au sein de l'humanité au début de l'ère des Poissons. La Vierge est visité par un An-ge au sixième mois de sa grossesse, tout comme la mère de JB. Six siècles auparavant, une flopée de grands sages essaiment partout dans le monde, comme pour lui préparer un berceau. 

Tout porte à croire que cette naissance archétypale annonce le 6ème mois de grossesse de l'humanité. Et que 2 000 ans plus tard, nous en amorçons le 7ème mois.

Or, dans la gestation humaine, ce passage du 6 au 7 est fort particulier. Au 6ème mois, le fœtus est viable au niveau physique. Il reste pourtant 3 mois de plus dans le ventre de la mère, peut-être parce que tel l'Homme-Arbre que nous sommes, nous nous nourrissons aussi via des racines qui s'élancent dans le ciel...

La venue de l'archétype christique au 6ème mois de notre grossesse, c'était peut-être juste pour nous signifier : ça y est mon gars ! le corps humain est viable ! on peut passer à la suite maintenant !

Le 7ème mois quant à lui, annonce le retournement du fœtus dans les eaux matricielles. Ce qui n'est pas sans nous rappeler le Pendu de l'Arcane XII.

Il n'est pas facile d'écrire sur ce retournement intérieur, mais pour ceux et celles qui le réalisent concrètement, il y a comme la sensation d'être à contre-courant. De poser un regard différent qui permet de voir les idées et les événements "à l'envers", d'en voir l'en-vers !

Cette gestation de l'être, à l'intérieur des eaux de l'œuf, consisterait à embrasser la totalité de nous-même, autant notre part de lumière que notre part d'ombre. Cette part d'ombre en particulier que nous n'osons pas assez nommer, regarder en face, accepter (mais aussi parfois, notre part de lumière...) 

Ces nuits en nous qui cachent pourtant bien des trésors lorsque le Gardien est traversé. 

Au niveau collectif, il semblerait que ça balance pas mal avec ce Retournement en cours. Il y a pourtant un mur en face. Faudrait pas lui perforer les poumons à Maman quand même. Heureusement Mère-Nature nous aide gentiment avec un p'tit virus pour commencer, histoire qu'on se pose deux secondes, qu'on prenne conscience que dérouler dans une direction sans même envisager vers là où ça nous mène, c'est p'tre pas l'idéal. 

Qu'il serait peut-être temps d'envisager la vocation de l'Homme ?

le Désir


Rappelons que nous nous situons ici, avec le concept du Désir rattachée au 12ème Arcane, au niveau de la Séphirah Yesod. C'est-à-dire à la charnière de l'Arbre, à la porte des "enfers" aussi bien qu'à celle ouvrant à l'assomption de l'être. 

L'étymologie du mot désir n'est pas facile à déterminer car selon que l'on retienne sidéris ou sidus (relatif au terme "sidéral"), elle renvoie à deux significations contradictoires... Dans le premier cas, c'est l'expression classique du manque (d'un "astre"), souvent douloureux, que l'on va chercher à combler. Dans le second cas, il s'agit au contraire de cesser de contempler l’astre, se détourner de lui et en quelque sorte l'oublier. Le désir renvoie dès lors à l’abandon de l'étoile, à l’interruption de la fascination qu’elle exerçait sur nous.

En tout cas, le bouddhisme est sans appel quant à la nature du désir ; elle est la principale cause de la souffrance. Renoncer au désir, c'est la voie rapide vers la délivrance. Pour nombre de philosophies, les désirs rivent à la matière, d'autant plus certainement qu'un désir en appelle toujours un autre, une fois comblé. 

Pour don Juan Matus, ne plus désirer est l'accomplissement suprême du Guerrier (en précisant que cela n'empêche pas d'aimer...)

Mais peut-on cesser, en tant qu'être incarné, d'avoir soif ? Et lorsque le manque s'en fait sentir, tenter de le combler ? Désirer, n'est-ce pas le propre d'être vivant ?

S'agit-il par ailleurs de forcer le renoncement ? Ou comme l'étymologie du terme nous l'indique, interrompre la fascination que l'objet du désir exerce sur soi ?

Comme toujours, rien n'est de toute façon binaire. Désirer ou ne pas désirer ne nous semble pas être la question. La question de l'énergie vitale nous semble être plus centrale dans ce débat, et Yesod en est justement le réservoir.

Lorsqu'on regarde la situation mondiale actuelle, il est difficile de ne pas percevoir vers quoi nous mène un système socio-économique basé sur le manque (ou plutôt la création artificielle du manque). Dans ce cas, c'est la planète elle-même qui se vide de ses ressources et nous commençons à peine à en vivre les conséquences. 

A un niveau individuel, il est également aisé de percevoir la débauche d'énergie que peuvent provoquer certains de nos désirs, d'autant plus lorsque le manque tarde à être comblé et que cela tourne à l'obsession. 

Cependant, désirer est-il systématiquement cause de perte d'énergie ? Si je désire manger et que j'ai la chance de pouvoir rapidement manger, ce désir m'aura-t-il fait perdre de le l'énergie. Voir, selon ce qui est mangé, cela ne m'en fait-il gagner ?

A ce niveau de l'Arbre, il est en tout cas question d'énergie, celle que nous gaspillons en la répandant horizontalement, ou celle que nous accumulons en vue d'une montée de sève. Et nous ne pensons pas qu'il y ait de règles dans ce processus ("la vérité est un pays sans chemin") mais plutôt une vigilance à acquérir dans la manière dont nous gérons notre énergie. 

La morale n'a rien à voir là-dedans, il n'y a pas de "bons" ou de "mauvais" désirs, et rien d'immuable non plus. Si l'on est vigilant au cours de notre quotidien, une partie de soi sait très bien ce qui nous fait fuir à plus ou moins gros débit... et cela n'a pas grand chose à voir avec la soi-disante diabolique matière, bien au contraire ! 

Le pouvoir personnel

Ce terme de "pouvoir personnel", qui nous vient de la Tradition toltèque, fait écho ici à celui de "pouvoir créateur" qui était précédemment associé à la Lettre Yod. Yod et Kaph étant reliés par le symbole de la Main, il semble logique que le concept de Pouvoir relie également ces deux Arcanes.

Une connotation négative est pourtant le plus souvent associée à cette notion de "pouvoir" ; il s'agit cependant d'une "confusion entre les plans" pour reprendre une expression chère à Jean Haab (Gnose), qui est le propre, logiquement, du mésotérisme, tel que défini cette fois par Boris Mouravieff (Gnôsis).

