La Triade intermédiaire







La Triade intermédiaire de l'Arbre séphirothique est aussi appelée "Triangle éthique" ou encore "Plateau du mérite". En effet le développement des qualités associées à cette triade dépendent uniquement de notre volonté, de notre mérite : "valeur morale procédant de l'effort de quelqu'un qui surmonte des difficultés par sens du devoir et par aspiration au bien." Il s'agit ici d'atteindre une dignité d'Homme face à son environnement, non pas pour obtenir une quelconque reconnaissance vis-à-vis d'autrui mais parce que la conscience de l'être s'est suffisamment élevée pour comprendre que cette aspiration au Bien, cette recherche de perfectionnement est la seule conduite valable pour soi et son environnement.

Au niveau macrocosmique, cette Triade est le reflet dans la Création de la Triade supérieure. Elle est donc logiquement orientée pointe vers le bas. Elle se situe symboliquement dans la partie supérieure du Olam haYetsirah, le Monde Astral, autrement dit dans le haut-astral, lieu des Idéaux. Elle est en fait le relais de la Triade supérieure dans la Création.

Ainsi, HeSeD est le reflet de HoKMaH, GeBOURaH celui de BINaH et TiPhEReTh celui de KeTeR.

Hesed symbolise la Bonté, le don inconditionnel, l'idée de Service.
Gebourah symbolise la Rigueur, l'autodiscipline, la concentration de la Volonté.
Tiphereth symbolise "le Beau, le Vrai, le Bien", l'idée d'équilibre et d'harmonie.

Souvenons-nous également que c'est la 6ème Arcane, l'Amoureux en Hesed, qui initie cette Triade. Nous avions vu que cette Arcane symbolise le libre-arbitre de l'Homme et qu'il était question d'actes qui élèvent ou qui rabaissent l'Homme, sans forcément qu'il y ait ici d'aspect moral mais plutôt des voies de conséquences au niveau vibratoire et donc au niveau de nos expériences de vie.

L'expérience du libre-arbitre semble centrale pour l'Homme dans la Création, et en fait elle l'est aussi au niveau de cette Triade centrale dans l'Arbre. Il s'agit donc de L'Expérience en jeu dans la Création et il est remarquable que les 3 Planètes associées à cette Triade, soit Mars, Jupiter et Saturne soient justement les 3 Planètes de l'Expérience dans le système R.E.T. de l'Astrologie.

Face à cette liberté laissée à l'Homme de choisir - entre l'assouvissement de ses désirs personnels ou le don de soi pour la Communauté finalement (même si cette vision manichéenne mériterait d'être nuancée par ailleurs), il y a le concept du Guerrier propre à Gebourah. Ce mythe qu'il s'agit d'incarner (le Guerrier agit avant tout) est un véritable gouvernail pour l'être qui choisit la Voie de la Droiture au sein de l'océan d'influences auquel il fait face ici-bas. C'est l'apprentissage de la responsabilité qui permet un autre rapport à l'épreuve notamment.

Lorsqu'on sait qu'au niveau microcosmique, cette Triade correspond au thorax de l'Homme, il est intéressant de constater que cette dialectique libre-arbitre / Guerrier correspond à nos deux épaules. Car c'est justement sur les deux épaules de l'aspirant que l'épée vient frapper lors de l'adoubement Chevalier. Lorsqu'on pense Chevalerie, les Templiers nous viennent vite à l'esprit car entre les XIème et XIIIème siècles, c'est cet Ordre qui a grandement contribué à redorer le blason de cette dernière.

Or les Templiers étaient des moines-chevaliers, reliant ainsi le mythe du guerrier au sacerdoce. Rappelons s'il le faut que la lettre Vav, symbole d'union entre le Haut et le Bas, est associée à Hesed tandis que la lettre Zayin, l'épée, est associée à Gebourah...
Le mythe du prêtre-guerrier est d'ailleurs universel et se retrouve aussi bien en Occident qu'en Orient.

Tiphereth, Séphirah centrale entre toutes, est au centre de cette Balance. L'Arcane de la Justice y est associée... Il s'agit ici de trouver la justesse afin peut-être à la fois de percevoir la Beauté, qui apparaît derrière la réalité apparente lorsqu'on élève notre niveau vibratoire, voire d'y participer par notre manière d'être et la réalisation de notre mission d'être.