En réalité, c'est le dérivé Puissance qu'il s'agit d'entendre ici, comme la main est synonyme pour l'Homme de puissance, associée à l'outil ou à l'arme. C'est aussi cette même puissance qui est associée à la sagesse dans le nom même de "druide" (littéralement "puissant-sage" - dru-wid) ; sûrement pour nous rappeler leur nécessaire complémentarité, au passage !

Dans le druidisme justement, cette puissance ne fait pas référence à une quelconque déférence qu'il s'agirait d'éprouver en présence de son "imminence le druide" ; c'est bien même tout le contraire dont il s'agit justement, car cette puissance en question est l'attribut que doit acquérir le druide - s'il se dit initié - à la suite de l'accumulation d'une Sapience, mise en pratique.

Autrement dit, dans l'esprit du druidisme, ce n'est pas le titre qui importe, mais bien l'efficience - en terme de savoir-faire - dont doit s'accompagner l'état d'initié. 

Comme l'enseignait don Juan à Castaneda par ailleurs, "le pouvoir repose sur le genre de savoir que l'on possède" et "il n'y a rien de plus terrible que d'imaginer un homme privé de connaissance". Il ne s'agit donc pas non plus d'engranger sans cesse des connaissances qui ne déboucheraient par sur l'acquisition d'un savoir-faire d'une part, d'un savoir-être d'autre part. Mais il ne s'agit définitivement pas non plus de passer outre la Quête de savoir qui accompagne cependant tout apprentissage !

Il y a également souvent une confusion des plans entre les notions de connaissance et de savoir, la première étant en fait le second, mis en pratique puis finalement intégré. Cependant, si cette précision est importante pour ne pas confondre encyclo-pédisme -stérile- et "savoir utile", il ne s'agit pas non plus de renier la Quête de Vérité ! qui passe nécessairement par l'acquisition d'une Méthode et d'une rigueur intellectuelle qu'il s'agit d'entraîner...

Dernière confusion des plans à éviter il nous semble, celle entre Sentiment et Raison. Trop souvent là encore, l'Intellect est mis à mal dans une quête éperdue de la préséance du "Cœur", avant tout... Mais de quel cœur parlons-nous ? Ne serait-ce pas là, le plus souvent, du sentimentalisme mal placé..? ou encore un excès d'humidité -d'affects- lorsqu'on sait que l'Initiation est Feu ! 

Ceci dit, n'oublions pas non plus qu'une chaleur peut devenir bien vite étouffante et pesante lorsqu'un souffle d'Air - entendre de légèreté - ne rafraîchit pas l'atmosphère... N'oublions pas non plus à quel point l'ancrage au sol - à la Terre - est le préalable à toute élévation vers la lumière du Soleil !

Ces trois confusions à éviter, revenons maintenant au concept de pouvoir personnel tel que défini par la Tradition dont il est issu. Pour les Toltèques, "tout est question d'énergie", la suite en découlant naturellement. Or, si chaque nuit (chaque Hiver) nous recharge, il semblerait bien que nous soyons de vrais paniers percés en la matière !

Annick de Souzenelle (Le symbolisme du corps humain) parlera d'une fuite à un niveau horizontal ; symboliquement la sève se répand au sol, elle ne monte pas le long du tronc et finalement, l'arbre de vie que nous sommes en puissance, ne porte pas Fruits. 

Don Juan dira les choses plus crûment... mais l'idée reste la même : nous nous dispersons dans une multitude de "faires" sans importance, plutôt que de nous concentrer sur la seule chose qui vaille selon les Toltèques - ou les Druides - c'est-à-dire la Quête de la Liberté qui nécessite avant tout d'accumuler de l'énergie, donc.

Quelle est la nature de cette énergie pour finir, dont l'Œuvre a besoin ? 

Ce pouvoir personnel, il ne s'agit pas d'une manne céleste... de celle qui inspire... mais il s'agit de la force vitale, la Nwyfre des Celtes, qui irrigue nos corps en permanence, leur apportant santé et énergie. Elle peut cependant varier considérablement en force et en intensité. C'est le Prana des Hindous, le Chi des Taoïstes, la Baraka des Soufis, etc. Plus récemment, il s'agit de la Force de la saga Star Wars...

Malgré ces nombreuses mentions et de par sa nature même -matérielle et immatérielle- il est pourtant bien difficile de définir clairement ce qu'est cette force que la Tradition toltèque nous enjoint si fortement à épargner. On peut juste affirmer que sur le plan matériel, elle est à la fois énergie bioélectrique et biomagnétique, et que sur le plan spirituel, elle affecte notamment la libido. Sur un plan plus large, la Nwyfre est comme une essence subtile qui irrigue la Nature toute entière, présente aussi bien dans les roches et les cristaux que dans les arbres, les plantes et les animaux, et bien entendu dans l'être humain.

Bien difficile à définir avec des mots certes, mais pour l'initié qui sait l'accumuler - et cela n'est pas exempt de choix tranchés - elle est en revanche facilement reconnaissable, comme l'action de l'électricité lorsqu'elle allume une ampoule par exemple. Ces choix - certains parleront de sacrifices - ne doivent cependant pas, il nous semble, provenir de notre volonté volontaire (cela serait forcer un processus, la 11ème Lame du Tarot nous enseigne autre chose...) mais bien découler naturellement d'un processus, qui démarre avant tout par un enthousiasme, régulièrement nourri, devant l'immense Mystère qui nous fait face, quotidiennement.

L'un des effets clairement reconnaissable de cette accumulation de pouvoir personnel, c'est le fait de se sentir suivre un rythme, normalement imperceptible, au sein de notre quotidien ; cela, et le fait qu'une impeccabilité, une beauté et une justesse se dégagent de nos actes et de notre être. 

Le pouvoir créateur

Le pouvoir créateur est le concept rattaché au 10ème Arcane.

Qu'est-ce que créer ? Vaste question ! 

Cependant, il nous semble que cela ait à voir avec notre pouvoir d'EXPRESSION.

Il nous semble également qu'il y ait l'idée, derrière ce concept, de MANIFESTER, de matérialiser ce qui auparavant, était immatériel ou "en pensée".

Entre les deux, il y a le processus créateur, soit l'Arbre séphirothique entre Keter et Malkut.

Le Créateur se situe au niveau de Keter, de l'Intention, tandis que la créature se situe au niveau de Malkut, de l'action. 

L'Homme serait le prolongement du Créateur sur le plan matériel. Sa "main" ici-bas en quelque sorte.

Bon, mais encore faudrait-il que la créature ait conscience d'être la main du créateur d'une part, et si cela devient le cas, que l'information passe clairement du cerveau à la main d'autre part !

Pour que l'information soit claire, le canal menant de la tête à la main doit être nettoyé. 

Lorsque ce canal est suffisamment nettoyé, il est possible de voir la directive de l'Esprit. C'est comme un dialogue sans mot, un enseignement devant soi.

Alors l'Action juste est réalisée et l'Homme n'est plus seulement une créature, il devient un co-créateur.

Si cela est intégré, nous comprenons le vrai sens de la Religion universelle : celle qui consiste à RELIER le Haut et le Bas.

Lorsque l'être observe ce qui est sans plus l'immense poids de son importance personnelle, sans ce Moi qui sans cesse se sent offensé, alors il voit.

Et voyant, l'Esprit descend et cela agit. 

Quelle merveille que la place de l'Homme !

le Serpent


Le concept associé à la lettre Teith est le symbole du serpent ou encore du bouclier.

Notons pour commencer que ce symbole est universel ; il se retrouve dans de très nombreux mythes et cultures (Ouroboros, Quetzalcóatl, Serpent Arc-en-Ciel, Kundalini, etc.)

Le serpent est un être rampant sur la matière. A ce titre, y sont associées les forces telluriques à un niveau macrocosmique, les forces vitales à un niveau microcosmique. Dans les deux cas, il s'agit de cette énergie brute qui jaillit sans cesse - tel un écho au Big Bang - pour permettre à la Vie "de croître et de se multiplier" (Gn 1:28) ici-Bas.

Le serpent symbolise la force vitale sans laquelle la Vie ne pourrait pas s'exprimer, se manifester.

Toute la question réside dans l'utilisation - consciente ou inconsciente - que l'Homme va en faire... Soit en la canalisant et en la dirigeant vers des objectifs définis, soit en la dilapidant sans contrôle et sans direction. Or le Serpent est aussi celui que le Divin condamne à "se traîner sur le ventre et se nourrir de poussière tous les jours de sa vie" ! (Gn 3:14)

Autrement dit , la mauvaise gestion de sa force vitale rive l'Homme à la matière et sa lourdeur...

Les actes physiques mais aussi l'expression d'émotions, l'émission de paroles et de pensées, l'utilisation de la force sexuelle, le sentiment d'importance de soi, la volonté de contrôle de l'extérieur, etc. sont autant de fuites concernant notre force vitale. Il y a donc l'idée dans la Tradition - ici via la lettre Teith - de conserver sa force vitale pour la faire se dresser en soi.

Et cela va demander à l'Homme de muer...

Soit Il continue de répandre horizontalement son énergie vitale pour répondre à des besoins égotiques (besoins qui le plus souvent ne lui appartiennent pas en propre mais plutôt à l'inconscient collectif), soit il l'a concentre en lui pour l'élever vers une utilisation plus idéale. Le serpent d’Airain (des reins...) devient alors le serpent d'Or, la Kundalini des hindous qui vient ainsi éveiller les centres énergétiques supérieurs de l'Homme, eux-mêmes à l'origine de l'expression des plus hauts sentiments et idées chez l'être.

Notion de choix donc... mais aussi nécessité pour l’ego de renouveler ses "vieilles peaux" ! Ou encore pour continuer dans l'image physique du serpent, que le serpent obéisse docilement au fakir lui demandant de se dresser... Autrement dit que le Moi se mette au service du Soi !

Dans le même temps, cette concentration et cette diffusion de l'énergie vitale en interne participe au maintient en bonne santé des différents véhicules de de l'Homme (physique, éthérique, émotionnel, mental...)

C'est pourquoi, si l'on avait déjà retrouvé cette image du serpent s’élevant autour d'un bâton sur une Lame de l'Hermite, ce symbole se retrouve aussi dans la Kundalini s'élevant le long de la colonne vertébrale ou encore dans le Caducée de la médecine.


Et pour en revenir, toujours dans la même famille symbolique, au signe astrologique du Lion créé par la lettre Teith, si le Bélier est le Signe même de la vitalité, le Lion donc est quant à lui cette capacité à la ressentir et l'exprimer avec bien plus d'intensité. Mais donc aussi à potentiellement la dilapider de la même manière !

Pour finir, le concept du bouclier est également associé à la lettre Teith et cela se retrouve dans le symbole de l'Ouroboros qui peut aussi évoquer la forme d'un bouclier. Il s'agirait là de plutôt se prémunir contre la pression extérieure de la Force vitale sur notre Corps. Qui dit vitale dit potentiellement violente (c'est la même origine étymologique) et ce bouclier que certains nomment l'Amour... nous aide à garder notre intégrité autant physique qu'émotionnelle ou mentale.

Car ne mésestimons pas l'influence des courants d'énergies nous entourant, quelle que soit ensuite la forme qu'elle prend pour se manifester à nous, nous ne sommes pas de ce point de vue-là séparés du tout du Tout ! Prenons donc garde à nos pensées, croyances, conceptions, etc. car qui sait si elles nous appartiennent vraiment... et à quel point elles participent à nous épancher jusqu'à toucher terre bras en croix !?

L'épreuve

Le concept associé à la lettre Heith est celui de barrière (délimiter) et par extension celui d'épreuve.

Pour comprendre ce concept au niveau microcosmique, il est nécessaire de revenir au macrocosme, à la Création, à la direction qu'elle poursuit. Le mouvement en question est double : involution de l'esprit dans la matière, puis assomption de l'esprit. Tiphereth est justement au centre de ce mouvement comme nous l'avons vu, mais le point de bascule dans l'Arbre, celui qui nous redirige vers le Haut autrement dit, se trouve quant à lui en Yesod.

Or, le patriarche associé à Yesod est Joseph (fils de Iacob, patriarche associé à Tiphereth) et nous allons voir que ce personnage biblique personnifie justement le rapport à l'épreuve sur la Voie.

Joseph est l'un des douze fils de Iacob. Bien que n'étant pas l'aîné, son père voit en lui un prince en devenir. Il est particulièrement connecté au Monde du Mi, via le rêve. Très vite, ses frères deviennent jaloux de lui et même le détestent. Ils finissent par le jeter au fond d'une fosse dans le désert, souhaitant le laisser pour mort, mais Yehoudah convainc ses frères de plutôt le vendre comme esclave à une caravane se rendant en Egypte. C'est le début d'une suite d'épreuves pour Joseph, qui se retrouvera notamment emprisonné un certain temps avant de finalement devenir le premier vizir de Pharaon.