Il est enfin possible de rapprocher cette Triade de la Balance permettant la pesée des âmes et qu'on retrouve dans diverses traditions... Dans la tradition égyptienne notamment, l'être est jugé à l'aune de Maât, la déesse de la vérité et de la justice... et doit rendre compte à Osiris de ses actions et de sa manière de vivre sur Terre !

TiPhEReTh

      
      Monde : YeTSIRaH
      Pilier : centrale
      Triade : intermédiaire

      Lettres : Heith & Samech
      Planète : Mars
      Grand Ange : MIKaEL

      Nom Divin : Yahveh
      Autres Noms : Mishpat ("jugement")
                            Emeth ("vérité")


TiPhEReTh signifie Beauté. Elle est située au cœur de l'Arbre et elle est reliée à toutes les Sephiroth (8) mis à part Malkuth. Elle est telle un Soleil, rayonnante au zénith du Monde Astral. Elle est le reflet de KeTeR dans le petit Visage, autrement dit son premier ministre dans le Monde de l'En-Bas. Elle est un relais direct pour l'influx divin, le Shefâ émané du premier Monde. 

Au centre de l'Arbre, elle est souvent associée au Creuset des alchimistes. Au niveau microcosmique elle correspond d'ailleurs au plexus cardiaque, Anahata, dont le symbole est constitué par le Sceau de Salomon (et ses deux triangles...) au centre de 12 pétales. Effectivement Tiphereth est ce lieu où les courants descendant et montant se mêlent et où les transmutations de l'âme se déroulent...  jusqu'à ce que la rose éclose au centre de la croix.

Beauté, Tiphereth est aussi dénommée Jugement et Vérité. Le Beau, le Bien, le Vrai... nous retrouvons ici les fameux idéaux de Platon qui ont la qualité d'élever l'être vers le Haut et qui sont le moteur, la Loi du Monde.

Ces trois nobles sentiments, lorsqu'ils sont poursuivis, ressentis, perçus, permettent à l'être de s'extraire du bourbier astral du Olam HaYetsirah où s'entremêlent nos passions, nos croyances, nos fantasmes, nos attachements... qui biaisent notre perception de la Réalité. 

Il ne s'agit pas pour autant de réprimer ses désirs, moteurs de l'âme, mais plutôt de les convertir et de les utiliser pour s'élever vers les idéaux. Autrement dit de les sublimer. Il est même possible de dire que la pulsion dirigée vers l'Idéal est le préalable à l'élévation de la conscience.

Seulement il est ensuite important de bien différencier le Sentiment du sentimentalisme, empreint d'émotion. Lorsque le Sentiment est ressenti, une paix, une quiétude intérieure l'accompagnent et l'on peut sentir son plexus cardiaque rayonner vers l'extérieur. C'est pourquoi le Soleil (de l'âme) est traditionnellement rattachée à cette Séphirah. Mais pour notre part, nous y associons Mars dont le symbole montre bien cette idée d'expansion vers l'extérieur d'une part mais aussi d'expression du Moi, une fois celui-ci purifier de ses scories (les petits "moi").

Lorsqu'on arrive à se maintenir dans l'état d'être, de conscience associé à Tiphereth, dans cette perception du Beau à la croisée du Silence et de l’Émerveillement, une magie opère dans notre âme... une rectification intérieure a lieu... et plus ce processus est répété, plus la présence divine, la Shekinah au sein de la Création répond à notre désir et se dévoile.

L'épreuve

Le concept associé à la lettre Heith est celui de barrière (délimiter) et par extension celui d'épreuve.

Pour comprendre ce concept au niveau microcosmique, il est nécessaire de revenir au macrocosme, à la Création, à la direction qu'elle poursuit. Le mouvement en question est double : involution de l'esprit dans la matière, puis assomption de l'esprit. Tiphereth est justement au centre de ce mouvement comme nous l'avons vu, mais le point de bascule dans l'Arbre, celui qui nous redirige vers le Haut autrement dit, se trouve quant à lui en Yesod.

Or, le patriarche associé à Yesod est Joseph (fils de Iacob, patriarche associé à Tiphereth) et nous allons voir que ce personnage biblique personnifie justement le rapport à l'épreuve sur la Voie.

Joseph est l'un des douze fils de Iacob. Bien que n'étant pas l'aîné, son père voit en lui un prince en devenir. Il est particulièrement connecté au Monde du Mi, via le rêve. Très vite, ses frères deviennent jaloux de lui et même le détestent. Ils finissent par le jeter au fond d'une fosse dans le désert, souhaitant le laisser pour mort, mais Yehoudah convainc ses frères de plutôt le vendre comme esclave à une caravane se rendant en Egypte. C'est le début d'une suite d'épreuves pour Joseph, qui se retrouvera notamment emprisonné un certain temps avant de finalement devenir le premier vizir de Pharaon.