Sans rentrer dans les détails, très riches, de ce mythe, ce qui nous intéresse ici est la manière dont Joseph va "répondre" aux épreuves successives dont il est l'objet. Pour commencer, il ne se plaint pas ni ne critique ou ne juge ce qu'il considère seulement comme les médiateurs de l'épreuve. Notons également que ses principales épreuves (la fosse, l'esclavage, la prison) constituent à chaque fois un enfermement, un temps d'arrêt, une privation de liberté. Mais aussi qu'à chaque fois - par son attitude, il en sortira grandit, aussi bien intérieurement qu'extérieurement (jusqu'à devenir le grand vizir de l'Egypte !)

Cette notion d'enfermement nous renvoie à la lettre Samech (seule lettre fermée de l'alephbeith) qui justement prendra sa place en Tiphereth aux côtés de Heith lors de la remontée de l'Arbre...

Quels sont donc ces enfermements, ces limitations ? Il semblerait que nous soyons en fait à l'origine de ceux-ci. Involués dans la matière, dans le monde du Ma, du temps et du limité, de la restriction, des passions et des plaisirs, il semblerait que notre conscience finisse elle-même par s'auto-limiter et par conséquent à limiter le champ de son expérience. Ce faisant, elle enchaîne l'être toujours davantage dans le Monde du Ma, lui refusant toute idée d'expansion, d'évolution...

Or cela va à l'encontre du mouvement premier dont nous avons parlé : involution / assomption. Lorsque cette respiration reste trop longtemps bloquée, il semblerait que la combinaison des événements se charge de nous "secouer" pour que nous reprenions notre souffle en quelque sorte... Pour que nous revenions dans une dynamique d'expansion de notre sphère spirituelle autrement dit, du champ des possibles. Ce faisant, nous agrandissons de nouveau notre espace intérieur, comme nos poumons se remplissant d'air crée un espace supérieur dans notre thorax, et nous devenons plus légers... et nous avons ainsi tendance à nous redresser... (au contraire de l'épreuve qui nous enroule sur nous-même ! comme la matière est symboliquement de la Lumière qui s'enroule sur elle-même.)

De ce point de vue initiatique, l'épreuve quelle qu'elle soit est foncièrement positive dans le sens qu'elle contient en potentiel une libération croissante de l'âme. Elle est la matrice qui va nous faire prendre conscience d'une auto-limitation et qui peut potentiellement nous pousser à faire tomber nos murs (de Jéricho) intérieurs, si tel est notre choix (Gedoulah), si tel est notre courage (Gebourah). Dans le cas où nous ferions le choix de continuer à rester dans "les jupons de notre mère", c'est-à-dire dans nos manières limitées de percevoir et de nous mouvoir dans la vie, l'épreuve se réitérera indéfiniment, de différentes façons, et souvent de manière croissante...

Une règle semble cependant de mise, nous ne vivons que ce que nous sommes capable de supporter.

L'histoire de Joseph nous apprend qu'on doit devenir responsable de nos épreuves, non pas forcément dans le sens où nous en soyons systématiquement l'origine (bien que cela semble quand même très souvent le cas !) mais plutôt dans le sens d'en devenir responsable dans le but d'atteindre une nouvelle dimension de soi-même. Cette attitude face à ce qui semble souvent une injustice va nous permettre paradoxalement de devenir un juste, un "tsadiq". Rappelons que la Lame en question en Tiphereth est la Justice et qu'au nom de Joseph sera adjoint celui de Tsadiq.

En devenir responsable, c'est tout simplement se donner la possibilité d'agir sur elle, de ne plus subir. C'est se saisir encore une fois de l'opportunité d'une expansion de conscience, d'une libération.
Joseph, quelle que soit son épreuve, s'appliquera toujours à garder une connexion au Monde du Mi, garant d'une prise de conscience accélérée de ce que nous demande l'épreuve de dépasser en soi.

Concernant nos auto-limitations dont il est beaucoup question ici, nous aimons bien cette image...
Le cheval, à l'arrêt, représente il nous semble notre conscience incarnée dans un corps physique, et les œillères que nous nous mettons souvent. Le licou (qui fait courber le cou...) symbolise la notion d'attachement (à une valeur, une croyance, un point de vue, une manière d'être, etc.) La chaise avec ses 4 pieds renvoie à l'ancrage dans la matière. Cette image nous semble très parlante car nous voyons bien ici que ce n'est pas la chaise qui empêche le cheval "d'aller voir au-delà", mais bien l'idée que le cheval se fait de la chaise !

Nous pensons que cette image résume à elle-seule le concept de l'épreuve et aussi la manière de la traverser. Pour que la situation extérieure se débloque, nous comprenons que c'est l'être lui-même qui doit débloquer quelque chose en lui (l'idée qu'il se fait de la chaise). Parfois cela est assez clair mais bien souvent ce processus de la chaise à laquelle nous nous attachons est surtout très inconscient !

Alors nous commençons à râler contre la prison ou le geôlier, nous pleurons notre liberté perdue ou nous l'exhortons, nous tournons en rond (Samech), les émotions apparaissent (le mouvement est bloqué, l'énergie s'excite) et deviennent notre propre Géhenne... alors que nous portons à la ceinture les clés de notre paradis !

le Guerrier

Le Guerrier est un mythe pouvant refléter nos plus belles aspirations. Il nous convie à les incarner et nous guide dans le processus de transformation adéquat. Mythe dans lequel l'Homme trouve le miroir où il peut découvrir le meilleur de lui-même, et ce qu'il en ignore.

Le mythe est l’espérance ancrée en l’Homme qui, malgré tous ses faux pas, nourrit toujours, au plus profond de lui-même, le rêve d’une vie affranchie des contradictions, de l’oppression, de la violence et du tourbillon de la vie en société.

Le mythe est à la société ce que les songes sont à l’individu ; il est le rêve de l’Homme, et nous murmure à l’oreille des promesses de beauté et de liberté. D’Hercule à Quetzalcóatl, de Bouddha au Christ – lequel, étant homme, est transfiguré et divinisé par une vie de purification et d’altruisme – les thèmes sont identiques : celui de l’Homme dont les aspirations profondes surpassent le monde où il vit ; celui du conflit opposant sa pensée à son milieu social ; celui de la lutte, des doutes et des épreuves qu’il doit affronter pour réaliser son rêve, transcender le chaos et la misère de la condition humaine.

Les mythes sont aussi un guide pour l’action. Ils ne sont pas créer pour divertir mais pour prôner des modes d’action permettant à l’Homme de se tirer du chaos où il s’englue. Le mythe est fait pour être vécu (contrairement au dogme qui est fait pour être cru). Il incite à l’action.