Sans rentrer dans les détails, très riches, de ce mythe, ce qui nous intéresse ici est la manière dont Joseph va "répondre" aux épreuves successives dont il est l'objet. Pour commencer, il ne se plaint pas ni ne critique ou ne juge ce qu'il considère seulement comme les médiateurs de l'épreuve. Notons également que ses principales épreuves (la fosse, l'esclavage, la prison) constituent à chaque fois un enfermement, un temps d'arrêt, une privation de liberté. Mais aussi qu'à chaque fois - par son attitude, il en sortira grandit, aussi bien intérieurement qu'extérieurement (jusqu'à devenir le grand vizir de l'Egypte !)

Cette notion d'enfermement nous renvoie à la lettre Samech (seule lettre fermée de l'alephbeith) qui justement prendra sa place en Tiphereth aux côtés de Heith lors de la remontée de l'Arbre...

Quels sont donc ces enfermements, ces limitations ? Il semblerait que nous soyons en fait à l'origine de ceux-ci. Involués dans la matière, dans le monde du Ma, du temps et du limité, de la restriction, des passions et des plaisirs, il semblerait que notre conscience finisse elle-même par s'auto-limiter et par conséquent à limiter le champ de son expérience. Ce faisant, elle enchaîne l'être toujours davantage dans le Monde du Ma, lui refusant toute idée d'expansion, d'évolution...

Or cela va à l'encontre du mouvement premier dont nous avons parlé : involution / assomption. Lorsque cette respiration reste trop longtemps bloquée, il semblerait que la combinaison des événements se charge de nous "secouer" pour que nous reprenions notre souffle en quelque sorte... Pour que nous revenions dans une dynamique d'expansion de notre sphère spirituelle autrement dit, du champ des possibles. Ce faisant, nous agrandissons de nouveau notre espace intérieur, comme nos poumons se remplissant d'air crée un espace supérieur dans notre thorax, et nous devenons plus légers... et nous avons ainsi tendance à nous redresser... (au contraire de l'épreuve qui nous enroule sur nous-même ! comme la matière est symboliquement de la Lumière qui s'enroule sur elle-même.)

De ce point de vue initiatique, l'épreuve quelle qu'elle soit est foncièrement positive dans le sens qu'elle contient en potentiel une libération croissante de l'âme. Elle est la matrice qui va nous faire prendre conscience d'une auto-limitation et qui peut potentiellement nous pousser à faire tomber nos murs (de Jéricho) intérieurs, si tel est notre choix (Gedoulah), si tel est notre courage (Gebourah). Dans le cas où nous ferions le choix de continuer à rester dans "les jupons de notre mère", c'est-à-dire dans nos manières limitées de percevoir et de nous mouvoir dans la vie, l'épreuve se réitérera indéfiniment, de différentes façons, et souvent de manière croissante...

Une règle semble cependant de mise, nous ne vivons que ce que nous sommes capable de supporter.

L'histoire de Joseph nous apprend qu'on doit devenir responsable de nos épreuves, non pas forcément dans le sens où nous en soyons systématiquement l'origine (bien que cela semble quand même très souvent le cas !) mais plutôt dans le sens d'en devenir responsable dans le but d'atteindre une nouvelle dimension de soi-même. Cette attitude face à ce qui semble souvent une injustice va nous permettre paradoxalement de devenir un juste, un "tsadiq". Rappelons que la Lame en question en Tiphereth est la Justice et qu'au nom de Joseph sera adjoint celui de Tsadiq.

En devenir responsable, c'est tout simplement se donner la possibilité d'agir sur elle, de ne plus subir. C'est se saisir encore une fois de l'opportunité d'une expansion de conscience, d'une libération.
Joseph, quelle que soit son épreuve, s'appliquera toujours à garder une connexion au Monde du Mi, garant d'une prise de conscience accélérée de ce que nous demande l'épreuve de dépasser en soi.