Le chemin du Guerrier, de l’être doué de joie et de pouvoir dans le monde quotidien, est un mythe de notre temps. Nul n’est jamais vraiment le Guerrier, mais l’on peut s’efforcer de l’être ; nous sommes sans cesse en chemin. Le mythe du Guerrier est si merveilleux qu’il nous invite à l’incarner et à le rendre, à travers nous, réel.

Il s’agit, pour commencer, d’introduire un peu de ce temps magique dans notre vie quotidienne, quand, au lieu d’agir comme des machines soumises à une programmation étrangère à nous-mêmes, nous choisissons l’action juste et empruntons le chemin du Guerrier. Ces moments de lumière, au cours desquels nous sommes maîtres du sens de notre vie, de ce qui émane de nous, sont semblables au temps magique du rituel.

Toute la difficulté de suivre le chemin du Guerrier consiste à multiplier et à unir ces moments magiques au cours desquels le mythe est incarné, jusqu’à ce que la magie l’emporte sur la soumission, et l’harmonie sur le chaos. Jusqu’à ce que le rêve devienne réalité.

Le Guerrier va vers la Connaissance comme vers le combat : avec crainte, respect et confiance, l’esprit en éveil. Sa geste est la bonne manière de cheminer sur cette voie. Vivre comme un Guerrier est la colle qui lie toutes les parties de la Connaissance. La résolution du Guerrier est l’attitude fondamentale requise sur le chemin de la Connaissance ! S’efforçant de clarifier et de ranimer son lien avec l’Esprit, pour avancer, il a besoin d’une résolution féroce…

La geste du Guerrier n’a rien en commun, ou presque rien, avec les guerres historiques. Elle est totalement étrangère à la violence ou à l’intention de détruire quoi ou qui que ce soit. Il s’agit de se placer sur un autre plan de compréhension. Le Guerrier soutient une lutte permanente, mais contre ses faiblesses et ses limitations, contre les forces qui s’opposent à l’élargissement de sa conscience ; contre celles qui tendent à le réduire, à faire de lui un homme ordinaire, entièrement déterminé par son histoire personnelle et par les circonstances. Le Guerrier préserve la possibilité de choisir ce qu’il veut être et sa manière de vivre. Il lutte pour l’harmonie, la quiétude, et pour la liberté, en sachant que celle-ci naît en lui-même et rayonne dans son champ d’action. C’est une lutte intime, tendre et joyeuse…

La geste du Guerrier est une attitude, une manière de relever, constamment, le défi d’être, qui échappe à toute définition précise ou totalisante ; c’est aussi la fidélité à la façon d’agir la plus authentique. Le signe distinctif du Guerrier est sans doute cette persistance à vouloir atteindre, dans le moindre de ses actes, l’impeccabilité. Pour lui, cela signifie donner en tout le meilleur de lui-même. Même quand ses autres motivations s’effondrent, le Guerrier demeure fidèle à sa façon d’agir, pour l’impeccabilité en elle-même.

De ce concept ouvert jaillit un faisceau d’instructions recouvrant l’ensemble des activités humaines. La discipline de vie du Guerrier lui donne l’équilibre et la force nécessaire pour surmonter, sur le chemin de la Connaissance, les moments difficiles, même quand sa raison est mise en échec ou son ego blessé.

En toute entreprise, on peut choisir d’agir à la manière du Guerrier ; comme celui qui n’abandonne pas la lutte, ne renonce pas, ne tolère ni la négligence ni le renoncement, qui fait du moindre de ses actes un défi, afin de se dépasser, de devenir meilleur, plus fort, plus doux, de concrétiser par l’action sa vie intérieure…

Parmi les armes dont le Guerrier dispose, l’une des plus importantes à nos yeux est la volonté. C’est un pouvoir émanant de l’individu, qui lui permet d’agir sur son milieu et le conduit à livrer des batailles plus importantes que celles dans lesquelles sa raison ose l’engager. Car le Guerrier n’est plus un homme livré aux craintes et aux caprices du mental ; il est fidèle à son sentiment, et la force qui le meut est son énergie qu’il s’est efforcé de préserver et de renforcer.

Le Guerrier dispose aussi de la pleine conscience de sa mort prochaine et fait de chaque acte une ultime bataille, dans laquelle il se doit de donner le meilleur de lui-même. C’est ainsi, avec la mort comme compagne fidèle insufflant le pouvoir à chacun de ses actes, qu’il transforme en temps magique les heures qui lui sont imparties sur cette Terre. La conscience de sa mort prochaine lui donne également le détachement lui permettant de ne lier et ne se refuser à rien. Ainsi détaché de tout, conscient de la fugacité de son existence, et sans cesse en lutte, le Guerrier apprend à diriger sa vie grâce au pouvoir de ses décisions. Il s’efforce à chaque instant de garder le contrôle de lui-même, et parvient de la sorte à maîtriser son monde personnel. Il prend en main le déroulement de sa vie, dont le moindre élément est inclus dans sa stratégie.

Grâce à sa volonté, au contrôle de lui-même et à la stratégie qu’il adopte, le Guerrier, conscient de sa mort prochaine, apprend à réduire à néant ses besoins. Car il voit bien que ceux-ci engendrent les manques et l’infortune. N’ayant besoin de rien, il ne s’inquiète ni ne s’angoisse. Ainsi libéré de la nécessité, tout ce qu’il peut avoir, tout ce qu’il peut recevoir, même la chose la plus humble, la plus simple, est à ses yeux un présent merveilleux, et la vie, quoi qu’il en obtienne, devient pour lui abondance perpétuelle.

Union, paix, Harmonie

Le symbole associé à la Lettre Vav est le double triangle entrelacé, soit le Sceau de Salomon ou Etoile de David. A l'intérieur sont souvent inscrits les mot Shalom (paix) ou Shabbat (repos).



Il s'agit en fait de l'union de deux symboles : celui du Feu (le triangle pointe en haut) et celui de l'Eau (le triangle pointe en bas), entrelacés harmonieusement.

Le Feu, principe actif, est associé au Soleil, tandis que l'Eau, principe passif, est associé à la Lune. Remarquons que ces deux Luminaires sont créés par Elohim lors du Jour 3 de la Genèse, l'un pour "la royauté du jour", l'autre pour "la royauté de la nuit". Cependant une autre mention, plus subtile, se retrouve dés le premier verset de la Genèse dans le mot SHaMaYiM, traduit par le "Ciel". SHin est la lettre-mère associée à l'élément feu tandis que MeM est la lettre-mère associée à l'élément eau. Le "Ciel" serait alors cette "union impossible" ou "mariage merveilleux"...

Cette union du Soleil et de la Lune, du Mercure et du Souffre, de l'anima et de l'animus, se retrouve également beaucoup dans la symbolique alchimique. Il s'agit des noces chymiques donnant naissance à l'androgyne (ou Homme complet) permettant tel le Christ la sortie du tombeau sous le regard de l'Ange...