Concernant nos auto-limitations dont il est beaucoup question ici, nous aimons bien cette image...
Le cheval, à l'arrêt, représente il nous semble notre conscience incarnée dans un corps physique, et les œillères que nous nous mettons souvent. Le licou (qui fait courber le cou...) symbolise la notion d'attachement (à une valeur, une croyance, un point de vue, une manière d'être, etc.) La chaise avec ses 4 pieds renvoie à l'ancrage dans la matière. Cette image nous semble très parlante car nous voyons bien ici que ce n'est pas la chaise qui empêche le cheval "d'aller voir au-delà", mais bien l'idée que le cheval se fait de la chaise !

Nous pensons que cette image résume à elle-seule le concept de l'épreuve et aussi la manière de la traverser. Pour que la situation extérieure se débloque, nous comprenons que c'est l'être lui-même qui doit débloquer quelque chose en lui (l'idée qu'il se fait de la chaise). Parfois cela est assez clair mais bien souvent ce processus de la chaise à laquelle nous nous attachons est surtout très inconscient !

Alors nous commençons à râler contre la prison ou le geôlier, nous pleurons notre liberté perdue ou nous l'exhortons, nous tournons en rond (Samech), les émotions apparaissent (le mouvement est bloqué, l'énergie s'excite) et deviennent notre propre Géhenne... alors que nous portons à la ceinture les clés de notre paradis !

le Cancer

              
         Saison : Eté
         Secteurs : Diurne / Occidental
         Croix : Cardinale
         Élément : Eau
         Planète maîtresse : Lune
         Maison IV - Axe IV/X



Le Cancer est le premier Signe d'Eau du Zodiaque, il est symbolisé par un crabe ou une écrevisse. Vivant dans l'eau, c'est le signe de la sensibilité, des émotions, des affects en général. Il est intéressant de noter que ce Signe est créé par la Lettre Heith qui elle-même informe la Séphirah Tiphereth, au centre du Olam haYetsirah, le Monde de l'Eau, des affects...

Autre chose à noter, contrairement aux trois premiers Signes qui sont verticaux dans leur graphie et qui informent la partie supérieure de l'Arbre séphirothique, le Cancer possède quant à lui une graphie horizontale. Nous sommes bien ici dans le lieu de l'Existence, soumis aux forces astrales, stressantes. De plus, nous reconnaissons les "Eaux d'en-bas" et les "Eaux d'en-haut" dans la graphie de ce Signe, tout comme Tiphereth sépare le Monde du Mi et le Monde du Ma dans l'Arbre comme nous l'avons déjà vu.

Cette notion de barrière, propre à la Lettre Heith, se retrouve également dans la démarche latérale du crabe, comme s'il ne pouvait "aller de l'avant". C'est d'ailleurs la principale caractéristique de ce signe : le refuge dans le monde magique de l'enfance, la dépendance à la mère dans tout ce que cela englobe, au passé idéalisé. Le Cancer aimerait rester dans l'insouciance des premiers temps où il était "nourri" sans effort, dans le cocon familial. Dans l'illusion que la Vie pourvoira à tous nos besoins d'adulte...

Mais c'est vieillir sans grandir ! A force de se comporter comme un bébé qui se laisse nourrir par la vie, nous ne faisons pas face aux dépassements demandés par la vie d'adulte. Il nous faut entendre cela d'un point de vue spirituel... point de vue qui nous demande d'aller vers le Père... l'Esprit... de quitter nos zones de confort, nos illusions, notre foyer actuel... le Monde du Ma !

D'un point de vue spirituel, nous devons passer la "Porte des Hommes", devenir responsable, rigoureux, mature (dans le sens d'une maîtrise psycho-émotionnelle) ; autrement dit d'accepter de quitter nos nombreuses béquilles qui peuvent aussi bien être individuelle que collective. Le Cancer tout comme Heith nous demande d'aller de l'avant, vers l'inconnu, l'à-venir, de quitter le cocon certes sécurisant de la Matière, mais aussi sclérosant tout comme l'est la carapace du crabe... La paresse propre au Cancer finit par rendre stérile le Germe que nous portons tous, qui demande à croître !

Cependant, il est utile de se rappeler ce qu'est une peur infantile, la peur de l'inconnu. La barrière psychique et spirituelle face à laquelle nous sommes en Tiphereth ne peut se passer par la force... Le petit enfant spirituel que nous sommes a besoin d'être en confiance pour sauter au-dessus du ruisseau... Il est beaucoup question ici de peurs que nous projetons. Que va-t-il se passer si je quitte mes manières habituelles d'être, de réagir, de paraître... ? Que va-t-il se passer si je commence à penser par moi-même, parfois à l'encontre de la pensée collective dominante... ?

A ce moment, la carapace du Crabe peut devenir positive, nous rendant très résistant aux influences extérieures, notamment morales... De même, pour avancer vers l'inconnu, la participation à une communauté choisie d'êtres visant le même idéal de transformation peut être fort utile ; un nouveau Foyer en quelque sorte, mais où chacun s'efforce à devenir un adulte autonome et responsable, au risque sinon de retomber dans les mêmes travers que décris plus haut.

"Voici, oh ! qu'il est agréable, qu'il est doux Pour des frères de demeurer ensemble !" (Ps 133)

"Quitter la Mère" pour "Aller vers le Père" demande donc du courage, de la rigueur, d'assumer nos désirs d'adulte, de devenir responsable, d'agir ici et maintenant plutôt que de sans cesse repousser le saut dans l'inconnu. Toutes ces qualités nous sont fournies par Mars, qui informe justement Tiphereth...
Et en même temps, ce dépassement de soi demandé par la Voie n'est pas obligé d'être exempt de douceur, d'empathie propre au Cancer...

la Justice


La Justice est toujours représentée par une femme, assise pour être bien stable, et nous regardant droit dans les yeux comme pour nous rappeler qu'on ne peut se soustraire à son action.

Remarquons la balance et ses deux plateaux, ainsi que l'épée. Nous avions vu précédemment que Heith est composé d'un Vav et d'un Zayin. De la même manière, la Justice semble composé de l'Amoureux (et ses deux routes) et du Chariot (le guerrier). Tout cela semble nous confirmer une fois encore la justesse de situer les Lettres et les Arcanes sur les Séphiroth, puisque les Arcanes 6, 7 et 8 correspondent bien à la Triade intermédiaire de l'Arbre séphirothique, Tiphereth (Heith et Justice), entre les deux Pilier latéraux, synthétisant Hesed (Vav et Amoureux) et Gebourah (Zayin et Chariot). 

La balance fait donc référence à la sixième Arcane où nous avions vu qu'il était question du libre-arbitre de l'Homme et aussi des influences qu'il subit (vers l'évolution ou l'involution). La Justice, impersonnelle et implacable, est en fait la rétribution de nos choix. Il nous semble à ce propos que l'aspect moral ne doit pas prévaloir ici ; il n'y aurait pas de notions de bien et de mal dans les choix que nous effectuons, mais seulement des choix et les conséquences qu'ils induisent. Nous élèvent-ils ou nous rabaissent-ils ?

L'épée quant à elle fait donc référence à la septième Arcane où nous avions vu qu'il était question de maîtrise et de connaissance de soi, de volonté face aux influences. Dans cette Arcane, l'épée est tenue par la main droite de la Justice, rigoureusement à la verticale. Cela semble nous indiquer la voie de la Droiture. Il nous semble ici que la droiture en question ne devrait pas s'imposer à soi pour des raisons morales ou par pression sociale, mais par choix délibéré, parce que par expérience nous avons compris en quoi elle nous est profitable.

Rappelons que Heith est la Lettre-épreuve par excellence. Elle est l'épreuve qui nous arrive suite à nos choix, nos pensées, nos paroles, nos actes, etc. La Justice est en fait, par la juste rétribution qu'elle opère, le miroir de notre être. Elle est notre plus grand enseignant car elle ne fait que nous renvoyer à nous-mêmes, à notre propre responsabilité. Pas de juge divin ici, prêt à nous foudroyer, simplement la réponse mécanique, via notre quotidien, à ce que nous émettons.

Il est aussi question dans cet Arcane de la notion de justice immanente, c'est-à-dire de la conscience propre à chacun de ce qui est juste ou non. Lorsque nous sommes attentif, avant de faire un choix ou d'agir, nous savons en fait sans aucune directive ou avis extérieurs, si nous sommes justes ou non. Encore faut-il écouter notre cœur et aussi le suivre...

Rappelons enfin que nous nous situons au niveau du Olam haYetsirah ici, le Monde Astral des désirs et des émotions. La Justice est aussi ce rééquilibrage constant qui est opéré au niveau de notre psychisme. Elle nous enseigne à tempérer notre humeur car tout excès dans un sens sera rééquilibré dans l'autre sens...

En résumé, la Justice est la Loi, impartiale, impersonnelle, implacable, qui répond à nos choix ici-bas. Ce faisant elle est notre plus grand allié malgré sa possible dureté, car elle nous permet ce "feed-back" sans lequel il n'y aurait pas d'apprentissages. Saurons-nous bien soupeser ? Saurons-nous trancher ? Ou continuerons-nous à cheminer sur notre ruban de Möbius (8), pensant avancer différemment en réitérant sans cesse les mêmes choix... ?