En fait, nous sommes ici en présence de la dualité primordiale que nous avions évoquée dans la Triade supérieure. C'est le Yang et le Yin du Taoïsme, le masculin et le féminin, la force et la forme, la fécondation et la gestation, l'énergie et la matière, l'immuable et le changeant, etc.

Le mot Shalom a pour valeur pleine 376. Il se réduit théosophiquement par 7 (issu du 16, soit 6+1). Notons également que le Shabbat correspond au Jour 7, Jour à part suivant les 6 Jours de la Création. Nous avions vu précédemment ici que le Shabbat ne correspond pas vraiment à l'idée de "repos" mais plutôt à la réalisation par l'Homme d'une Tâche.

6+1... Lorsqu'on regarde le Sceau, nous voyons 6 petits triangles équilatéraux entourant un hexagone, au centre. C'est comme s'il nous était indiqué de nous positionner en ce centre, zone où les deux forces opposées crée une énergie permettant une transformation. L'hexagone correspondrait alors à un athanor...

Qu'elle est donc cette Tâche que doit réaliser l'initié du Jour 7 ? Relier le Haut et le Bas ? L'essence et sa manifestation ? Rappelons que la Lune est changeante par nature... nous rappelle-t-elle les multiples manifestations éphémères du Soleil immuable ? L'Homme se doit-il de percevoir les messages de l'Esprit derrière les manifestations de la Matière ?

La Lune correspond aussi peut-être aux aspects changeants de notre personnalité, nos petits "moi" qui nous composent et que nous devons unir pour devenir "un". Le Soleil quant à lui serait-il notre Esprit dont la Tradition nous dit qu'il "descendra" dans une âme "vierge" ? Dans ce cas, est-il question avec cet athanor de notre âme, réservoir de Souffre, et qu'il s'agit de pacifier ?

Unir à l'intérieur mais aussi unir à l'extérieur... trouver le point d'équilibre entre deux concepts, deux idées qui semblent opposées, ou encore unir deux êtres, deux manières d'être vers leur point de rencontre...

Ce mariage merveilleux est à explorer par chacun et chacune !

le Souffle

Le terme "souffle" apparaît dés le second verset de la Genèse, associé à Elohim.

" [...] VeRouah Elohim Merahefet Al-Peney HaMayim." (Gn 1:2)

C'est le terme Rouah qui est utilisé, habituellement traduit par "Esprit" (c'est le Pneuma grec). "[...] l'Esprit divin planait sur les Eaux."

Ainsi le souffle est associé à la spiritualité, à quelque chose de léger, qui se déplace sans effort. Il est aussi associé à l'idée de vie lorsqu' "Il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'Homme devint un être vivant." (Gn. 2:7)

Une métaphore, empruntée au Midrach, a comparé l'insufflation de la vie dans Adam à l'action du souffleur de verre. L'air que l'ouvrier introduit dans le verre se divise en trois parties, liées l'une à l'autre, sans solution de continuité : une première partie est entièrement dans le récipient, une deuxième se trouve dans le tube intermédiaire, la troisième partie demeure dans la bouche de l'ouvrier. Et il s'agit, de bout en bout, de l'air qui appartient en propre et entièrement au souffleur (Sanhédrine 91a).

Cette métaphore implique donc la persistance de l'air lorsque l'Homme rend "son dernier souffle"... Par ailleurs ces trois parties correspondent, dans la constitution occulte de l'être humain, aux 3 premiers niveaux de l'âme : Neshama, Rouah et Néfesh. Au niveau physique, elles correspondent à la triade tête-poitrine-ventre.

Au sens littéral, Rouah signifie "vent", c'est l'élément Air. Symbole de vie et de mouvement, l'Air est aussi ce qui relie entre eux les différents niveaux d'une globalité. D'ailleurs, la Tradition orientale en particulier (mais aussi la qabale mystique ou la tradition hésychaste par exemple) a fait de la respiration la voie royale vers la compréhension des différents niveaux de l’être humain et des énergies qui relient ces plans entre eux.

La pratique d'une respiration consciente et complète (faisant fonctionner la triade tête-poitrine-ventre) est préconisée avant des pratiques rituéliques, des exercices spirituels ; lors de la méditation, le disciple doit se concentrer sur sa respiration. Se faisant nous nous connectons à deux choses : d'une part l'inspir et l'expir font écho à la respiration divine de la Création (Essence-Manifestation, Manifestation-Rétraction) ; d'autre part nous faisons le lien entre le Bas et le Haut de notre être (de Nefesh à Neshama via Rouah).

L'immobilité, le repos, le calme, le silence y sont recherchés et permettent à la conscience de s'élever sur des niveaux supérieurs. Le cœur de l’Homme devient le foyer d’une énergie consciente qui s’exprime par la prière, la méditation et l’état de quiétude...

La prière est l'expression de Rouah (avec la parole). La prière de l'Homme doit répondre au Souffle de Dieu... Pas seulement une prière liturgique mais une "Avodah". Ce mot si important dans la Bible signifie travail, acte, service du divin et donc aussi prière. Les travaux de silence et de paroles, d'amour et de justice sont la tâche de l'Homme ici-bas lors du 7ème Jour et concrétise l'Alliance. 


Voilà qui nous éloigne du repos passif souvent associé à ce 7ème Jour ! Si cette Tâche, cet effort de sanctification de l'Homme est réalisé, alors l'Esprit divin, le Rouah haQodesh (l'Esprit-Saint) descend et ceux qui en sont remplis peuvent donc s'attendre à recevoir des dons, porter les "fruits de la justice" (Galates 5:22-23) et à avoir la passion, l'amour et la puissance pour transmettre efficacement la Bonne Nouvelle par la parole et par les œuvres.

La porte

Le symbolisme de la porte est dans la continuité de celui du sanctuaire et de la voie comme nous avons commencé à le voir précédemment (cf. le chameau).

Pour commencer, notons que la porte sépare nécessairement deux espaces et que son passage induit aussi nécessairement une dynamique (pour rappel Dalet s'écrit "4-3-4", le 3 symbolisant le mouvement).

D'un point de vue initiatique, le passage d'une "porte" signifie de passer d'un état à un autre. Le passage successif de ces portes lors du cheminement sur la Voie transforme l'être qui ressuscite ainsi peu à peu jusqu'à renaître totalement.

Deux autres éléments sont aussi à prendre en compte. D'une part, la porte d'un édifice sacré sépare toujours le sanctuaire du monde profane. D'autre part, en latin la porte se disait "janua" ce qui nous éclaire sur la symbolique du dieu Janus.