Heith

       
          Lettre simple
          Valeur numérique : 8
          Valeur pleine : 418
          Sens : barrière, épreuve
          Signe : Cancer
          Tarot : la Justice
          Séphira : Tiphereth


Heith provient de l'hiéroglyphe égyptien qui dessine une barrière. Elle est ici formée par la réunion d'un Vav et d'un Zayin, les deux Lettres qui informent Hesed et Gebourah... Tiphereth, informé par Heith, termine cette Triade. Or cette séphirah est médiane dans l'Arbre, elle en est le cœur où se croise les forces ascendantes et descendantes ; elle est la limite entre le monde du Mi et le monde du Ma. Au niveau microcosmique, Heith peut ainsi être associé au diaphragme qui délimite le thorax et le ventre.

Au niveau macrocosmique, Tipheret délimite le bas et et le haut Astral, autrement dit le monde des reflets fallacieux (Lune) provenant du monde physique, et celui des Idées (Soleil) provenant du monde de la Création. S'extirper du bourbier astral pour émerger à l'air libre, sous les rayons du Soleil d'Atsiluth, consiste à traverser le Gouffre de l'Arbre séphirothique. Cela a aussi été imagé comme "le saut dans le cœur". 

Heith est une barrière intérieure, située dans notre psychisme. Lors de la Chute, nous avons développé un ego - le sentiment de notre individualité, qui nous permet d'évoluer dans le monde Physique. Cependant, plus nous nous sommes enfoncés dans le Monde du Ma, plus nous nous sommes identifiés à cet ego. Simple outil, l'ego se pense progressivement être l'artisan... Autrement dit l'idée du Moi devient prédominante, au dépend du Soi.

De plus cet ego est loin d'être constitué d'un bloc unique. Au cours de l'expérience de l'incarnation, nous développons en quelque sorte une personnalité multiple, formée de plusieurs petits "moi" - autant de masques et de désirs contradictoires... Ces désirs, ces besoins, ces fantasmes, ces obsessions, ces croyances, souvent influencés par le collectif et formés dans notre psychisme tissent les fils invisibles de notre expérience terrestre.

Cette part d'ombre, que l'initié du Jour 7 doit s'efforcer de "mettre en lumière", est aussi notre réservoir d'énergie vitale. Ces forces astrales qui peuvent littéralement nous broyer de l'intérieur et qui sont à l'origine de nos épreuves extérieures, peuvent également devenir une Puissance au service du Soi. Cela passe par le chemin du Guerrier (Zayin) dont l'objectif est de purifier notre psychisme d'une part, le renforcer d'autre part.

Le purifier, c'est-à-dire séparer l'inné et l'acquis au cours de cette incarnation, et choisir quoi garder. Le renforcer, c'est-à-dire à la fois le rendre autonome par rapport aux influences provenant du Collectif, et à la fois le rendre assez résistant pour recevoir la charge énergétique de la Lumière.

En ce sens, Heith est une barrière salvatrice. Elle nous protège d'une trop intense charge énergétique. 

Extérieurement, Lettre-épreuve par excellence, Heith est à l'origine de nos épreuves dans notre vie quotidienne. Elle est comme l’amour d’une mère exigeante qui apprend à son enfant à marcher et à franchir les obstacles de la vie. Elle est la limite qui nous invite à nous dépasser. Elle est l’obstacle nécessaire avec qui la confrontation nous permettra de grandir - de renforcer nos structures internes.

Traverser cette barrière - et libérer le potentiel énergétique qu'elle contient, est une action subtile, intérieure, difficile à décrire. Mais ses conséquences sont elles toujours très clairement perceptibles par l'être. Quelque chose s'est libéré en soi, de manière radicale. Cela peut être ressenti momentanément comme le délestage d'un poids intérieur. Souvent cela s'accompagne d'un changement extérieur de situation et ceux qui nous entourent perçoivent un changement très net dans notre manière d'être.

Il s'agit d'une transmutation intérieure. Tout à coup, ce qui semblait embrumé, infranchissable, ce qui nous était même caché, devient limpide. Où était la barrière pourrait-on se demander une fois cette dernière franchie, effacée plutôt. Et pourtant, tant que le changement de regard n'a pas lieu, tant qu'une rectification n'a pas été opérée, cette barrière est bien opérante !