Janus (dieu latin de l’initiation aux mystères !) détenait les clefs des portes solsticiales, c’est à dire des phases ascendante et descendante du cycle annuel. Notons que ces clefs sont dites "d'or et d'argent", ce qui n'est pas sans nous rappeler celles que tient la Papesse dans sa main gauche... Quant à ces portes solsticiales, notons que le mythe chrétien y a apposé la fête de la Saint Jean et la naissance du Christ...

D'un point de vue initiatique, ces deux portes sont respectivement la porte des Hommes et celle des dieux, et elles impliquent à chaque fois une nouvelle naissance. En réalité la Voie implique de naître à nouveau 3 fois (en cela comprendre l'adjectif "trismégiste" associé à Hermès-Thot).

Quelles sont donc ces 3 grandes portes initiatiques ?

Le première implique de mourir au monde profane (au monde dit de l'avoir) afin de renaître au monde initiatique (au monde dit de l'être) dont l'entrée dans une Loge symbolise le passage concret.

La seconde implique de mourir au non-moi (les multiples personnalités et masques socio-culturels) afin de renaître au moi réel. Cette phase de purification et de rectification est potentiellement accéléré grâce à la participation à une Loge initiatique.

Cette Loge peut être symbolisé par un rectangle long dont le centre est révélé par ses deux diagonales. On y entre par l'Occident et l'initié s'efforce par une démarche active d'y rejoindre l'Orient. Nous retrouvons là la symbolique du dieu Janus.

Enfin, la troisième naissance implique d'atteindre le Saint des saints, l'éclosion du Verbe dans le cœur de l'être, la transfiguration de l'Homme puis son ascension.

Le "gros" du travail se situe bien sûr dans le quadrilatère initiatique et ces étapes codifiées ne doivent pas nous faire oublier, d'une part que les frontières à passer sont intérieures, d'autre part que les initiations extérieures ne deviennent opératives que lorsqu'elles sont intérieurement vécues et intégrées...

Le chameau - allégorie de la Voie

Nous avons vu avec la lettre Guimel qu'elle est peut-être le symbole même de la Quête... Nous serions ce chameau, traversant le désert de l'incarnation, en situation d'Exil...

Exil imposé ou volontaire, à chacun d'entendre le mythe de la Genèse. En revanche il nous semble important de comprendre en quoi il informe notre présent ! Car comme dans toute cosmogonie, il n'est jamais question de raconter un quelconque commencement, mais bien de poser un cadre principiel, agissant de tout temps et en tout lieu.

Prendre conscience de cette situation d'Exil pourrait en tout cas être le préalable au début de notre participation plus active dans ce cheminement. Il y a concernant la Voie initiatique, l'idée de s'éveiller... comme si donc, nous dormions auparavant...

Paradoxe dans ce monde où tout semble aller de plus en plus vite ! où tout le monde semble de plus en plus s'activer ! Mais cette agitation ne mène cependant nulle part du point de vue ésotérique, sinon à reproduire sans cesse les mêmes illusions - donc les mêmes souffrances. Il y a l'idée de tourner en rond, autour de centres (notre monde moderne nous en propose à foison !) qui nous sont toujours plus ou moins subtilement imposés. L'idée de la Quête est de retrouver son propre centre, sa propre direction ! Autrement dit de devenir maître de sa vie.

Comment préciser en quoi consiste ce cheminement ? Les lettres précédant et suivant Guimel vont nous éclairer...


Beit précède Guimel, elle est rappelons-le le "lieu" de l'incarnation et l'incarnation elle-même, avec les Lois qui lui sont associées, par exemple celle des causes et des effets. Arrêtons-nous un instant sur ce terme d'incarnation... S'in-carner, c'est littéralement "être à l'intérieur d'un corps de chair". Nous pourrions entendre notre situation d'Exil par cette réalité pour commencer, sous-entendu qu'un autre état l'a précédée.

Cette incarnation, cette descente dans la matière, a pour corollaire un état d'amnésie. Oubli d'où nous venons, mais aussi de qui nous sommes et où nous allons. Cette perte de sens, de direction, est principalement ce qui nous fait "tourner autour de centres qui  ne sont pas les nôtres". La vie matérielle et toutes ses contingences nous absorbent complètement, au point de vivre finalement de manière très mécanique. Cela entraîne souvent des situations absurdes d'ailleurs, tant du point de vue micro que macrocosmique. 

Il y a bien, généralement lors de l'adolescence, un début de quête de sens, mais celle-ci est très souvent vite balayée ou oubliée sous prétexte d'irrationalité ou de non pragmatisme. "Redescend sur Terre" entendons-nous alors... ou "ça ne va pas te nourrir tout cela". Les prisonniers deviennent les geôliers de notre matrice, génération après génération... Aller à contre-courant de cette coercition (qui peut d'ailleurs devenir assez violente) demande alors toute l'énergie du Guimel. Regardez bien cette Lettre s'extirper du Beit...

Cependant un événement traumatique, ou cette crise que l'on appelle celle de la quarantaine (qui n'est pas sans rapport avec les cycles astrologiques...) peut venir remettre le questionnement métaphysique sur le devant de la scène.

Qui suis-je ? Cette question, nous la retrouvons dans toutes les traditions ésotériques et nous comprenons peut-être mieux pourquoi désormais. Associons le symbolisme du chameau à cette question... cet animal qui porte en lui les réserves qui lui sont nécessaires à la traversée du désert, d'oasis en oasis...

Puis, quelle est ma tâche ? Quel est le sens de mon incarnation ?

C'est cette fois Daleth, qui suit Guimel, qui va nous informer. Daleth, c'est la porte et aussi la pauvreté. Une fois le chameau que nous sommes lancé dans la Quête et pour que notre chevauchée ne se déroule pas uniquement dans l'horizontalité ou encore dans l'accumulation, il va s'agir de passer des portes... initiatiques.

Tout le monde se retrouve face à ces portes, dont la traversée semble avoir pour but de nous rendre plus pauvre au passage, mais en revanche personne n'a la même conscience de ce qui est en train de se jouer alors. Le degré de conscientisation de l'épreuve (et bien sûr son passage effectif) sera la mesure du saut qualitatif réalisé.

Guimel est ce mouvement entre l'événement et sa port-ée symbolique. Il va s'agir d'extraire l'essence de l'épreuve et toujours plus se dénuder... car souvenons-nous, la Chute nous a "habillé" !