GeBouRaH

     
      Monde : BRIAH veYeTSIRaH
      Pilier : gauche
      Triade : intermédiaire

      Lettres : Zayin & Ayin
      Planète : Saturne
      Grand Ange : KaMaEL

      Nom Divin : Elohim
      Autres Noms : Din ("justice")
                            Pahad ("crainte")


GeBOURaH signifie Force, courage, héroïsme ou encore Rigueur. Nous retrouvons ici plutôt des caractéristiques de Mars qui est traditionnellement rattaché à cette Séphirah. Pourtant nous lui associons Saturne, astre complémentaire de Jupiter qui informe HeSeD en face d'une part, planète de la Rigueur d'autre part. 

Rappelons que HeSeD est le réservoir sans limite de la Grâce divine. Au niveau du Olam haYetsirah, elle symbolise toutes les forces dont nous recevons l'influence. 

Gebourah, informé notamment par le Chariot, Saturne ou encore le concept du Guerrier, va pour sa part symbolisé notre capacité, si nous la développons, à maîtriser notre rapport à ces influences. D'ailleurs son Nom Divin, Elohim, signifie "maître de toutes les forces".

Si nous nous laissons aller, nous subissons la Justice divine que nous pouvons craindre car ces forces nous ballotterons sans pitié et nous ferons constamment perdre notre équilibre intérieur. Nous serons alors le jouet de nos émotions ainsi mises en mouvement plus ou moins intensément. C'est pourquoi Satan est parfois associé à cette Séphirah...  

Au contraire le Guerrier s'efforce à renforcer son câblage électrique en quelque sorte et en maîtrisant l'apport énergétique tel un carburateur, il pourra optimiser ces énergies vers le but qu'il se sera lui-même fixé...


le Guerrier

Le Guerrier est un mythe pouvant refléter nos plus belles aspirations. Il nous convie à les incarner et nous guide dans le processus de transformation adéquat. Mythe dans lequel l'Homme trouve le miroir où il peut découvrir le meilleur de lui-même, et ce qu'il en ignore.

Le mythe est l’espérance ancrée en l’Homme qui, malgré tous ses faux pas, nourrit toujours, au plus profond de lui-même, le rêve d’une vie affranchie des contradictions, de l’oppression, de la violence et du tourbillon de la vie en société.

Le mythe est à la société ce que les songes sont à l’individu ; il est le rêve de l’Homme, et nous murmure à l’oreille des promesses de beauté et de liberté. D’Hercule à Quetzalcóatl, de Bouddha au Christ – lequel, étant homme, est transfiguré et divinisé par une vie de purification et d’altruisme – les thèmes sont identiques : celui de l’Homme dont les aspirations profondes surpassent le monde où il vit ; celui du conflit opposant sa pensée à son milieu social ; celui de la lutte, des doutes et des épreuves qu’il doit affronter pour réaliser son rêve, transcender le chaos et la misère de la condition humaine.

Les mythes sont aussi un guide pour l’action. Ils ne sont pas créer pour divertir mais pour prôner des modes d’action permettant à l’Homme de se tirer du chaos où il s’englue. Le mythe est fait pour être vécu (contrairement au dogme qui est fait pour être cru). Il incite à l’action.

Le chemin du Guerrier, de l’être doué de joie et de pouvoir dans le monde quotidien, est un mythe de notre temps. Nul n’est jamais vraiment le Guerrier, mais l’on peut s’efforcer de l’être ; nous sommes sans cesse en chemin. Le mythe du Guerrier est si merveilleux qu’il nous invite à l’incarner et à le rendre, à travers nous, réel.

Il s’agit, pour commencer, d’introduire un peu de ce temps magique dans notre vie quotidienne, quand, au lieu d’agir comme des machines soumises à une programmation étrangère à nous-mêmes, nous choisissons l’action juste et empruntons le chemin du Guerrier. Ces moments de lumière, au cours desquels nous sommes maîtres du sens de notre vie, de ce qui émane de nous, sont semblables au temps magique du rituel.

Toute la difficulté de suivre le chemin du Guerrier consiste à multiplier et à unir ces moments magiques au cours desquels le mythe est incarné, jusqu’à ce que la magie l’emporte sur la soumission, et l’harmonie sur le chaos. Jusqu’à ce que le rêve devienne réalité.

Le Guerrier va vers la Connaissance comme vers le combat : avec crainte, respect et confiance, l’esprit en éveil. Sa geste est la bonne manière de cheminer sur cette voie. Vivre comme un Guerrier est la colle qui lie toutes les parties de la Connaissance. La résolution du Guerrier est l’attitude fondamentale requise sur le chemin de la Connaissance ! S’efforçant de clarifier et de ranimer son lien avec l’Esprit, pour avancer, il a besoin d’une résolution féroce…

La geste du Guerrier n’a rien en commun, ou presque rien, avec les guerres historiques. Elle est totalement étrangère à la violence ou à l’intention de détruire quoi ou qui que ce soit. Il s’agit de se placer sur un autre plan de compréhension. Le Guerrier soutient une lutte permanente, mais contre ses faiblesses et ses limitations, contre les forces qui s’opposent à l’élargissement de sa conscience ; contre celles qui tendent à le réduire, à faire de lui un homme ordinaire, entièrement déterminé par son histoire personnelle et par les circonstances. Le Guerrier préserve la possibilité de choisir ce qu’il veut être et sa manière de vivre. Il lutte pour l’harmonie, la quiétude, et pour la liberté, en sachant que celle-ci naît en lui-même et rayonne dans son champ d’action. C’est une lutte intime, tendre et joyeuse…

La geste du Guerrier est une attitude, une manière de relever, constamment, le défi d’être, qui échappe à toute définition précise ou totalisante ; c’est aussi la fidélité à la façon d’agir la plus authentique. Le signe distinctif du Guerrier est sans doute cette persistance à vouloir atteindre, dans le moindre de ses actes, l’impeccabilité. Pour lui, cela signifie donner en tout le meilleur de lui-même. Même quand ses autres motivations s’effondrent, le Guerrier demeure fidèle à sa façon d’agir, pour l’impeccabilité en elle-même.

De ce concept ouvert jaillit un faisceau d’instructions recouvrant l’ensemble des activités humaines. La discipline de vie du Guerrier lui donne l’équilibre et la force nécessaire pour surmonter, sur le chemin de la Connaissance, les moments difficiles, même quand sa raison est mise en échec ou son ego blessé.

En toute entreprise, on peut choisir d’agir à la manière du Guerrier ; comme celui qui n’abandonne pas la lutte, ne renonce pas, ne tolère ni la négligence ni le renoncement, qui fait du moindre de ses actes un défi, afin de se dépasser, de devenir meilleur, plus fort, plus doux, de concrétiser par l’action sa vie intérieure…

Parmi les armes dont le Guerrier dispose, l’une des plus importantes à nos yeux est la volonté. C’est un pouvoir émanant de l’individu, qui lui permet d’agir sur son milieu et le conduit à livrer des batailles plus importantes que celles dans lesquelles sa raison ose l’engager. Car le Guerrier n’est plus un homme livré aux craintes et aux caprices du mental ; il est fidèle à son sentiment, et la force qui le meut est son énergie qu’il s’est efforcé de préserver et de renforcer.

Le Guerrier dispose aussi de la pleine conscience de sa mort prochaine et fait de chaque acte une ultime bataille, dans laquelle il se doit de donner le meilleur de lui-même. C’est ainsi, avec la mort comme compagne fidèle insufflant le pouvoir à chacun de ses actes, qu’il transforme en temps magique les heures qui lui sont imparties sur cette Terre. La conscience de sa mort prochaine lui donne également le détachement lui permettant de ne lier et ne se refuser à rien. Ainsi détaché de tout, conscient de la fugacité de son existence, et sans cesse en lutte, le Guerrier apprend à diriger sa vie grâce au pouvoir de ses décisions. Il s’efforce à chaque instant de garder le contrôle de lui-même, et parvient de la sorte à maîtriser son monde personnel. Il prend en main le déroulement de sa vie, dont le moindre élément est inclus dans sa stratégie.

Grâce à sa volonté, au contrôle de lui-même et à la stratégie qu’il adopte, le Guerrier, conscient de sa mort prochaine, apprend à réduire à néant ses besoins. Car il voit bien que ceux-ci engendrent les manques et l’infortune. N’ayant besoin de rien, il ne s’inquiète ni ne s’angoisse. Ainsi libéré de la nécessité, tout ce qu’il peut avoir, tout ce qu’il peut recevoir, même la chose la plus humble, la plus simple, est à ses yeux un présent merveilleux, et la vie, quoi qu’il en obtienne, devient pour lui abondance perpétuelle.