Cet aller-retour qui nous transforme se déroule dans le quotidien, dans l'ordinaire de la vie quotidienne. En perce-voir le merveilleux relève de la conscience... La Voie a donc très peu à voir avec l'extraordinaire si vous suivez bien le sens pris par cette réflexion ! Et derrière la symbolique parfois merveilleuse voire obscure des disciplines ésotériques, il nous semble qu'il ne faille jamais bien s'éloigner du quotidien et de l'ordinaire si l'on souhaite ne pas rater le coche...

Le sanctuaire, le temple

Avec la Lettre Beit, nous avons rencontré les concepts de "maison", "d'intériorité", de "contenant". Le concept de "temple" ou de "sanctuaire" lui est également associé. Rappelons que Beit, la matrice, a pour vocation de porter en gestation et de faire naître le Fils en soi.

Un sanctuaire est un lieu rendu sacré. Dans un temple, il est la partie ou se trouve l'autel et une représentation symbolique du divin, où s'accomplissent les rites sacrés.

L'étymologie du mot "autel" est intéressante. On y retrouve deux notions : celle de hauteur (altar) dans laquelle peut être contenue celle de profondeur (comme dans l'expression "haute mer") ; et celle d'alimenter (alere). C'est comme si nous était l'indiquer l'idée de descendre dans nos profondeurs pour "prendre de la hauteur" et alimenter quelque chose...

En lien avec le sanctuaire, il y a aussi l'action de sanctifier. Sanctifier signifie "rendre saint", "mettre en état de grâce", attribuer à quelque chose un caractère sacré, noble, le placer au-dessus de tout.

Notons également que la sanctification est le processus par lequel une personne se libère du péché (nous entendons le péché dans son sens étymologique, c'est-à-dire dans celui de "manquer la cible", "s'égarer", "se détourner") et devient pure et sainte. Deux attributs qu'on associe par ailleurs à la Vierge qui enfantera le Fils...

Encore faudrait-il bien définir ce qu'est la pureté et la sainteté... ce qui n'est pas aussi évident qu'il pourrait paraître ! En Qabale par exemple, est pur tout ce qui évolue, qui ne se sclérose pas, ne se durcit pas... nous avions déjà abordé ce symbolisme avec les voyelles. D'où la Séphira HoK'MaH qui signifie "puissance du questionnement" et qui est décrite comme un contenant dont la contenance augmente plus on le remplit.

La guématrie nous éclaire aussi peut-être... En hébreu, maison se dit donc "beit" (valeur pleine : 412) et temple se dit "miqdash" (valeur pleine : 444). Or la différence numérique entre ces deux mots est 32, qui est notamment la valeur du mot "lev" : le cœur. Il y aurait ici l'idée que ce qui sépare l'habitation du temple, c'est le "cœur" qu'on y fait habiter.

Cela nous fait aussi penser au Sacré-Cœur, dévotion au cœur du Christ en tant que symbole de l'amour divin. Peut-être cela nous indique-t-il que peu importe le lieu, autrement dit la structure extérieure, seule l'intériorité, seul l'Amour rend sacré.

En conclusion, Beit nous inviterait à descendre en soi, à alimenter le sacré en soi, à rester "humide" afin de ne pas "rater la cible", cible que Beit symbolise par ailleurs.

Unité


EHaD HOU ELoHIM, "Un est Dieu" nous dit la valeur pleine de Aleph, 111. 

"Le sujet de notre étude, c'est cet Un", nous rappelle un qabaliste. Et il ajoute : "Tout est un même secret." "Un, c'est le secret suprême de la sagesse du monde", nous dit-on encore.

Comment comprendre cependant cette Unité, dans un monde où la dualité est la règle ? gauche et droite, haut et bas, devant et derrière, long et court, chaud et froid, sec et humide, etc. La Création est bipolaire. L'unité primordiale se scinde en deux, ouvrant ainsi la porte à la multitude... des nuances.

Heureusement, si la dualité est contenue dans l'Unité primordiale (cf. la calligraphie de Aleph, avec son Yod en-Haut, son Yod en-Bas), c'est également elle qui peut nous permettre de retrouver cette dernière... peut-être en prenant un peu de hauteur, comme le nom "Abraham" nous l'indique. Abram signifie "père haut", Abraham "père de multitudes". Il est donc "celui qui fait venir la hauteur dans la multitude" ; c'est le messager de la transcendance.

Ajoutons à cela qu'un Vav sépare les deux Yod du Aleph. Vav est la conjonction de coordination "et" et symbolise l'Homme avec un penchant spirituel. Ainsi il est possible de dire que l'être se spiritualisant devient conjonction ; il relie d’une part tous les éléments du cosmos entre eux, dans leurs contradictions et leurs complémentarités respectives, d’autre part la Terre et le Ciel. 

La transcendance lui est donc accessible, en saisissant ensemble dans leur rapport exact les aspects antinomiques de la Création, pour vivre l'unité qui les dépasse ; l'Homme vit ainsi l'expérience divine... 

Ce concept, qui peut paraître de prime abord assez abstrait, contient pourtant de nombreuses applications pratiques pour le cherchant. Prenons par exemple un dia-logue entre deux êtres. Souvent dans la communication, chacun cherche avant tout à exprimer son point de vue, voire malheureusement à l'imposer. Il serait pourtant intéressant de "prendre de la hauteur" et de chercher, à partir des deux point de vues exprimés, une 3ème voie qui éclairerait cette fois les deux partis...

La dualité, c'est aussi celle qui existe entre l'intérieur et l'extérieur, entre soi et autrui ; l'unité et la multitude, c'est aussi nos différents "moi" (qui souvent entrent en contradiction...) et notre Identité réelle. L'union, c'est donc aussi par exemple réaliser la fusion en soi de toutes nos diverses facettes, afin "d'être un". Peut-être d'ailleurs est-ce un préalable à une possible fusion avec l'extérieur, mais une fusion dans laquelle chacun garderait son originalité.

Chercher l'unité entre l'intérieur et l'extérieur, le Haut et le Bas, c'est aussi comprendre que tout est le reflet de tout. Tout événement par exemple, nous renseigne sur notre état intérieur et inversement notre état intérieur influe sur l'événement extérieur... Tout devient alors enseignement pour celui qui cherche, ce qui est d'ailleurs l'autre sens de Aleph - enseigner.

Nous avons donc ici il me semble, tout le sens de la Création, avec son double mouvement qui enseigne : de l'Unité à la multitude et de la multitude à l'Unité. Et participer à ce mouvement, c'est donc être attentif, non pas à créer des murs qui séparent mais des ponts qui rejoignent... C'est peut-être aussi le sens de l'Amour, Ahava en hébreu, dont la guématrie est identique à celle de l'Unité !